Chez le plasticien Jean-Christophe Norman – plusieurs fois présenté dans L’Intervalle -, la question de la réécriture est centrale, l’artiste ne cessant de recopier, déployer, exposer, malaxer, dilater les grands textes de la modernité, notamment Ulysses de James Joyce, dont il envisage la dimension instable, dynamique, jamais totalement fixée. L’intéresse la métamorphose des lettres…
Étiquette : James Joyce
Fragiles et tourmentés, une poétique des bouts de papier, par Hanns Zischler
Publié dans la collection Opus incertum créée en 2016 avec Jean-Christophe Bailly, le deuxième livre d’Hanns Zischler aux éditions Macula, après Berlin est trop grand pour Berlin, met en regard croquis manuscrits indiquant des itinéraires, des informations dessinées, et textes sous formes de récits, de fragments de mémoire les accompagnant. Loin de l’entreprise d’effacement des…
Bad news from the plafond, par Jules Vipaldo, poète et dératiseur
Vous me l’accorderez, un ouvrage commençant par « Ne pas confondre « souriquois » (nation indienne de l’Amérique du nord) avec « souriquois » (qui appartient à la souris / qui tient de la souris, dont ce texte) » ne peut pas être totalement raté. Bien plus, il est jubilatoire. Son titre, Le Banquet de plafond (éditions Tinbad, 2017), en dit la…
La mort me brûle, par Elias Canetti, écrivain de visions
« Pascal a atteint trente-neuf ans, je vais bientôt en avoir trente-sept. Si j’avais le même destin que lui, j’aurais tout juste deux ans devant moi, quelle hâte ! Il nous a laissés en vrac ses Pensées vouées à la défense du christianisme. Je veux rédiger mes pensées vouées à défendre l’homme contre la mort. » Le docteur…
La légende de Mina Loy, femme libre, par l’écrivain Mathieu Terence
Après Le transhumanisme est un intégrisme (Le Cerf, 2016), De l’avantage d’être en vie (Gallimard, 2017), l’écrivain Mathieu Terence, décidément en pleine forme, signe chez Grasset une enthousiasmante biographique de Mina Loy, peintre et poétesse, femme suprêmement libre, dans la cruauté assumée de ses désirs. L’exergue, emprunté à William Shakespeare (La Nuit des rois) est…
Voix de silence fin, A propos de la revue Ligne de risque, entretien avec Yannick Haenel (1/8)
L’histoire de la revue littéraire, Ligne de risque, vingt ans d’activités clandestines et de grandes découvertes, est celle de la victoire du pou lautréamontien contre le cachalot social, soit le salut par l’écoute fine de la parole parlante contre le projet démoniaque de tarissement de la source de l’être. Avec Yannick Haenel, écrivain parmi les…
L’effondrement du grand barrage, par Emmanuel Ruben, écrivain
Sous les serpents du ciel, de l’écrivain Emmanuel Ruben, est un roman polyphonique, de forme opératique (Michel Leiris), situé dans un territoire imaginaire coupé en deux par un grand barrage qui s’effondre. Structuré par les paroles d’un quatuor de personnages donnant tour à tour leur point de vue sur les événements, commentés également, comme dans…
Hélène Cixous, l’écriture comme schibboleth, par Véronique Bergen
Il est très rare d’avoir la sensation d’être le contemporain d’un génie littéraire. Inventeur d’une langue-monde, sauvage, radicale, Hélène Cixous a fait du français une langue étrange, presque étrangère, entée sur l’inconscient, surtout de puissance magique, capable de rétablir, depuis une position d’exil fondamental, le lien malmené, inaperçu, entre les vivants et les morts. Immédiatement…
La fraternité Louis Guilloux, par ses amis réunis
La fidélité est une force motrice capable bien souvent de produire des merveilles et d’annuler, par le temps du ressouvenir actif, l’irréductible de la mort. A Saint-Brieuc, où vécut Louis Guilloux (1899-1980), une très belle société d’amis fait vivre depuis de nombreuses années la mémoire de l’auteur du prodigieux Sang noir (1935), livre de grande…
Nathalie Sarraute aux Etats-Unis, un roman nouveau
En 1964, alors que son quatrième roman vient de paraître en anglais (Les Fruits d’or), Nathalie Sarraute est invitée à donner un cycle de conférences aux Etats-Unis. Son mari, avocat au barreau de Paris, ne peut pas l’accompagner. Vingt-quatre lettres du « petit Fox » à son cher « Chien Loup » pallieront l’absence. Ayant attendu longtemps qu’advienne une…
Edwarda, la beauté sereine d’une comtesse aux pieds nus
Edwarda était une jeune fille habillée de gaze, c’est désormais une comtesse aux pieds nus. Edwarda est une revue toujours aussi désirable, mais autrement. L’érotisme était sa manière première, avant que ne s’émancipent les phrases de la seule attraction des corps et de l’aimantation des regards. Si son douzième numéro, au sous-titre très inspirant, « Débuts…
L’enchâssement des temps et des espaces, Grand Mekong Hotel, par Jean-Christophe Norman (3)
« Au printemps 2015, Jean-Christophe Norman s’est rendu au Cambodge avec l’idée de reproduire sur le Mékong les contours de l’appartement dans lequel Marguerite Duras a vécu à Paris rue Saint Benoît et que le cinéaste Benoît Jacquot lui a dessiné de mémoire. Il était alors questions d’opérer une soudure dans l’espace et de faire se…