Joue-la comme Saint-Ouen-sur-Seine, par Meyer et Denis Bourges, photographes

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© Meyer / Tendance Floue

N’en déplaise aux grincheux discréditant le football pour sa marchandisation excessive, et la prégnance de la logique capitaliste dans les stades et les esprits, ce sport reste fabuleux.

Opium du peuple ?

C’est, dans les clubs refusant de plus en plus toute forme de discrimination, plutôt une école de la vie, du dépassement de soi, de l’entraide, de la camaraderie.

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© Meyer / Tendance Floue

Bien sûr, la plupart des petits jeunes rêvent de devenir Ronaldo, Messi, Neymar ou Mbappé. Et alors ? Chacun choisira sa star, son demi-dieu. Ulysse ou Achille ? Ajax ou Patrocle ?

On se souvient peut-être de la comédie Joue-la comme Beckham (2002), un film moliéresque où une jeune Sikh, promise par ses parents à un mariage arrangé, rêve de faire du football comme son idole, David Beckham.

Paraît aujourd’hui en quelque sorte la suite française de ce film britannique, Joue-la comme Saint-Ouen-sur-Seine, livre de photographie de deux membres du collectif Tendance Floue, Meyer et Denis Bourges, accompagné d’un texte de Rémy Fière, rédacteur en chef adjoint à L’Equipe.

Saint-Ouen-sur-Seine est l’un des hauts lieux du football en France, à qui ces trois auteurs rendent hommage en un ouvrage riche visuellement – des portraits, des photos de groupe, d’entraînement, des stades, des archives -, et à vocation populaire.

A Saint-Ouen, vous trouverez le stade Bauer, l’Union Sportive Multisections Audonienne, mais aussi, mais surtout, les cours d’immeubles, les lopins de verdure, les places improbables où taper le ballon.

Quatre parties : « Des écrins » (les terrains), « Des artistes » (les footballeurs de toutes catégories, filles et garçons, de tous âges), « Des gestes », « Un ballon ».

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Entraineur de l’equipe Junior U17 du Red Star © Denis Bourges / Tendance Floue

Une impression surtout de fraternité dans la diversité, d’efforts en commun, en noir et blanc et couleur.

Sur certaines images, des silhouettes sont découpées, envahissent les terrains, chacun trouve sa place, il n’y a pas de heurts.

Une utopie ? Une fiction ? Oui, bien entendu, mais nous en avons autant besoin que de la réalité.

Les joueurs du Red Star s’apprêtent à entrer sur le terrain. Concentration, détermination, rêve de victoire.

Il y a certes des professionnels aux salaires délirants, mais le football est avant tout l’affaire de milliers de bénévoles partout en France, donnant beaucoup de temps aux autres, aux enfants, à leur club.

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© Denis Bourges / Tendance Floue

Rachid Oudjoudi, gardien du temple (stade Bauer) : « C’est à l’intérieur du stade Bauer, dans la tribune nord, la vue sur Montmartre, depuis la passerelle. J’adore Paris et quand je propose à des gens de venir voir la vue, ils n’en croient pas leurs yeux. »

Entraînement, jongles, courses, patience.

Chants de supporters, liesse, fumigènes.

 Vestiaire, morosité, reprise en main par le coach.

Micro-drames et grandes gloires.

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© Denis Bourges / Tendance Floue

Jeu à la Brésilienne ? Jeu à la Nantaise ? Jeu à la Brestoise ? Non, jeu à la mode Saint-Ouen-sur-Seine, et tu vas comprendre ton malheur. C’est musclé, acharné, ça frappe fort, ça veut aller au bout.

Un arbitre : « Avant un match officiel, j’étudie la liste des joueurs et leurs noms, et quand j’ai quelque chose à leur dire, je les appelle par leur nom de famille. Ils sont souvent surpris. »

Simulation, coup, énervement.

Les filles épatent, de plus en plus nombreuses sur les terrains : joue-la comme… ?

Il n’y a plus de conscription pour brasser les enfants du peuple (tant mieux), mais il y a encore les stades, dont il faut espérer qu’ils ne soient pas des ghettos de plus pour tel ou tel type de public, et que s’y exercent les fondements mêmes de la démocratie.

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© Meyer / Tendance Floue

Je vous invite à venir un jour supporter l’équipe de Brest, qui joue en ligue 1, vous verrez, les clichés tombent.

Et du côté des ultras, c’est toujours la fête.

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Meyer et Denis Bourges, Joue-la comme Saint-Ouen-sur-Seine, texte de Rémy Fière, Editions Loco, 2021, 144 pages

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(et merci au Racing Club de Strasbourg d’avoir propulsé la carrière photographique d’Alain Willaume)

Tendance Floue

Editions Loco

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Se procurer Joue-la comme Saint-Ouen-sur-Seine

3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Ancre Nomade dit :

    Mais bien sûr. Le regard sur nous devenus agés portons maintenant sur le foot médiatisé ne doit pas occulter notre enfance gorgée de dribbles et de buts chimériques sur des stades improvisés, les cours de récréation, ni le travail des petits clubs piliers du lien social. Merci pour ce regard

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  2. Ancre Nomade dit :

    Mais bien sûr. Le regard que nous devenus agés portons maintenant sur le foot médiatisé ne doit pas occulter notre enfance gorgée de dribbles et de buts chimériques sur des stades improvisés, les cours de récréation, ni le travail des petits clubs piliers du lien social. Merci pour ce regard

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    1. Bourges dit :

      👍👌👏 Merci Fabien, un bel article encore une fois.

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