L’art du voyage selon Louis Vuitton, associer les talents

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© Guy Bourdin / Louis Vuitton

Trouver le lieu et la formule, la parfaite adéquation entre l’espace et la phrase, entre l’esprit d’un territoire et le geste artistique.

Trouver le poids de mots qui ne pèsera pas, mais révèlera immédiatement la substance, la saveur, le génie singulier d’une entité géographique soudain élue.

Travailler au long terme, savoir prolonger une vision et s’entourer des meilleurs.

Ainsi Louis Vuitton pour sa collection de livres de voyages, City Guide, les photographes de l’agence Tendance Floue.

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De la taille d’un carnet Moleskine de format moyen, les City Guide s’imposent immédiatement par leur élégance graphique et visuelle.

A chaque ville sa couleur – le jaune pour Rome, le bleu pour Paris, le rose pour Tokyo, le mauve pour Londres -, un photographe dédié, mais aussi le choix d’un témoin majeur nous invitant à découvrir avec lui ses lieux familiers, places et restaurants préférés, galeries et musées de prédilection, bars et hôtels où l’on se sent bien.

Sans que cela soit systématique, car ici le goût prime sur le faste, beaucoup d’adresses font bien entendu partie de la sphère du luxe, mais Voltaire lui-même n’en faisait-il pas l’éloge en 1764 dans son Dictionnaire philosophique ?

« Lorsqu’on inventa les ciseaux, qui ne sont certainement pas de l’antiquité la plus haute, écrit ce grand esprit libéral, que ne dit-on pas contre les premiers qui se rognèrent les ongles, et qui coupèrent une partie des cheveux qui leur tombaient sur le nez ? On les traita sans doute de petits-maîtres et de prodigues, qui achetaient chèrement un instrument de la vanité, pour gâter l’ouvrage du Créateur. Quel péché énorme d’accourcir la corne que Dieu fait naître au bout de nos doigts ! C’était un outrage à la Divinité. Ce fut bien pis quand on inventa les chemises et les chaussons. On sait avec quelle fureur les vieux conseillers, qui n’en avaient jamais porté, crièrent contre les jeunes magistrats qui donnèrent dans ce luxe funeste. »

L’antiphrase est une invitation au voyage intellectuel, que nous prolongerons par les pieds, les yeux et l’ensemble des sens, dans la trentaine de villes sélectionnées par Julien Guerrier et son équipe pour sa collection tant papier (en français ou anglais) que digitale, les applications dédiées pour Apple, conçues par le studio ABM, recueillant un succès public grandissant.

Depuis 1998, les City Guide, régulièrement mis à jour, font donc voyager curieux et esthètes de par le monde dans des villes considérées comme attractives et symbolisant déjà le monde de demain.

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L’artiste performeuse et photographe de la movida Ouka Leele nous présente ainsi sa ville, Madrid, libre, insolente et inventive, qu’accompagnent des photographies de Mat Jacob célébrant tout à la fois le sérieux et l’esprit décalé des Madrilènes.

Rome, Italie. Le 23/03/2018
© Gilles Coulon / Tendance Floue / Louis Vuitton
Pantheon, Piazza della Rotonda. Rome, Italie. Le 26/03/2018
© Gilles Coulon / Tendance Floue / Louis Vuitton 

L’actrice Catherine Spaak, fille du scénariste Charles Spaak, née française et naturalisée italienne, nous entraîne à Rome sur les pas de Mastroianni dans une ville s’élargissant chaque jour davantage en réhabilitant de nouveaux quartiers, dans un volume écrit par Pierre Léonforte, cofondateur des City Guide, mais aussi le journaliste et écrivain Olivier Tosseri, les historiennes de l’art Isabelle Sciamma et Isabelle Valembras-Dahirel, ainsi qu’Arielle Gasquet, diplômée de l’Ecole du Louvre et grande spécialiste de l’art contemporain. Les images de Gilles Coulon sont tendres et drôles, rendant compte de l’énergie d’une ville ogresque et à bien des égards encore provinciale.

Walt Disney Concert Hall, Downtown Los Angeles, California, USA, March 2018
© Grégoire Eloy / Tendance Floue / Louis Vuitton
Randy's Donuts, Inglewood, Los Angeles, California, USA, March 2018
© Grégoire Eloy / Tendance Floue / Louis Vuitton

Esthétique plus postmoderne avec le photographe Grégoire Eloy à Los Angeles, dialoguant avec Jeff Goldblum sur l’une des villes probablement les plus stimulantes au monde.

