Jean-Pierre Vallotton est un écrivain d’exception, fidèle à cette émotion appelée poésie, dont il a fait de chaque instant sa vie, sans tricherie. Attentive à la parole qui vient, comme on reçoit un don, son ambition poétique est de l’ordre d’une nécessité intime, à la fois inquiète et enthousiaste face aux mystères et miroitements du…
Étiquette : Gallimard
Dessiller les crédules, punir les profiteurs, par le romancier/psychiatre Emmanuel Venet
Dans la famille des grandes voix de lucidité, aux côtés de Georges Hyvernaud (La peau et les os), Louis Guilloux (Le sang noir) et Thomas Bernhard (Place des héros, Extinction), il y a désormais Emmanuel Venet, dont le narrateur de Marcher droit, tourner en rond (éditions Verdier), est, malgré ses dénégations, un fanatique de la…
Méditerranée, sortir du cauchemar, par le dessinateur Baudouin
C’est un livre composé de vagues, de cheveux bleus et de tornades d’écumes, ainsi que les bras d’une pieuvre géante, menaçante. Des blancs et des mots en noir. La première image est le corps d’un enfant, mort, étendu sur une plage de galets. Une petite fille. « Elle ne rêve pas, elle a rêvé. » La mer,…
On avait des yeux, ou la Beat Generation reformulée par son inventeur même
Il y a, chez les protagonistes de la Beat Generation, une volonté d’enregistrement permanente – faits et gestes, visages, voix, enfantillages, nudités, dérives, colères, beautés, déposés sur tous les supports possibles, du microsillon au magnétophone, de la photographie au film expérimental, accompagné du staccato d’une machine à écrire frappée jusqu’à l’épuisement – symptomatique d’une jeunesse…
Les aigles viendront et lui crèveront les yeux – ou les épiphanies de James Joyce
Sur le front joycien, les bonnes nouvelles s’accumulent. Après les publications récentes de Brouillons d’un baiser chez Gallimard (traduction et préface de Marie Darrieussecq) et de Giacomo Joyce chez Multiple (traduction de Georgina Tacou, postface de Yannick Haenel), les éditions Trente-trois morceaux de Lyon republient aujourd’hui avec une grande élégance les Epiphanies de l’auteur d’Ulysse,…
Les jardins d’Armide à minuit – conversation avec Annie Le Brun à propos de Radovan Ivsic (2)
Annie Le Brun, poétesse, essayiste, commissaire d’exposition, lectrice de Sade et des grands irréguliers du langage, incarne un principe de subversion qu’elle n’a cessé d’approfondir dans une œuvre au long cours, écrivant notamment, fidèle à la morale surréaliste, Les pâles fiévreux après-midi des villes (1972), Lâchez tout (1977) ou A distance (1985). On peut lire,…
A Radovan Ivsic, poète – du temps que les surréalistes avaient raison (1)
Jusqu’à son dernier souffle, André Breton rechercha et accueillit les signes d’un ordre secret du monde, mystérieux et évident, dont le surréalisme fut le nom. Mouvement d’une ampleur considérable – tous les continents touchés en quelques décennies – né à l’époque du triomphe de l’asphyxiante raison (la barbarie de la Première Guerre mondiale dans le…
Mares de sang, fragments de cervelles et mots d’amour
Vous pensiez peut-être comme moi avec un soupçon de condescendance que Louis Pergaud n’était que l’auteur à succès de De Goupil à Margot (prix Goncourt 1910) ou de La Guerre des boutons (1912). Chers amis, comme souvent, nous nous sommes mépris. Avouons donc aujourd’hui qu’il fut un excellent épistolier, écrivant du front à son épouse…
Vivre avec la beauté, Herman Melville en bande dessinée
Taïpi, Un paradis cannibale, est une bande dessinée inspirée de l’œuvre éponyme d’Herman Melville publiée pour la première fois à Londres en 1846 – son plus important succès éditorial de son vivant. Placé sous les bons auspices du relativisme culturel des Essais de Montaigne (« Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. »), ce…
La littérature selon Olivier Perrelet, ou la souriante issue des immondes matières de la vie du jour
Olivier Perrelet est un écrivain magnifique, reconnu puis oublié, aujourd’hui enfermé dans un hôpital psychiatrique suisse. Lorsque l’on a écrit à 23 ans Les petites filles criminelles (Mercure de France, 1967), puis, parmi beaucoup d’autres titres, Le dieu mouvant (Mercure de France, 1970) et Si la beauté n’était la mort (L’Âge d’homme, 1990), il n’est…
Passé les bornes, il n’y a plus de limites, un portrait intime de Jacques Lacan, par Catherine Millot
« Il fut un temps où j’avais le sentiment d’avoir saisi l’être de Lacan de l’intérieur. D’avoir comme une aperception de son rapport au monde, un accès mystérieux au lieu intime d’où émanait sa relation aux êtres et aux choses, à lui-même aussi. C’était comme si je m’étais glissée en lui. » Ainsi commence La vie avec…
Le plus grand poète du siècle
Voici un livre très agréable à lire, intelligemment composé, joliment édité, retraçant les vingt-quatre heures ayant précédé la blessure par éclat d’obus de Gui de Krostrowitzky, dit Apollinaire, dit Kostro pour ses hommes, le 17 mars 1916, vers seize heures, dans une tranchée de première ligne, au lieu-dit le Bois des Buttes. L’auteur de Calligrammes…