Réalités des travailleurs népalais au Qatar, par Frédéric Lecloux, photographe

© Frédéric Lecloux / Agence VU’ / Le Bec en l’air 2022

« Stades climatisés dernier cri, hôtels de luxe et personnel à disposition : les autorités du Qatar plantent un décor de rêve pour vanter la Coupe du monde de football masculin 2022, à Doha. Mais derrière les paillettes se cachent une terrible réalité. Depuis plus de dix ans, des milliers de travailleuses et de travailleurs migrants qui oeuvrent pour cet événement vivent un enfer. Ils ont tout quitté pour gagner leur vie et subvenir aux besoins de leur famille. Ils travaillent sur les chantiers, mais aussi comme femmes de ménage, chauffeurs de taxi ou serveurs dans les restaurants… » (Amnesty International, septembre 2022)

Réalisé par Le Bec en l’air en coédition avec Amnesty France, Au désert, de Frédéric Lecloux, est une série photographique réalisée au Népal et au Qatar en 2016 auprès de travailleurs émigrais et de leurs familles.

Alors que la Coupe du monde de football est en cours – je la regarde avec mes enfants ou dans des lieux dédiés avec les copains, toute honte bue -, paraît ce livre au statut documentaire permettant d’élever notre niveau de conscience.

Dieu/Allah reconnaîtra les siens, ou pas.

© Frédéric Lecloux / Agence VU’ / Le Bec en l’air 2022

Le texte diffusé sur le site de l’éditeur marseillais est explicite : « En 2015, alors que la construction des infrastructures de la Coupe du monde de football 2022 avait démarré au Qatar, 1 500 hommes népalais quittaient chaque jour l’un des pays les plus pauvres du monde pour aller travailler à l’étranger, 20% d’entre eux émigrant vers le Qatar. Les flux financiers générés par ces travailleurs migrants représentent alors 30% du PIB du pays. Mais ce surcroît de revenus pour lequel les hommes acceptent de partir et les familles supportent leur absence, quel est son coût ? Quel coût humain, social, sociétal ? Quel coût pour les hommes partis, pour les familles restées, pour les villages, pour le tissu social, pour la nation ? (…) Au Qatar, 6 500 ouvriers étrangers sont morts depuis l’attribution à ce pays de l’organisation de la Coupe du monde. Si le football en tant que sport n’est responsable ni de cette situation ni de ces morts, par l’aura mondiale dont il jouit, il a la possibilité de faire évoluer les mentalités et les comportements des Etats. »

Après avoir interviewé au Népal, pays qu’il connaît bien (plusieurs livres sont disponibles), des familles d’hommes exilés, Frédéric Lecloux s’est rendu au Qatar auprès de certains des travailleurs dont il avait entendu parler, afin de rendre compte de la dureté de leur quotidien, entre esseulement, ségrégation socio-ethnique et atteintes diverses à leur dignité la plus élémentaire, notamment par une absence de protection juridique.

Le photographe montre la conjonction du désert, des palmiers et des vertes pelouses, des camps de travailleurs, du linge qui sèche, des objets en plastiques et des palissades grillagées.

Sous forme de diptyques, accompagnés de récits, Frédéric Lecloux met en scène la communication à distance des membres d’une même famille à travers des écrans interposés, montrant la solitude de chacun, qu’il soit au pays ou à l’étranger.

Il faut contracter un emprunt pour partir, puis rembourser, le passeport étant souvent confisqué par l’employeur, les fonds envoyés aux siens permettant tout simplement de les faire vivre, parfois d’acheter un terrain.

© Frédéric Lecloux / Agence VU’ / Le Bec en l’air 2022

Les récits de vie sont édifiants, et jamais manichéens : « K. est arrivé au Qatar en décembre 2012. Auparavant il a travaillé trois ans et demi en Arabie Saoudite. Il est conducteur d’excavatrice. Il a appris à conduire au Népal et a obtenu le permis au Qatar. Cette compétence lui assure un salaire variable de 1000 QAR par mois, à quoi s’ajoutent 400 QAR pour la nourriture et quatre heures supplémentaires quotidiennes. Au total, il parvient à gagner environ 2000 QAR par mois (500 euros) selon l’embauche. Mais si on ne lui fournit pas de travail, il est payé. Pour le moment il se lève à quatre heures et demie, va sur le chantier, a une pause-déjeuner à onze heure et quart, reprend à midi quarante-cinq. Mais cela dépend des chantiers. Il travaille où on lui dit de travailler, en fonction des chantiers, quelques-mois ici, quelques semaines là. Il retourne chez lui en décembre 2016 pour un congé. Après, il essaiera le Koweït, il paraît que les salaires sont meilleurs. Il semble déprimé. »

Le photographe montre les intérieurs des campements, les objets, les plats, les habits de travail, les lits, les sanitaires, les cuisines, les prises téléphoniques, toute une quotidienneté souvent si éloignée des réalités du pays.  

Les grandes équipes du football mondial se préparent pour le spectacle ; dans la poussière, il y a une valise éventrée.

Mais Au désert n’est pas un livre de dénonciation directe, il est bien plus doux que cela – les chromies sont délicates -, attentif à l’histoire de chaque être, de chaque visage comme des environnements quotidiens, au Népal ou au Qatar.

Il règne dans cet ouvrage un respect ouvrant sur une interrogation éthique, dont témoignent le silence et le calme de ses images.

Frédéric Lecloux, Au désert, migrations Nepal | Qatar, textes (français/anglais) Frédéric Lecloux et Ashmita Sapkota, Le Bec en l’air, 2022

© Frédéric Lecloux / Agence VU’ / Le Bec en l’air 2022

https://www.fredericlecloux.com/

https://www.becair.com/produit/au-desert/

Livre réalisé en collaboration avec Amnesty International France

https://www.amnesty.fr/

https://www.leslibraires.fr/livre/21415487-au-desert-migrations-nepal-qatar-frederic-lecloux-ashmita-sapkota-bec-en-l-air?affiliate=intervalle

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