Restaurant 1886, 11 Hankou road, on the bund.Shanghai, Chine.
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© Denis Bourges/ Tendance Floue / Louis Vuitton

Il faudrait un article par volume, et l’on rage de n’avoir qu’une vie, quand Denis Bourges est avec l’artiste contemporaine Ding Yi à Shanghai, et que Patrick Tourneboeuf se promène avec la photographe Françoise Huguier comme cicerone à Paris.

PARIS
© Patrick Tourneboeuf / Tendance Floue / Louis Vuitton

Ce qui se construit ici est une Babel désirable, chaque ville étant choisie pour sa capacité à incarner un esprit d’ouverture.

Bodega de la Ardosa. Madrid. Espagne. 29/03/2018
© Mat Jacob / Tendance Floue / Louis Vuitton

Et l’on imagine très bien Voltaire, pour qui le droit de commercer librement était gage de liberté pour tous, écrire ceci dans le volume sur Londres, en découvrant sa célèbre Bourse : « Entrez dans la Bourse de Londres, cette place plus respectable que bien des cours ; vous y voyez rassemblés les députés de toutes les nations pour l’utilité des hommes. Là, le juif, le mahométan et le chrétien traitent l’un avec l’autre comme s’ils étaient de la même religion, et ne donnent le nom d’infidèles qu’à ceux qui font banqueroute ; là, le presbytérien se fie à l’anabaptiste, et l’anglican reçoit la promesse du quaker. Au sortir de ces pacifiques et libres assemblées, les uns vont à la synagogue, les autres vont boire ; celui-ci va se faire baptiser dans une grande cuve au nom du Père par le Fils au Saint-Esprit ; celui-là fait couper le prépuce de son fils et fait marmotter sur l’enfant des paroles hébraïques qu’il n’entend point ; ces autres vont dans leur église attendre l’inspiration de Dieu, leur chapeau sur la tête, et tous sont contents. »

Des guides réussis sont indubitablement des prescripteurs, mais aussi des incitations à franchir les frontières, à rencontrer l’autre, à échanger.

Par leurs portfolios, les photographes poursuivent leurs recherches, trouvant dans le cœur des villes matière à prolonger leur œuvre.

Si la format, la conception graphique et le rubricage de chaque volume crée de l’identité (hôtels/restaurants/bonnes choses & petites faims/ bars, cafés & salons de thé/nuit/affaires de style/objets de qualité/art & culture/24 heures/ les flâneries/les quartiers/informations pratiques), le malletier a parié sur l’indépendance de chacun pour créer du commun et du désir.

Mais l’ambition de Louis Vuitton ne s’arrête pas là, puisque l’entreprise développe également d’autres collections dédiées au voyage.

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© Wing Shya / Louis Vuitton

Ainsi les cinq nouveaux titres de Fashion Eye (quinze volumes à ce jour), qui est une collection offerte à des photographes de mode de toutes générations révélant leur talent dans un autre domaine que celui pour lequel ils sont reconnus, celui des villes et des nouveaux horizons.

Le travail est ici extrêmement pluriel, Oliviero Toscani s’attachant par exemple à photographier à la lisière de l’onirisme une œuvre de land art conçue par le peintre Alberto Burri au cœur des ruines de la città vecchia de Gibellina située en Sicile dans la province de Trapani.

Nous pénétrons un labyrinthe de béton blanc édifié sur les ruines d’une ville ayant subi un terrible tremblement de terre en 1968.

Le provocateur Toscani, qui s’est servi d’un drone pour parfaire son regard, crée les conditions d’un égarement, d’un effroi peut-être, contemplant selon Alain-Paul Mallard signant un texte en postface de son livre, un « cénotaphe » parfaitement vierge de toute inscription.

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Sous les yeux de Paul Rousteau, Genève est une ville ressemblant à un tableau de David Hockney : « J’aime bien dire que je suis un peintre oisif. Non seulement parce que je fais de la peinture sans en avoir fait le difficile apprentissage, mais aussi parce que j’ai pris beaucoup de photos d’oiseaux. Je veux que mes images soient légères, qu’elles aient l’air d’avoir été faites facilement, en un seul geste. Or, cela demande beaucoup de travail et très peu d’oisiveté en réalité ! »

De Bali, le skateur photographe Quentin de Briey, présenté par Patrick Remy, envoie des sortes de snapshots réalisés dans un geste de grande fluidité, nous ouvrant son album personnel avec beaucoup de générosité.

