« Cela faisait plus de cinquante ans que je n’étais pas revenu en Algérie où j’étais né, d’où nous étions partis sans rien. J’avais laissé régulièrement passer les occasions d’y retourner ; ce n’était jamais le bon moment, la bonne manière, la bonne saison. Je ne voulais pas des voyages en forme de pèlerinage, des comités de…
Étiquette : Gallimard
Le poids de notre moi, et la nature criminelle de l’humanité, par Marcel Cohen, écrivain
« J’ai expliqué le Zen au cours de toute ma vie, confessait un jour Basho, et cependant je n’ai jamais pu le comprendre. Mais, lui dit son interlocuteur, comment pouvez-vous expliquer quelque chose que vous ne comprenez pas ? Oh, s’exclama Basho, dois-je aussi vous expliquer cela ? » Marcel Cohen fait partie de ces écrivains dont on sait…
De la vie princière, ou pas, par Marc Pautrel et Agnès Riva
« La séparation est devenue une constante de mon existence qui m’a forcé à changer de vie, et c’est pour ça que je me suis retrouvé romancier : je veux tout transformer en légende, créer une boucle continue, doubler l’éternité. » (Marc Pautrel) La vie princière, c’est celle que l’on mène en silence, dans une île enchantée, loin…
La collection Photo Poche, ou l’éloge de l’intelligence sensible
Que faire si, suite à une guerre nucléaire de grande ampleur, vous deviez vivre pour le restant de vos jours dans une île déserte préservée des radiations ? Emporter la totalité des volumes de la Bibliothèque de la Pléiade (Gallimard), et les 157 titres de la collection Photo Poche (Actes Sud), Kaaba des photographes, petits blocs…
Tiens ferme ta couronne, ou la vision du daim blanc, entretien avec Yannick Haenel (5/8)
La publication d’un nouveau roman de Yannick Haenel est un événement, non au sens du tapage produit par le manège médiatico-littéraire, mais au sens d’un combat renouvelé contre le mal, et les possibilités de salut. Dix ans après Cercle, voici de nouveau Jean Deichel, narrateur de Tiens ferme ta couronne, cherchant à rencontrer le réalisateur…
Franck Venaille, Medicine Man, c’est-à-dire poète
Qui n’a jamais lu Franck Venaille et souhaite découvrir l’une des plus belles œuvres poétiques des cinquante dernières années peut tenter de se procurer immédiatement le recueil anthologique (1966-1997) Capitaine de l’angoisse animale, publié conjointement en 1998 par les éditions Obsidiane et Le Temps qu’il fait, puis de lire, dans la même nuit de feu,…
L’absence ne rime à rien, par le poète Jean-Pierre Vallotton (1)
Jean-Pierre Vallotton est un écrivain d’exception, fidèle à cette émotion appelée poésie, dont il a fait de chaque instant sa vie, sans tricherie. Attentive à la parole qui vient, comme on reçoit un don, son ambition poétique est de l’ordre d’une nécessité intime, à la fois inquiète et enthousiaste face aux mystères et miroitements du…
Dessiller les crédules, punir les profiteurs, par le romancier/psychiatre Emmanuel Venet
Dans la famille des grandes voix de lucidité, aux côtés de Georges Hyvernaud (La peau et les os), Louis Guilloux (Le sang noir) et Thomas Bernhard (Place des héros, Extinction), il y a désormais Emmanuel Venet, dont le narrateur de Marcher droit, tourner en rond (éditions Verdier), est, malgré ses dénégations, un fanatique de la…
Méditerranée, sortir du cauchemar, par le dessinateur Baudouin
C’est un livre composé de vagues, de cheveux bleus et de tornades d’écumes, ainsi que les bras d’une pieuvre géante, menaçante. Des blancs et des mots en noir. La première image est le corps d’un enfant, mort, étendu sur une plage de galets. Une petite fille. « Elle ne rêve pas, elle a rêvé. » La mer,…
On avait des yeux, ou la Beat Generation reformulée par son inventeur même
Il y a, chez les protagonistes de la Beat Generation, une volonté d’enregistrement permanente – faits et gestes, visages, voix, enfantillages, nudités, dérives, colères, beautés, déposés sur tous les supports possibles, du microsillon au magnétophone, de la photographie au film expérimental, accompagné du staccato d’une machine à écrire frappée jusqu’à l’épuisement – symptomatique d’une jeunesse…
Les aigles viendront et lui crèveront les yeux – ou les épiphanies de James Joyce
Sur le front joycien, les bonnes nouvelles s’accumulent. Après les publications récentes de Brouillons d’un baiser chez Gallimard (traduction et préface de Marie Darrieussecq) et de Giacomo Joyce chez Multiple (traduction de Georgina Tacou, postface de Yannick Haenel), les éditions Trente-trois morceaux de Lyon republient aujourd’hui avec une grande élégance les Epiphanies de l’auteur d’Ulysse,…
Les jardins d’Armide à minuit – conversation avec Annie Le Brun à propos de Radovan Ivsic (2)
Annie Le Brun, poétesse, essayiste, commissaire d’exposition, lectrice de Sade et des grands irréguliers du langage, incarne un principe de subversion qu’elle n’a cessé d’approfondir dans une œuvre au long cours, écrivant notamment, fidèle à la morale surréaliste, Les pâles fiévreux après-midi des villes (1972), Lâchez tout (1977) ou A distance (1985). On peut lire,…