Métiers d’art, métiers d’avenir, par Simon Woolf, photographe

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© Stéphan Woelfel – alias Simon Woolf

L’humanité 2.0 s’est installée, les ordinateurs ont pris le pouvoir, nous sommes des moribonds avalés par nos écrans.

Surtout pas de contact, pas de virus, pas de chair.

Pourtant, çà et là, indifférents aux spectres numériques, des gestes, des savoir anciens, se perpétuent, se poursuivent, se réinventent.

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© Stéphan Woelfel – alias Simon Woolf

On appelle métiers d’art ces îlots de sens où le travail est avant tout affaire de regard, de goût, de perfection technique, de temps long.

A Strasbourg, Simon Woolf a photographié avec beaucoup de délicatesse, dans une lumière très sensuelle, inspirante car intérieure, des artisans, hommes et femmes d’aujourd’hui maniant des outils que nous ne connaissons pas toujours, ou plus.

Les visages sont concentrés, radieux, parce qu’illuminés par l’amour d’un métier.

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© Stéphan Woelfel – alias Simon Woolf

Les métiers d’art est un livre à conseiller à l’Education nationale, dont l’orientation des plus jeunes sur fond d’angoisse budgétaire – « Evacuez, évacuez », clame le dieu Phynance  – est devenue une obsession.

Ce pourrait être un cadeau, pour tous, intellos ou pas, ces catégories sont absurdes.

Minutie des mesures, souci du détail, volonté de créer l’objet le plus beau qui soit, le plus efficace, le plus durable.

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© Stéphan Woelfel – alias Simon Woolf

On travaille ici à l’échelle de plusieurs générations, rien n’est plus louable.

Densifiés, les objets prennent la valeur d’êtres de plein droit.

La main pense, et la chevelure de la luthière, l’ongle de la couturière, les cils du menuisier, les oreilles du tourneur d’art, le sourire de la plumassière.

Par leur conscience de l’importance capitale de l’ajustement des pièces, du choix des matériaux, de la logique de l’assemblage, et même des conditions hydrométriques, voire climatiques, les maîtres d’art fabriquant des instruments de musique sont exemplaires de ces professions pour qui l’atelier – ses odeurs, ses lumières, ses textures – est à la fois laboratoire, domicile et champ d’exploration.  

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© Stéphan Woelfel – alias Simon Woolf

Simon Woolf a rencontré, outre les artisans présentés précédemment, une restauratrice de meubles, un tapissier, un forgeron, une bijoutière, un sertisseur en joaillerie, un tailleur de pierre, une céramiste, une tatoueuse, un maître bottier, un taxidermiste, une enlumineure, une typographe.

Aude Fuchs était relieure d’art, elle a dû abandonner sous le poids des nécessités économiques : « La vie n’est pas un long fleuve tranquille, celle des jeunes artisans qui cherchent à s’installer l’est encore moins, précise Simon Woolf. Quand l’acharnement et la passion ne remplissent plus le réfrigérateur, il faut envisager un plan B, mettre de côté ce que l’on aime, faire quelques pas en arrière pour se relancer avec plus d’élan encore. Parfois reprendre un mi-temps alimentaire, d’autres fois, il faut se reconvertir simplement, et finir par trouver un moyen de vivre passionnément encore ! »

Bruno Metzger le cordonnier : « Beaucoup de bienveillance et une main tendue. » 

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© Stéphan Woelfel – alias Simon Woolf

Stéphanie Hayet, décoratrice sur porcelaine : « Si pour beaucoup d’artisans, trouver l’atelier idéal n’est pas chose aisée, Stéphanie pratique l’atelier mobile. Elle travaille là où elle vit, quel que soit l’endroit. D’une ville à l’autre, d’un pays à l’autre même, ses pinceaux, ses pointes de plume, ses pigments, bref, tout son matériel la suivent, et son inspiration se nourrit des nouvelles rencontres qu’elle fait. »

Patience, endurance, savoir-faire, précision.

La bijoutière Annie Sibert : « Touchée par les femmes qui travaillent la feuille de rônier lors d’une résidence au Burkina Faso, ou par l’apprentissage de la technique dite IPSA, transmise par des maître sud-coréens, qui évoque « des feuilles tombant d’un arbre et étant emportées par le courant d’une rivière », son travail prend un sens qui va au-delà de l’aspect décoratif du bijou. »

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© Stéphan Woelfel – alias Simon Woolf

Le luthier Jean-Noël Rohé : huit guitares par an, huit instruments d’exception.

Perfectionner, approfondir, apprendre, se déplacer, créer. 

Peser, marteler, polir, poncer, poinçonner, coudre, sculpter.

Chercher, rechercher, s’informer, se reconvertir.

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© Stéphan Woelfel – alias Simon Woolf

Dans la perte généralisée du sens concernant nos professions, sans cesse redéfinies par des managers et nouveaux contremaîtres soucieux de nous réapprendre à marcher, les métiers d’art s’avèrent des métiers d’avenir.

« C’est un ouvrage que je souhaite beau, généreux et accessible », précise en postface le photographe transformé par ses quatre ans de rencontres.

Pari réussi, monsieur.

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Simon Woolf, Les métiers d’art, Itinéraires photographiques d’atelier en atelier, préface Stéphane Rosellier, textes Simon Woolf, maquette et mise en page Simon Woolf et Philippe Schneider / A la folie, Editions Astrid Franchet, 2020

Site de Simon Woolf

Editions Astrid Franchet

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