L’or du temps et les souvenirs absents, par Carolle Bénitah, artiste plasticienne

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 © Carolle Bénitah

Tout fuit, disparaît, s’évanouit, est englouti par le fleuve du temps.

Tout revient à l’informe, à l’inconnu, à l’invisible, mais il y a, Janus Bifrons, les artistes, enchanteurs pourrissants, ou embaumeurs merveilleux.

Avec Jamais je ne t’oublierai, magnifiquement édité par L’Artière sous forme d’album à spirales de format carré, Carolle Bénitah poursuit son grand œuvre de lumière concernant l’histoire de sa famille et ses archives personnelles.

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 © Carolle Bénitah

Collectionneuse de photographies anonymes, l’artiste d’origine marocaine se réapproprie les images qu’elle se procure afin de les transformer en albums de familles imaginaires.

Par le geste créateur, la photographie abandonnée redevient active, puissance d’interpellation.

Par le travail de l’or ajouté en à-plat sur les photographies, Carolle Bénitah transforme le périssable en force incorruptible.

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 © Carolle Bénitah

La nostalgie est évacuée, au profit d’une joie procurée par l’art de l’enluminure.

Mais il ne s’agit pas de construire un bonheur trop facile, des légendes inscrites en bas des œuvres indiquant des souvenirs douloureux.

« Je tape ces souvenirs, précise la photographe plasticienne, sur un clavier dont des touches sont inopérantes à cause d’un café que j’y ai accidentellement renversé, tout comme Hölderlin qui a volontairement enlevé certaines cordes de son piano et joue sans savoir lesquelles sont manquantes. Les souvenirs que je relate deviennent opaques, incompréhensibles pour le lecteur. Mais à l’instar de ces photographies qui disent l’impossibilité de l’identification, je construis des souvenirs absents. »

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 © Carolle Bénitah

La feuille d’or métamorphose l’inéluctable détérioration des images en surfaces propices aux fantasmes les plus beaux, les princes déchus d’hier retrouvant finalement un royaume de gloire.

Que voit-on dans ce que l’on ne voit pas ?

Que ne voit-on pas dans ce que l’on voit ?

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 © Carolle Bénitah

Un mariage où s’invitent des cercles d’or, une petite fille ayant perdu sa tête, une tête ayant perdu son corps, des animaux et leurs maîtres, des cruautés bourgeoises, des chasses, de belles demeures, et partout des fantômes accrochant la lumière manifestant la permanence de l’esprit contre les moisissures du corps.

La main caresse les silhouettes jaunes, devine des visages, des corps, se fait médium.

Il y a ici beaucoup de légèreté dans la gravité, et de la douleur dans la faveur dorée.

Où sont désormais ces pans de vie déportés, déplacés, détruits ?

Faudra-t-il espérer le jour de la Résurrection des corps, Seigneur ?

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Sur sa table de photomontage, Carolle Bénitah opère la rencontre de Mary Poppins, de Christian Boltanski et d’André Breton, dans une matière sensualiste célébrant la vie comme grâce et donation.

A la toute fin du livre, un petit matador nous regarde, son visage absent est celui du temps lui-même.

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Carolle Bénitah, Jamais je ne t’oublierai, texte de Laura Serani, L’Artière (Italie), 2019 – 1000 exemplaires

L’Artière Editions

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Carolle Bénitah – site

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Se procurer Jamais je ne t’oublierai

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