Silk Road, du Japonais Kishin Shinoyama, essentiellement connu pour ses nus, reprend son travail exceptionnel sur les routes de la soie, publié une première fois entre 1981 et 1982 à un rythme d’un volume tous les deux mois. Chaque image est d’une puissance visuelle considérable, le tout formant un panorama extrêmement riche sur un dédale de routes à partir duquel l’artiste cherche à témoigner de la façon dont l’humain habite et travaille son environnement immédiat.

Loin des représentations convenues, l’Iran de la jeune photographe britannique Harley Weir est d’une très grande sensualité. Sa série photographique est un hymne à la beauté d’un pays béni des dieux, à la fois lumineux et extrêmement secret : « Le grand moment pour moi a été notre visite aux nomades (montagnards qui gagnent leur vie principalement en tant que bergers). Les femmes que j’ai rencontrées étaient si amusantes et dégageaient une telle force de vie que ça a été une expérience vraiment merveilleuse. Je pense que la séparation des hommes et des femmes, et le fait de vivre dans la nature, permettent une plus grande connivence entre amis du même sexe. L’intimité et le contact physique qui se développent alors sont très émouvants. »

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Enfin, la collection Travel Book (dix-neuf livres) présente en format italien le regard singulier d’artistes ayant choisi l’aquarelle et le dessin pour rendre compte de territoires urbains denses ou d’espaces lointains plus inattendus, comme l’Arctique représenté par Blaise Drummond.

Les cultures se croisent, la vie quotidienne apparaît, la vie est un spectacle permanent.

Travel Book est un éloge du proche et du divers, comme de l’enchantement d’être au monde, offrant un bel aperçu de la diversité des esthétiques graphiques d’aujourd’hui, bande dessinée, manga, peinture, collage, dessin.

A Cuba, le Chinois Li Kunwu, de formation autodidacte, utilise stylos et pinceaux pour s’approcher d’une réalité foisonnante, intime, retrouvant dans l’île des frères Castro la Chine des années 1980, son petit peuple, sa force de vie, son inventivité, sa débrouillardise, sa belle folie.

Le voici qui s’exclame : « Le tabac, la canne à sucre, la terre rouge, je connais tout ça ! Si on creusait un trou dans le sol, on arriverait directement chez moi ! »

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© Miles Hyman / Louis Vuitton

Vue par le crayon du Suisse Thomas Ott, la Route 66, partant de Chicago pour rejoindre Santa Monica L.A., est une véritable œuvre au noir, l’artiste « griffant au cutter la surface de ses cartes à gratter enduites d’encre de Chine pour faire surgir de l’obscurité, sous une myriade de hachures blanches ». Son travail, qui relève de l’atmosphère du polar, est graphiquement éblouissant.

La Rome de l’illustrateur Miles Hyman est une histoire sans parole se présentant en pleines et doubles pages. Voici une ville où l’on peut prendre le temps de vivre, où l’on peut être seul et ensemble, et où Giorgio de Chirico a laissé son fantôme.

La Los Angeles de l’Espagnol Javier Mariscal est un festival de formes, de couleurs, ville jungle, ville monde, quand la Séoul du duo français Icinori se présente, entre vides et pleins, comme une abstraction en mouvement, un théâtre jonché d’accessoires et de bâtiments avec lesquels rêver sa vie.

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Tant de talents associés servent l’intelligence de tous, et l’on peut se réjouir que le prestige d’un groupe économiquement florissant permette aux artistes de développer à ce point, dans des formes et propos très différents, la profondeur de leurs visions.

« On a déclamé, écrit Voltaire dans ses Lettres philosophiques (1734), contre le luxe depuis deux mille ans, en vers et en prose, et on l’a toujours aimé. »

Dont acte.

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Louis Vuitton, trois collections de livres de voyages, Travel Book, Fashion Eye, City Guide.

Derniers titres parus :

– Collection Travel Book : Los Angeles, de Javier Mariscal Restitue ; Séoul, du duo Icinori
– Collection Fashion Eye : Bali, de Quentin de Briey ; Geneva, de Paul Rousteau ; Silk Road, de Kishin Shinoyama ; Cretto di Burri, d’OIiviero Toscani ; Iran, de Harley Weir
– Collection City Guide : Shanghai, Ding Yi/Denis Bourges ; Los Angeles, Jeff Goldblum/Grégoire Eloy ; Rome, Catherine Spaak/Gilles Coulon ; Madrid, Ouka Leele/Mat Jacob

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