Parmi les monstres, par Catherine Bernad, collectrice d’images et de textes

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Images © Catherine Bernad

« Tout ce que l’on rêve est fiction et tout ce que l’on accomplit est science, toute l’histoire de l’humanité n’est rien d’autre que de la science-fiction. » (Ray Bradbury)

L’être humain est-il à compléter ?

L’être humain est-il insuffisant, nu, avec ses seuls membres, organes, réseaux de nerfs et yeux ?

Quelle carapace lui donner, comment le protéger, comment l’augmenter ?

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Images © Catherine Bernad

Telles sont les questions que se pose Catherine Bernad dans un livre d’images étrange et beau Nisnas / Variations sur l’hybride, des peurs ancestrales à l’homme augmenté (Koalath).

Les Nisnas, rappelle-t-elle en citant La Tentation de Saint Antoine, de Gustave Flaubert (1874), « n’ont qu’un œil, qu’une joue, qu’une main, qu’une jambe, qu’une moitié de corps, qu’une moitié de cœur. Et ils disent très haut : Nous vivons fort à notre aise dans nos moitiés de maisons, avec nos moitiés de femmes et nos moitiés d’enfants. »

Se considérant comme imparfaite, la petite race humaine n’a eu de cesse de chercher à s’améliorer, voire se réparer, et presque toujours à s’hybrider.

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Images © Catherine Bernad

Puisant d’abord dans l’époque médiévale un répertoire d’images étonnantes, effrayantes, sidérantes, Catherine Bernad évoque en quatre parties accompagnées de citations cette thématique de l’hybridation (le diable / l’homme des bois / des monstres et des prodiges / ymago mundi et mirabilia), avant que d’avancer dans notre folle époque contemporaine marquée par le mythe du transhumanisme.

Ce pourrait être une étude de nature jungienne, mais un peu sauvage, libre dans ses choix, dans ses goûts, sans systématisme.

Lucifer nous accueille, alors qu’au niveau de son bassin, de ses cuisses, de son sexe, chutent des âmes damnées.

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Images © Catherine Bernad

Nous voilà prévenus : hors de la recherche du souverain bien (chrétien), la punition sera terrible.

Le feu viendra châtier les adorateurs d’idoles, les païens, les hérétiques.

Pierre de Ronsard écrit le superbe L’Hymne des démons : « Tout ainsi les Daimons qui ont corps habile, / Aisé, souple, dispos, à se muer facile,… / Se changent tout soudain en tout ce qui leur plaist… / Bien souvent on les voit se transformer en beste, / Tronquez par la moitié : l’un n’a que la teste, / L’autre que les yeux, l’autre n’a que le bras / Et l’autre que les piedz tous veluz par à bas… / Les autres sont entiers, et à ceux qu’ils rencontrent / En forme de serpens et de dragons se monstrent, / D‘orfrayes, de choüans, cheueches, de corbeaux, / De boucs, de mastins noirs, de chats, loups et taureaux… » 

Le démon viendra chercher les pécheurs, parce que tout pécheur est déjà un démon.

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Images © Catherine Bernad

La laideur est une marque infernale.

Mises en page avec un grand dynamisme et beaucoup d’inventivité, les images trouvées par Catherine Bernad forment une sorte de répertoire des fantasmes humains les plus noirs, mais aussi les plus drôles, les plus saugrenues.

La forêt abrite des créatures surprenantes.

Merlin ? « Enfant sans père, il naît couvert de poils, fruits d’une jeune vierge abusée par un incube démoniaque. »

Un homme à tête d’âne et pieds de sabots, la pudeur cachée par un pagne de feuilles, se dresse devant nous, de belle musculature et de mélancolie. Qu’a-t-il donc fait pour en arriver là ?

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Images © Catherine Bernad

Le chirurgien Ambroise Paré livre le fruit de ses observations, dans un texte de 1573 retrouvé par l’auteure : « Il y a des monstres qui naissent moitié de figure de bestes, et l’autre humaine, ou du tout retenans des animaux, qui sont produits des sodomites et des athéistes, qui se joignent et desbordent contre nature avec les bestes, et de là s’engendrent plusieurs monstres hideux et grandement honteux à voir et à en parler. »

Les curiosités s’enchaînent – hermaphrodites, siamois, êtres acéphales, monstres divers -, à mesure que s’ouvrent les mondes (Inde, Afrique, Orient), peuplant aujourd’hui encore l’imaginaire contemporain dans une époque à la Blade runner.

Le super-héros des comics américains est un modèle pour une humanité avide de performances technologiques, et terrorisée par sa petitesse (morale).

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Images © Catherine Bernad

Jusqu’où contraindra-t-on le corps ? Quelles seront nos limites ? La mort est-elle encore acceptable alors que nous pouvons tant ?

Voici venus les cyborgs, les androïdes, les hyperconnectés de la technoscience.

Voici le règne de la chimère animal-homme.

Tête de cochon ou de musaraigne ? (les images collectées par Catherine Bernad sont ici très troublantes)

Pierre Boulle (La Planète des singes, 1963) aura le dernier mot : « A présent, prenez un homme, enlevez-lui ce qui le rend homme, ses vêtements, ses chaussures, sa montre, sa voiture et – pourquoi pas ? – la parole. Que lui reste-t-il, s’il n’est pas Tarzan, qui est d’ailleurs plus singe qu’homme ? rien. »

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Catherine Bernad, Nisnas / variations sur l’hybride, des peurs ancestrales à l’homme augmenté, Koalath, 2021, 120 pages

Nisnas – Catherine Bernad – Facebook

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Images © Catherine Bernad

Commander l’ouvrage : asbl.koalath@gmail.com

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