A l’école de Louis Jouvet, par Jacques Lassalle et Jean-Loup Rivière

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« Seul un grand acteur, déclare Jacques Lassalle, est capable de se renoncer, de renoncer à l’image que les autres ont de lui. Mais renoncer au paraître de la scène pour atteindre à l’être du rôle exige un grand savoir, une grande expérience du théâtre. »

Comment forme-t-on un acteur ? Quelles sont les différentes voies, les différentes écoles, les différents types d’apprentissage ?

A quoi servent vraiment les écoles ? Forme-t-on trop de comédiens par an ? Comment préserver, développer, favoriser l’esprit de liberté des jeunes acteurs, tout en maintenant hautes les exigences concernant les arts de la scène ?

Ces questions, et nombre d’autres, Jacques Lassalle, metteur en scène, professeur à Paris III ainsi qu’au Conservatoire nationale supérieur d’art dramatique de 1981 à 2011, et Jean-Loup Rivière, professeur (ENS de Lyon, CNSAD), conseiller littéraire et artistique de la Comédie-Française de 1983 à 2001, se les posent au cours de sept entretiens passionnants, publiés par les éditions Actes Sud dans la collection « Apprendre ».

Contre la saturation des « pirouettes en tout genre » et recours aux prouesses technologiques du moment, Jacques Lassalle prône l’intelligence du texte, « l’obscur dans le clair, le suspendu dans le conclusif, le caché dans le montré, le tu dans le dit, le silence sous le formulé, l’insondable sur le tout-venant », soit un théâtre aux horizons de sens ouverts mettant le spectateur au travail.

Contre le spectaculaire, le travail fin de la prosodie, les vertiges de la quête de soi, la mémoire active, très ancienne et très neuve.

« J’invite toujours les jeunes acteurs à revenir à la naïveté, à la probité d’une première fois. » (J.L.)

Se méfier du lyrisme, mais pas de la candeur.

Relire les grands textes comme s’il avait été écrit hier, pour nous, personnellement.

Le Conservatoire pour Louis Jouvet ? « un lieu où des êtres s’interrogent », notamment sur la condition humaine, la solitude, la capacité à vivre ensemble.

Comment penser et construire la responsabilité de l’artiste ?

Comment, lorsqu’on est un bon pédagogue, éviter la tentation d’être un Pygmalion ?

« Je crois qu’il y a toujours transmission de savoir, mais qu’elle est rarement directe. Quand on a affaire à des acteurs, il faut que la transmission de savoir se fasse par détour, par parenthèse, et comme par inadvertance. Dès l’instant que l’on désigne le moment du savoir, dès qu’on est dans le savoir constitué, formulable, alors l’élève somnole, ou quelquefois se rebelle dans une ostentation de désintérêt. » (J.L.)

« Un véritable pédagogue du théâtre introduit toujours, d’une façon ou d’une autre, à l’étrangeté du familier, à l’éclat du terne, au soupçon des moments dits « forts », à la richesse des moments dits « faibles ». » (J.L.)

N’y a-t-il dans l’être même de l’acteur un être morcelé ?

Qu’est-ce qu’un geste juste ?

Qu’est-ce qu’un acteur attentif ?

Comment progresser dans l’écoute de son partenaire ?

Qu’est-ce qu’un corps singulier irradié par un rôle ?

« Le théâtre a horreur du corps hystérique. Or, spontanément, l’acteur est hystérique. Les acteurs pensent que leur hystérie est le gage de leur authenticité, de leur implication, de leur offrande d’eux-mêmes. J’essaie toujours de « calmer la partie ». dès la première lecture, je demande aux acteurs de ne me proposer aucune interprétation. » (J.L.)

Jean-Loup Rivière : « On croit que plus c’est nerveux, frénétique, saignant, plus c’est vrai, profond, sincère… Or, au théâtre, on le sait, le sang, les humeurs sont des cosmétiques, des parures. »

Comment apprendre à « refaire » sans « reproduire » ?

Comment obtenir un jeu « mat » (terme lassallien) ?

L’acteur doit-il fonder son jeu sur l’oubli de soi ?

On peut songer à Novarina : « On dit que les acteurs aiment énormément paraître. Je dis que les grands acteurs aiment énormément disparaître. »

En laissant se déployer sa propre polysémie.

« Le théâtre dont je rêve, avoue Lassalle, est un théâtre qui ne s’assouvit jamais tout à fait, qui ménage toujours, au cœur de son apparente plénitude d’accomplissement, une part d’irrésolu, d’invitation à poursuivre, à relayer. »

Conversations sur la formation de l’acteur est un livre interrogatif, il est de ceux qui font réfléchir, c’est beaucoup.

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Jacques Lassalle & Jean-Loup Rivière, Conversations sur la formation de l’acteur, Actes Sud / CNSAD, 2017, 175 pages

Actes Sud – site

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Se procurer Conversations sur la formation de l’acteur

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