Luis Baylon, Camaron de la fotografia

©Luis Baylon

« Je n’ai pas un seul souvenir de Baylon où je ne ris pas, où on ne profite pas de la vie. Comme sur de nombreuses photos, ces impressions m’accompagnent d’une bande-son où se mêlent le bruit du bar, la fumée de cigarette et derrière tout cela, l’éternel sourire de chat de gouttière de Luis. » (Andrés Barba)

Luis Baylon (1958-2023) possède en France deux amis exceptionnels, qui sont ses passeurs, Bernard Plossu et le Madrilène breton Pierre-Yves Marzin.

Il faut compter désormais avec un nouvel acteur majeur, la puissante maison d’édition Delpire & co (Emmanuelle Kouchner), qui publie Les Espagnols, album colligeant un grand nombre de photographies en noir & blanc prises entre 1982 et 2014 dans plusieurs villes d’Espagne (Madrid surtout, et Barcelone, Valence, Zamora).

Pour la thématique et l’impression ininterrompue de vie, on pense, chez le même éditeur, aux Américains, de Robert Frank (1958), aux Italiens, de Bruno Barbey (2022), ainsi qu’aux Anglais d’Henri Cartier-Bresson et Martin Parr (2023).

©Luis Baylon

Luis Baylon, que Bernard Plossu compare à un artiste de flamenco, c’est la poésie, c’est la rue, c’est l’empathie immédiate avec les êtres qu’il regarde, humains et animaux, un merveilleux et douloureux autoportrait au chat faisant penser à quelque figure égyptienne mortuaire inaugurant d’ailleurs le volume.

Réalisées au Rolleiflex, appareil du cœur, du ventre, du plexus solaire, les photographies de Baylon témoignent des multiples visages de son peuple, son corpus dessinant les contours d’une hispanité très belle, et souvent drôle, au café, dans une arène, dans le métro, dans la rue bien sûr, espace premier de la démocratie.

Il y a chez ce frère des humains une espièglerie qui touche, ses images possédant une douce ironie, loin de toute cruauté ou du sarcasme facile porté par les plus hautains.

La hauteur de Baylon, c’est celle du pavé, du macadam, du trottoir.

Chez lui, la rue est aristocratique et populaire, c’est un château, un palais accueillant chacun de la même façon.  

©Luis Baylon

Légère contre-plongée, ne pas se monter du col (Flaubert), être avec les gens, tout contre, jamais plus haut.

Marcher ensemble, se regarder, faire partie du même monde.

Présence du catholicisme, cigarettes, lingerie en vitrine.

Silhouettes noires, pointes de sensualité, baiser punk.

Instinct grégaire, fraternité, sororité, défilé des passants.

Un vendeur de tickets de loterie adossé à un mur lit Ainsi parlait Zarathoustra, une femme au visage crispé lit debout un gros livre sur Freud, la vie est dingue.

©Luis Baylon

Ça tangue un peu, ça boite, tant mieux, la perfection est d’un ennui terrible.

Baylon montre que chacun joue sa partition dans la vaste comédie humaine, et c’est très bien comme cela.

Première publication française d’envergure du photographe madrilène, Les Espagnols est un livre enthousiasmant, donc nécessaire.

Luis Baylon, Les Espagnols, textes Bernard Plossu et Andrés Barba, directrice éditoriale Emmanuelle Kouchner, conseillère éditoriale Paloma Castellanos, coordination éditoriale Iris Aleluia, direction artistique Lacasta Design, éditions Delpire & co, 2025, 184 pages

©Luis Baylon

https://www.delpireandco.com/produit/les-espagnols/

https://www.leslibraires.fr/livre/25209063-les-espagnols-baylon-luis-delpire-editeur?=lintervalle

Laisser un commentaire