Les liens de délicatesse, par Yveline Loiseur, photographe

©Yveline Loiseur

Publié à Lyon par la Galerie Françoise Besson, Les formes de l’attention, d’Yveline Loiseur, est un livre remarquablement délicat, pudique, sensuel et mystérieux.

Son très grand format impose une présence, qui n’est pas écrasante, mais simplement, et fraternellement, majestueuse.

Il faut cela pour témoigner de la noblesse des êtres représentés, et de l’énigme des situations mises en scène, comme une découpe dans le tableau du monde, comme un théâtre où opérer, presque de façon alchimique, la rencontre entre le visible et l’invisible, dans une union révélée entre l’intériorité du regardeur et la pure extériorité des choses.  

©Yveline Loiseur

Composé des séries Cendres (2015), Le langage des fleurs et des choses muettes (2003-2004), La vie courante (2002-2009), L’heure défleurie (2022), Le Temps qu’il fera (2011), Les horizons pâlis (2019) et Entre présence et absence (2012), Les formes de l’attention est un livre haptique, c’est-à-dire, non pas simplement à contempler et méditer, mais à toucher des yeux.

Il y a de l’orage dans l’air, comme une charge électrique gagnant les chevelures, comme une chaleur dans le crâne.

Yveline Loiseur travaille avec l’obscurité et la lumière qui la troue, le néant est premier, mais il n’est pas rien.

Ostéopathie, reiki, magnétisme.

Solennité générale.

©Yveline Loiseur

On peut communiquer de façon télépathique, les photographies sont des conducteurs, leurs vibrations, notamment colorées, conduisent le spectateur jusqu’à l’âme de chaque image, sa psyché en quelque sorte.

On ne respire plus, ou qu’à peine, on attend, quelque chose va se passer, quelque chose se passe.

Est-ce l’approche de la mort ?

La résurgence d’un passé qui ne passe pas ?

Une mélancolie interminable ?

Transmission de parole entre les générations : une dame âgée murmure à l’oreille de qui elle était plus jeune.

Une enfant plonge la main dans un bocal, c’est peut-être Dieu touillant l’univers depuis son laboratoire cosmique.

©Yveline Loiseur

Un arbre a chu, nous sommes déracinés, exilés, embarqués dans le vertige de la fuite du temps, la récurrence des fleurs et des vagues exprimant la conscience élégiaque de l’auteure..

Sommes-nous des poupées de chair ?

Qui est donc notre marionnettiste ?

Possédant une dimension eschatologique, les photographies d’Yveline Loiseur donnent le sentiment d’une attente tendue vers une ouverture finale, qu’elle soit trépas, naissance, ou croissance de petit d’homme.

Beaucoup de grâce en cet ouvrage de silence, dans les natures mortes, les portraits, ou la flottaison ophélienne d’une constellation de végétaux.

Un double nous regarde, qui n’est autre que nous-même.

Nous serons jugés par la lumière d’un soir d’été, par les couleurs que nous aurons créées, par les coquillages que nous aurons ramassés.

L’image depuis la période médiévale, qui l’inventa à la ressemblance du Christ, est une véronique, façon de célébrer la puissance de l’au-delà, et de sa manifestation ici-bas.

©Yveline Loiseur

Un homme porte le corps d’une petite fille, sorte de pietà inversée.

« Aux couleurs des bouquets et des êtres prenant la pose, écrit joliment Michel Poivert, répond la sobriété minérale des arbres couchés des falaises de l’île de Rügen, peintes par Caspar David Friedrich, comme celle des lits-linceuls du Musée hospitalier de Charlieu. »

Yveline Loiseur, Les formes de l’attention, texte Michel Poivert, photogravure Gil Coilot, Frédéric Basset, conception graphique Comerro studio, Galerie Françoise Besson, 2024 – 500 exemplaires

https://www.yvelineloiseur.com/

©Yveline Loiseur

https://www.francoisebesson.com/representation/yvelineloiseur

Laisser un commentaire