Bad news from the plafond, par Jules Vipaldo, poète et dératiseur

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Vous me l’accorderez, un ouvrage commençant par « Ne pas confondre « souriquois » (nation indienne de l’Amérique du nord) avec « souriquois » (qui appartient à la souris / qui tient de la souris, dont ce texte) » ne peut pas être totalement raté.

Bien plus, il est jubilatoire. Son titre, Le Banquet de plafond (éditions Tinbad, 2017), en dit la folle ambition. Il est du calembourgeois Jules Vipaldo, auteur mémorable du livre assassin Pauvre Baudelaire publié en 2015 aux non moins mémorables éditions Les Doigts dans la prose.

Tout commence une nuit par un agacement, une épouvante, causée par les cavalcades sans fin de la gent trotte menue, au-dessus du lit, pas très loin de la tête.

Pour la chasser, l’emploi de l’artillerie lourde s’avère de mise : jeux de mots épiques, outrances, parodies, cris onomatopéiques, inventions verbales de toutes sortes disposées sur l’espace de la page telles des tapettes à souris.

« Béjart, vous avez dit Béjart »…

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Ici, tout est sang, poésie, excitation, enfantillages sérieux, puisqu’il y est tout de même question de survie psychique.

Quand il n’est plus possible de dormir, autant penser, par exemple à « l’éditueur » David Marsac, fondateur des précitées éditions électriques.

Souhaitez-vous connaître son jugement sur le Pauvre Lélian-Jules, cet envahissant culanthrope ne reculant devant aucune audace formelle ?

« Il apprécie son rythme de scieur effréné, ses ruptures de ton inopinées, ses changements imprévisibles de régime ou de registre ; et plus encore, ses phrases qui déraillent, son fatras fantaisiste, son foutoir de gueules d’ange cassées, ses verbes qui défouraillent sous leurs airs de ne pas nous moucher, et tous ces petits détails qui fondent un style de frondeur »

Petit doigt sur la couture du pantalon, ou le string – quartet, symphonique, cacophonique -, le pamphlétaire de Crotte d’aZur (éditions du Parasol Pleureur, 2016) se sent un peu teckel, à défaut d’être Tel Quel, devant la hauteur de son éditueur.

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Mais les herbes sont hautes, il faut tondre. Tondra, tondra pas la pelouse ? Monsieur Vipaldo, pas RATé de la RATe, vous le prouvera, il n’est pas de la louze. Et s’il ne pratique pas le tanka, la mécanique, elle, tremblera.

Là haut, ça continue de bouger. Ces zozos, voyez-vous, c’est une obsession.

« Quelle que soit la gueule de ce sale trip, il ne voudrait pas attRATper une maladie en sous-sol »

Journal de bord consignant routes et déroutes, Le Banquet de plafond  est un texte haut-de-caisse, d’autant (objet d’un chapitre suivant) qu’il faut emmener au centre auto la belle japonaise de ses parents à la plastique impeccable, de quoi fait rougir le plus décapoté des garagistes.

Les bougies sont changées, et ça délire à pleins tubes, les petits amis de Roland Petit patinant encore, toujours, sur le Placo.

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« Mais, au fait, vous écrivez sur quoi ? Jules ne sait quoi répondre. Quel thème ? Quelle histoire ? Quelle peine ? Et pour quelle cible ? Quelle tranche d’âge ? Quel fuseau horaire ? Quelle catégorie sociale ou sociocucul ? Quelle revue ou supplément dame ? Jules ne sait pas toujours quoi répondre. »

Vous ne comprendrez peut-être pas tout à la première lecture de ce « champ de patates lexicales », mais, sachez-le, Mickipédia est là, gratuit, collectif, disponible, bienveillant, pour vous ouvrir, gueule béante, les portes de la perception.

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Jules Vipaldo, Le Banquet de plafond, éditions Tinbad, 2017, 144 pages – trois cents exemplaires

Editions Tinbad

Le voyage se poursuit avec la lecture de la revue interdisciplinaire Les Cahiers de Tinbad dont le dernier numéro consacre plusieurs articles à James Joyce comme commencement et écart (définition d’un grantécrivain).

Dans un texte conçu comme une bombe atomique, Dissection du cadavre d’un « critique » : Juan Asensio, Guillaume Basquin oppose le goût de la transmission exigeante d’un Serge Daney à la laideur nécrophagique de l’auteur du blog « Stalker », qu’il compare « au joyau qu’est celui de Fabien Ribery, « L’Intervalle » » (quelqu’un me le présente ?).

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Tinbad n°5, c’est Eric Rondepierre faisant l’exégèse d’un passage de La Contrevie, de Philip Roth, Jean-Paul Gavard-Perret faisant l’éloge de la « Belle de cas d’X », Aphrodite Le Fur, Perrine Le Querrec racontant son éblouissement devant une photo de Diane Arbus, Homme assis avec soutien-gorge et bas, le mot de kénose pour désigner l’œuvre d’Arnaud Le Vac, On ne part pas aux éditions du Cygne (texte de Pascal Boulanger), et une constante sensation de transgression : noms d’Unica Zürn, Jean Vigo, Joseph Beuys, Anton Ljuvjine, Philippe Jaffreux, Jacques Cauda…

C’est aussi le plaisir de lire, en quatrième de couverture, cette formule magique signée de l’odysséen James Joyce : « Sinbad the Sailor and Tinbad the Tailor and Jinbad the Jailor and Whinbad the Whaler and Ninbad the Nailer and Finbad the Failer and Binbad the Bailer and Pinbad the Pailer and Minbad the Mailer and Hinbad the Hailer and Rinbad the Railer and Dinbad the Kailer and Vinbad the Quailer and Linbad the Yailer and Xinbad the Phthailer. »

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Les Cahiers de Tinbad, textes de Guillaume Basquin, James Joyce, Claude-Raphaël Samama, Dominique Laigne, Jean Durançon, Jean-Louis Baudry, Jacques Sicard, Frank Aïdan, Bernard Rémy, Olivier Rachet, Gilbert Bourson, Angèle Casanova, Jacques Cauda, Philippe Jaffeux, Claire Fourier, Bernard Sarrut, Christine Hervé, Jean-Paul Gavard-Perret, Murielle Compère-Demarcy, Eric Rondepierre, Perrine Le Querrec, Unica Zürn, Alain Marc, Pascal Boulanger, Hiver 2018, n°5, 128 pages

Les Cahiers de Tinbad

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