
©Claire Chesnier
« Il s’agit moins d’être en quête du vivant que d’être mou- / vement du vivant, là où on est seul, là où on n’est rien – / fastueusement. »
Considérons à partir de maintenant que chacun des mots de cet article, sont ceux, peu ou prou, de Pierre Cendors, qui composa L’Horizon d’un instant lors d’un séjour de plusieurs mois dans un site montagneux.
Cet ouvrage publié à L’Atelier contemporain (François-Marie-Deyrolle éditeur) est accompagné de huit peintures de silence de Claire Chesnier offrant au spectateur une expérience spirituelle à partir de surfaces colorées abstraites à la fois puissantes et donnant une impression d’évanescence.
Comme des aubes, ou comme les derniers flamboiements d’un paysage disparaissant sous les fumées.
Comme des abysses aussi.
On voudrait parler, on rate, on s’approche de l’indicible, on rate encore.
Il faut imaginer le poète marchant dans le blanc, omniprésent dans ce recueil.
Ce sont de très courtes strophes, des distiques souvent, quelques lignes, trois ou quatre, et un dialogue intérieur, les phrases de bas de page étant écrites en italique, comme un répons à celles écrites tout en haut.
Entre les deux, du vide, la palpitation de l’air.
« Quelque chose ou quelqu’un en nous n’appartient pas au / langage humanisé, n’appartient pas au règne social. »
Songer à Antonin Artaud : La société se croit seule mais il y a quelqu’un.
On écrit vraiment parce qu’il y a ce trou, ce noyau irréductible, que nul ne peut arraisonner.
Non ?

©Claire Chesnier
Vivre à l’écoute.
Bruissements nocturnes.
Les maisons craquent, parlent, comme les sous-bois.
Nous sommes des naufragés.
Pierre Cendors est un Wanderer, doublé d’un méditant zen.
« Nous n’irons plus loin sans d’abord nous arrêter aux pieds / des cimes de cet instant. Laissons l’instant, tout instant, se hausser à son attitude d’astre dans l’immobilité respirante / d’une présence. »
Le réel ne peut jaillir que de l’inattendu, d’une « commotion du dehors avec notre / horizon intérieur. »
Poésie se lève au rythme des pas.
Il y a des guides, on peut (les) prier.
« Nous savons maintenant ces solidarités mystérieuses qui / veillent à nos frontières. Qu’importe leur nom ou leur vi- / sage : nous les reconnaîtrons. »
Je lis aussi : « C’est le premier pas et tout le propage. »

Pierre Cendors, L’Horizon d’un instant, accompagné de huit peintures de Claire Chesnier, L’Atelier Contemporain, 2023, 96 pages
https://www.editionslateliercontemporain.net/collections/litteratures/article/l-horizon-d-un-instant
encore une fois, une belle découverte grâce à vous ….
votre travail de recherche et d’analyse est magnifique !
Cordiaux remerciements,
Michèle Girouard
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