Fleurs du mal en talons aiguilles, par Gilles Berquet, photographe

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© Gilles Berquet

C’est un livre autour duquel je tourne depuis plusieurs semaines, tant je sais qu’il va me plaire.

Recouvert d’une pile d’autres ouvrages, je suis certain qu’il les aimante, les faisant frémir en secret.

Il fera peut-être hurler ou exulter les féministes, les père et mères la vertu, je n’en sais rien. Moi, il m’enchante et sauve ma journée d’une fatigue immense.

Dehors il y a les gilets jaunes, dedans il y a des filles ficelées en tous sens, les seins prêts à exploser, les vulves écartelées, comme chez Araki, mais surtout comme chez Gilles Berquet, à qui les éditions Loco offrent sa première monographie, Le fétiche est une grammaire.

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© Gilles Berquet

Mesdames, messieurs, votre corps vous appartient intégralement. Faites-en ce que bon vous semble, et abandonnez-le si tel est votre désir à qui saura le révéler à lui-même.

Le corps-matière contient des trésors de voluptés insoupçonnées. Il n’est que lui-même, mais il est tellement plus aussi.

L’explosante fixe de la beauté est un corps de femme qu’un voile résille recouvre de toutes parts.

On songe à Hans Bellmer, à Pierre Molinier, à tous ces explorateurs de fantasmes, ces transgresseurs, ces passeurs de frontières.

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© Gilles Berquet

Première partie du livre : des images argentiques, sublimes. Des apparitions en noir et blanc. Liberté du modèle, liberté de la soumission, liberté des procédés chimiques de révélation. De nombreuses photographies inédites, des planches-contacts qui font chavirer le regard.

Deuxième partie : la période contemporaine, la couleur, le numérique. Un travail que presque personne n’avait vu auparavant, qui impose immédiatement sa grâce, sa franchise, ses recherches incessantes.

En son centre, un texte de Michel Onfray, Mettre le doigt dans la plaie. On peut y lire ceci, qui est très beau, très juste : « Les photos les plus sexuelles de l’artiste sont peut-être paradoxalement dans ces clichés sans corps, sans seins et sans jambes, sans bas et sans godemichets, sans jarretelles et sans guêpières, sans résilles et sans crochets, sans cordes et sans chaussures, sans lacets et sans bracelets, sans gants et sans talons aiguilles, sans latex et sans bottes, sans chien qui bave et sans poulpe qui grouille, sans boites incarcérantes et sans têtes de poupées coupées, sans arbres et sans chat, sans vitre et sans plexiglass, sans tissus et sans drapés – juste dans cet univers sépia au centre duquel un cercle parfait vibre de la lumière qu’il dégage. »

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© Gilles Berquet

Gilles Berquet invente la nouvelle Eve.

C’est Kali aux multiples jambes, adorable putain du futur.

Voici la femme cent organes, le corps-machine, l’art de jouir des quatre-vingt-huit morceaux de chair découpés par la ficelle passant exactement entre les lèvres des jambes.

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© Gilles Berquet

L’érotisme pornographie de Gilles Berquet est à la fois sauvage et sophistiqué.

Les mains sont liées dans le dos, les bas sont tendus, les tétons parfois étirés, métamorphosant la poitrine en poires d’abondance.

Beauté de la femme urinant debout entre les mailles de son justaucorps, regardant en face l’objectif. Figure pissante, dirait l’historien de l’art Jean-Claude Lebensztejn.

La sexualité est un théâtre, une boite noire perdue dans l’océan de nos liqueurs humorales, une géniale chorégraphie de l’obscénité consentie.

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© Gilles Berquet

Gilles Berquet ne s’interdit aucune fantaisie, exposant la sincérité de son désir.

Et nombreuses sont ici les femmes à souhaiter ardemment être regardées ainsi, crûment, directement, et voulant être sculptées, modelées, puissamment exposées.

Femme pénétrées (regards, cordes, harnachements), impénétrables.

Femmes diablesses, innocentes, de douleur, de stupeur, de rage, de malice, d’offrande.

Femmes idéales, puisque nous avons l’art pour ne pas désespérer totalement de la vérité.

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Gilles Berquet, Le fétiche est une grammaire, texte de Michel Onfray (français/anglais), Editions Loco, 2018, 264 pages – plus de 200 reproductions couleur et NB

Gilles Bequet est représenté par la galerie Bertrand Grimont (Paris)

Galerie Bertrand Grimont

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© Gilles Berquet

Gilles Berquet – site officiel

Editions Loco

 

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