Ateliers d’écrivains, par Benoit Galibert, photographe

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Photographier, non pas des têtes d’écrivains ou d’auteurs, l’air plus ou moins inspiré, plus ou moins ridicule, la main posée sur le front ou la couture du pantalon, mais leur bureau, leur foyer d’écriture, leur antre de production.

Tel est le projet du photographe Benoit Galibert pour la collection qu’il a conçue, lui donnant un titre lacanien, Au lieu d’écrire, et dont trois numéros sont déjà parus.

A chaque fois le même format, le même principe, le même tirage (500 exemplaires) : une unique page sous forme de poster à déplier, au dos duquel se trouve un texte, soit pour Valère Novarina celui d’Antoine Mouton, pour Nathalie Quintane Cyrille Martinez, pour Jean-Philippe Toussaint Natacha Pugnet.

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Pour faire partie de la collection, mieux vaut être bien vivant : Pierre Alferi, Jean-Christophe Bailly, Pierre Bergounioux, Arno Bertina, Baudouin de Bodinat, Stéphane Bouquet, Emmanuel Carrère, Mona Chollet, Thomas Clerc, Julia Deck, Maryline Desbiolles, Patrick Deville, Suzanne Doppelt, Jean Echenoz, Jean-Marie Gleize, Pierre Jourde, Amélie Lucas-Gary, Ian Monk, Jean-Luc Nancy, Bernard Noël, Pierre PAtrolin, Anne Portugal, Christian Prigent, Nathalie Quintane, Yves Ravey, Olivier Rolin, Eric Rondepierre, Clément Rosset, Jean-Jacques Salgon, Orion Scohy, Jacques Serena, Sébastien Smirou, Jean-Philippe Toussaint.

Vous le comprenez, les archives du photographe sont vastes, sa sensibilité multiple, et sa passion des écrivains ardente.

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Il y a des romanciers, des essayistes, des poètes, un philosophe. L’un est aussi plasticien, l’autre photographe, vidéaste, psychanalyste, ne choisissez pas, l’hybridation est délicieuse.

Le premier volume est consacré à l’espace de travail de Jean-Philippe Toussaint, assurément très connecté.

La lampe de bureau (en acier) est encore allumée, de même que l’écran de l’ordinateur Apple. Une veste bleu marine repose sur le dossier d’un fauteuil à roulettes. L’écrivain s’est absenté, mais il est là, dans un environnement très clair, fourmillant de détails.

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Du matériel électronique (un téléphone portable branché, une imprimante, un ordinateur de voyage), des manuscrits/dossiers empilés, sur le radiateur en fonte, sur la console de la cheminée, sur la table d’écriture, un fouillis de matériels de bureautique, un paquet de mouchoir, la une d’une édition du journal Libération encadrée (« La France, roman »), un jeu d’échec, un casque, une petite sculpture en bronze, une carte postale d’un tableau de la Renaissance italienne, un photogramme d’une vidéo de l’artiste.

Dans le grand miroir se reflète une vaste fenêtre laissant deviner dans le lointain des arbres.

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Un sac Pan Am pour partir à tout moment, en Corse, en Chine ou au Japon.

A quoi tient l’inspiration ?

« Je songeais que, dans la perspective d’écrire, ne pas écrire est au moins aussi important qu’écrire. Mais qu’il ne fallait peut-être pas en abuser. » (La Télévision)

Il y a probablement, dans la malice de la photographie du bureau de Jean-Philippe Toussaint, de la mise en scène, mais on ne le jugerait pas, tant nous façonnons les lieux qui nous environnent intimement comme d’autres nous-mêmes.

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© Benoit Galibert

Le bureau en bois de Nathalie Quintane est plus modeste, plus petit, occupant la place vacante entre le mur de gauche (est-ce aussi une chambre) et le radiateur.

On dirait une chambre d’étudiante préparant l’air de rien la révolution, ou sa première année de médecine.

Tout peut être ici encore une fois détaillé, le lecteur le fera.

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© Benoit Galibert

L’atelier de Valère Novarina est un cabinet de travail d’architecte, l’écrivain punaisant au mur ses textes, entourant ses idées, pensant le monde de manière graphique et verticale.

La pensée se nourrit de blanc, d’espaces libres, de vif.

Une citation d’anthologie du poète-dramaturge explique sa méthode : « Je travaille au mur ; le texte est assemblé en grands rouleaux puis affiché à la verticale. Je travaille en couleurs, dans l’espace, au milieu du textes en banderoles, en grandes guirlandes ; je me promène dedans ; j’écris en arpentant le livre. Il est comme peint. J’ai eu souvent l’impression, en tournant et retournant dans mon livre, d’avoir changé vraiment de lieu, d’avoir quitté une scène reconnue et d’inventer la littérature pariétale… » (Devant la parole)

On peut aborder de maintes façons la planète littérature.

L’attaque par le bureau n’est pas mal.

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Benoit Galibert, collection Au lieu d’écrire, trois volumes : Valère Novarina / Antoine Mouton (2018), Nathalie Quintane / Cyrille Martinez (2018), Jean-Philippe Toussaint / Natacha Pugnet (2017) – 500 exemplaires x 3

Site Au lieu d’écrire

 

 

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