Sète, des visages, des lumières et des gestes, par Anne Rearick, photographe

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© Anne Rearick

Les Sétois ont de la chance, qui chaque année depuis dix ans découvrent leur ville différemment sous l’œil d’un photographe internationalement reconnu.

Porté par la structure associative CéTàVOIR, et les éditions marseillaises Le bec en l’air, ce projet au long cours a pris en 2017 le nom d’Anne Rearick, artiste enseignant la photographie et le cinéma à Boston depuis vingt-cinq ans, membre de l’agence VU’ et représentée à Paris par la galerie Clémentine de la Ferrronière.

A Sète, comme à son habitude, Anne Rearick s’est attachée à rencontrer les gens avant que de les photographier, à parler avec eux, à vivre avec eux.

Ses images sont donc faites à hauteur de cœur et de partage.

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© Anne Rearick

De format carré, autorisant la géométrie des représentations, et les compositions tranchantes, les photographies de l’Américaine disent en de multiples nuances de gris la joie et la mélancolie de l’humaine condition.

Sète est une ville populaire, diverse, marquetée de tatouages et de fêtes, de travail âpre et de jeux, d’alcool et d’attente.

A Sète, où l’on apprend à jouter dès le plus jeune âge, il y a quelquefois sur les poitrines le visage de Georges Brassens, poète à la pipe, regard plongé dans le décolleté des passantes.

Généreuse, fraternelle, Anne Rearick témoigne d’une réalité qu’elle embrasse avec une formidable empathie, du sac à main de la vieille dame coquette au foulard de la jeune musulmane laissant apparaître des yeux de merveille.

Quelqu’un chante sur un podium, on danse dans la rue, on s’étreint, avant que de ne pas se lever tôt pour embarquer sur le chalutier.

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© Anne Rearick

Première cigarette sur l’entrepont, la mer sera probablement agitée et le patron énervé.

Des minots, il y en a partout, petits Français de toutes origines, indociles et déjà trop matures.

Le regard d’Anne Rearick est quelquefois anglais, facétieux, coupant les corps comme des marionnettes absurdes, saisissant sans rire une scène drolatique, avant que de laisser éclater sa tendresse.

Voilà un gros matou dans les bras de son gros maître, une stèle de cimetière envahie de végétation, des maisons modestes, un porte-drapeau qui en a vu sûrement de toutes les couleurs, le torse nu d’un Tintin de quartier, un couteau posé près du barbecue, sur un papier journal où posent pour la publicité de jolies filles – slip à 3eu90.

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© Anne Rearick

Sète est une ville où l’on fait mieux que cohabiter, où l’on cherche à vivre ensemble sans même se poser la question.

Les vieilles femmes y ont encore de beaux atours, ce sont les reines de la ville.

Rendez-vous vite au salon de coiffure, La Fourmi, car ce soir, il y a cabaret, 59eu tout compris, des hommes en gants de cuir, et des girls aux seins nus, des chaussures à paillettes et des fourrures hermine.

C’est à Sète, c’est à voir.

C’est aujourd’hui, et dans les années 1950.

C’est en France, et dans un bled des Etats-Unis.

Et c’est un livre qui donne envie de consulter l’horaire des prochains trains pour le Sud.

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Anne Rearick, Sète #17, texte de Christian Caujolle (traduit en anglais par Kim Martin), Le bec en l’air, 2017, 98 pages

Editions Le bec en l’air

Site d’Anne Rearick

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Se procurer le volume Sète #17

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