Inde, de feu, de veille et de sommeil, par Thierry Clech, photographe

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© Thierry Clech

« On ne sait trop si ce pays émane d’un rêve ou d’un cauchemar, écrit Thierry Clech, si on y veille ou y sommeille, au point de se persuader d’avoir vu ce qui pourtant n’est pas, ou de s’imaginer victime d’une berlue face au concret surgissement des horreurs et loufoqueries indiennes. »

Thierry Clech a appelé son livre publié en Allemagne chez Kehrer Indian Lights, qu’il aurait pu également intituler La vie ardente.

En effet, s’il montre régulièrement des dormeurs, ou des personnes en situation de stase, son ouvrage est un hymne à la vie, à sa puissance de décadrage, à son bouillonnement.

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© Thierry Clech

Peuplé d’oiseaux, de vaches, de chiens, de singes, de chèvres, Indian Lights célèbre un pays où la religiosité est permanente, dans les actes les plus quotidiens comme dans la confrontation avec les créatures animales.

Le regard strictement droit-de-l’hommiste déplorera telle ou telle situation d’abandon, de rejet, de misère, repèrera des inégalités insupportables, mais manquera l’essentiel, l’unité par-delà le bien et le mal, le sentiment d’appartenance – à une terre, à un ciel, à un fleuve, à un bout de trottoir crasseux -, la conscience d’être là, ensemble, dépenaillés ou princes, dans la lumière du crépuscule, ou sous le plomb de midi.

« La lumière de l’Inde, précise le voyageur à l’objectif, me paraît plus orangée qu’autre part quand le soleil décline, plus blanche et métallique à son zénith, plus brûlante au milieu de la fournaise, scintillante et grenue quand elle poudroie aux abords des bûchers de crémation, bien plus douce et safranée, en fin d’après-midi, qu’en aucune région du monde. »

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© Thierry Clech

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© Thierry Clech

S’il photographie, Thierry Clech est bien davantage qu’un œil aux aguets, mais un passeur d’ondes, un transmetteur de formes et d’énergie.

Où est-on vraiment ? L’Inde n’est-elle pas essentiellement esprit ?

La réalité, oui, est énorme, inconcevable ailleurs, impossible, mais ses excès – de misère, de foi, de soleil – sont des preuves de la vie la plus haute, comme un tournoiement ininterrompu de cendres s’incarnant là en chair humaine, là en rires d’enfants, là en cri de corneille.

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© Thierry Clech

On apparaît, on disparaît, tout est capital, et rien n’a d’importance que de continuer à animer la flamme d’un temple gris ayant les dimensions d’un pays.

« Ce fol et perpétuel grouillement des villes du sous-continent, poursuit Thierry Clech dans son excellent texte, dès l’aurore, dans cette odeur indéfinissable, sinon par agrégation de ses constituants – épices, remontées d’égouts, sudation, urine, encens, cardamone, combustion de détritus, remugle des pierres après la mousson fritures et jasmin -, ce capharnaüm tintinnabulant sur le bitume dans les âcres et torrides fumées des pots d’échappement – bus hors d’âge, voitures à l’agonie, rickshaws cent fois rafistolés -, ce concert d’anarchiques klaxons qui à force d’alerter de tout ne préviennent plus de rien, tout cela s’évanouit dans le silence, le soir venu, pour contempler l’eau et le feu, à Bombay, Pondichéry, Madras, Haridwar, face au Gange, la mer d’Oman, l’océan indien ou le golfe du Bengale. »

L’Inde est un pays où l’on tombe, où l’on bute sur des corps, étendus là sur la chaussée, sur un quai, sur quelques planches de bois.

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© Thierry Clech

On s’agite, on se débrouille, on survit, les enfants sont partout, comme des volatiles.

La déesse Kali est terriblement sexy, c’est une destructrice, libérant ses adorateurs des passions mauvaises.

L’animal est au premier plan, les hommes au second. Hiérarchie ? Non, simple évidence.

Tout semble surgi d’un songe, ou du cerveau d’un démiurge à l’esprit surréaliste.

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© Thierry Clech

Lorsqu’on est un Occidental muni d’un appareil de vision, il faut accepter, parfois, souvent, de ne rien comprendre, de se laisser dérouter, dériver, déplacer par ce qui advient, et surtout de ne pas juger, en accordant à chaque être, chaque chose, chaque situation, la dimension de grâce qui la sauve, de l’indifférenciation, de la pauvreté extrême, de la déréliction.

Indian Lights, dont les photographies sont en noir et blanc, saisit des scènes où chaque détail est une métonymie désignant l’incroyable énergie d’un pays à bien des égards sacré.

Thierry Clech, Indian Lights, texte (anglais/français) Thierry Clech, Kehrer Verlag Heidelberg, 2020

Kehrer Verlag

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