L’art pariétal du peintre et photographe américain John Divola (2)

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© John Divola

Après Vandalism, de John Divola, livre présenté dans L’Intervalle en avril 2018, les éditions londoniennes MACK publient du même auteur – son nom n’apparaît qu’après le corpus d’images – un ouvrage non moins intrigant, Terminus.

A sa façon sauvage, et d’un punk presque sophistiqué, le plasticien a peint en 2016 des taches noires, généralement rondes, sur les murs en ruine d’un bâtiment de la base militaire George Air Force située à Victorville, en Californie.

Fermée en 2012 – conséquence de la fin de la Guerre froide -, cette base est devenue pour John Divola un formidable terrain d’expérimentation formelle, la menace d’une peinture noire envahissante succédant à la présence de l’armée américaine.

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© John Divola

Comme un inconscient extériorisé, comme un soleil noir de mélancolie, comme une tentative de désenvoûtement, ou de nouvel ensorcellement.    

Des taches faites au spray comme des visages aveugles.

Il y a des gravats, des parois défoncées, des fils électriques traînant çà et là, du carrelage brisé.

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© John Divola

L’atmosphère – les photographies sont toutes en noir et blanc – est celle d’une guerre ravageant les habitations, et rappelant celles du Liban, de l’ex-Yougoslavie, de la Palestine.

On imagine la visée d’un fusil perfectionné, des unités d’élite traversant les cloisons pour atteindre leur objectif, le positionnement d’un snipeur.

Pourtant, malgré la somme des gestes de violence ici perceptibles, l’emploi d’une masse pour pulvériser les matières, il y a dans cette présence incongrue de la peinture comme une autonomie poétique très belle, survivante, persistante.  

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© John Divola

Nous sommes à l’entrecroisement de la peinture, de la sculpture et de l’installation.

Au bout du couloir, il y a un spectre noir, une inquiétante étrangeté, un sombre surgissement.

Les anciens logements abritant le sommeil des soldats sont désormais hantés par des abstractions proliférantes, sortes d’animalcules malévitchiens.

Chaque pièce investie est une arène pour un Minotaure invisible.

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© John Divola

Les murs se déchirent comme du papier de verre, laissant parfois apparaître un extérieur, une ouverture salutaire.

L’inhabitable est la proie d’une mort dont l’apparence est celle d’un nuage de goudron.

On observe, on craint, on voit la progression du mal.

Un trou noir s’est créé, avalant murs et espérances.

Aux deniers hommes épris de liberté d’inventer un passage, une issue, des lignes de vie au-delà des ténèbres.

Né en 1949, John Divola ne cesse de questionner l’état de guerre et de néant, travaillant depuis le désert, la forclusion, l’effondrement.

A chacun d’imaginer, à partir des ruines et de la menace, ce que sera demain.  

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John Divola, Terminus, design Carlotta di Leonardo, MACK, 2021, 68 pages

John Divola – site

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MACK – Terminus

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Se procurer Terminus

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