Réinventer l’Atlantide, par Oriane Thomasson, artiste visuelle

©Oriane Thomasson

« En l’espace d’un seul jour et d’une nuit terribles, tout ce que vous aviez de combattants rassemblés fut englouti dans la terre, et l’île Atlantide de même fut engloutie dans la mer et disparut. » (Platon)

Très attendu après la réussite de Paradise, Atlantis est le deuxième opus d’Oriane Thomasson publié par The Eriskay Connection dans une souplesse de conception et format similaires.

Il y a des cycles de progrès et de barbarie, nos civilisations s’effondrent régulièrement, dont il reste des vestiges, ou des traces mémorielles dans les livres.

©Oriane Thomasson

Consacré au mythe de l’Atlantide, Atlantis est une fiction photographique mêlant images d’archives, et photographies contemporaines montrant des ruines, des sculptures et des paysages – terrestres et sous-marins.

On se souvient peut-être, à travers Platon (lire Timée et le dialogue inachevé Critias), du mythe concernant cette île de paix, superbe et fertile, mais qui fut engloutie par Zeus furieux de constater que l’orgueil et les ambitions d’expansion territoriale de ses habitants avaient détruit l’harmonie première.

De nouveau, la photographe française installée en Belgique s’interroge sur la notion de paradis perdu, inventant même une nouvelle de science-fiction, Les Météores, incluse dans son livre.

©Oriane Thomasson

On ne sait pas grand-chose sur la supposée merveilleuse Atlantide, il faut imaginer, laisser agir en soi une puissance de ressouvenir unissant le présent au passé.

On s’approche de quelques restes de pierres, d’une mosaïque, du pied d’une colonne, d’une cavité.

C’est une divinité inconnue en terre cuite datant du Vème siècle avant Jésus-Christ conservée à Agrigente, une tête de guerrier en marbre trouvée à Egine, l’effigie d’un prêtre de basalte visible à Berlin.

©Oriane Thomasson

Atlantis est peut-être moins le nom d’un lieu précis, que celui d’un rêve composé de nuances de gris et de couleurs fines rappelant la persistance du Jadis grec antique au quotidien, la façon dont le choix des papiers a été pensé créant un feuilletage temporel très inspirant.

L’Egypte pousse sous la terre hellène, Oriane Thomasson travaillant en archéologue des images, consciente de l’interconnexion des civilisations.

Il n’y a pas de lieu clos.

©Oriane Thomasson

L’artiste dispose des signes, des documents iconographiques, tout un ensemble d’algues et de coraux donnant la sensation d’épouser les mouvements de la psyché.

Du sable, des fougères, un requin, un lion dévorant un cervidé, des figurines conservées dans des musées.   

Métaphorisant sans drame notre propre disparition, Atlantis s’élabore ainsi à partir du manque, du vide, et de la somptuosité calme des espaces naturels, toujours vainqueurs ou survivants.

La murène se souvient-elle des êtres suprêmes d’autrefois ?

Et les bois ? Et le champ d’oliviers ?

Atlantis, où règne le mystère, est une œuvre ouverte.

©Oriane Thomasson

Devenus Météores, imagine Oriane Thomasson, les êtres de la Surface du temps de l’Atlantide – le Peuple de l’air – ont recréé de façon sous-marine l’harmonie perdue sur terre.

« Les Météores, écrit-elle, vivaient dans des cavités sommaires creusées à même le récif. Ils les partageaient avec d’autres espèces avec lesquelles la cohabitation était fructueuse, comme le poisson-zèbre ou le néon bleu. »

Le conte prend le relais du mythe.

L’Atlantide n’est plus, mais Atlantis la réinvente, en poésie de montage de documents, en texte de fiction, en images silencieuses de grande beauté.

Oriane Thomasson, Atlantis, texte Oriane Thomasson, conception Rob van Hoesel assisté de Han Gyeol Kim, lithographie Sebastiaan Hanekroot, production Fine Books – Jos Morree, The Eriskay Connection (NL), 2025 – édition française 400 exemplaires, édition anglaise 1000 exemplaires

https://www.eriskayconnection.com/atlantis/

©Oriane Thomasson

https://www.instagram.com/orianethomasson/?hl=fr

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