
©Diane Givry
« Ainsi donc : calme, authenticité, liberté. Trois idées centrales qui conduisent à une autre : le plaisir des choses. Je voulais dire mieux, mais je ne trouve pas de meilleure solution. » (Yoann Givry)
Il n’y a plus que des signes, peut-être.
Le réel s’est éloigné, certainement.
Le vrai est devenu un moment du faux, probablement.
Mais on peut jouer avec les surfaces, avec la brillance des reflets, avec la peau, ce que l’être humain, disait Paul Valéry, a de plus profond.

©Diane Givry
Petit livre de grâce publié en Suisse aux Editions Notari, Trente perspectives est un ensemble de vingt-cinq photos de Diane Givry, et de cinq textes de son compagnon Yoann.
C’est un livre amoureux, du noir et blanc argentique, des ombres, du corps des femmes envisagé comme paysage de nature, des entrées de lumière.
Le format carré de l’ouvrage et des photographies indique une façon de tenir l’appareil de vision, à la hauteur du cœur ou du plexus solaire, avec émotion et fermeté.
La nudité diffractée en points de chimie affolés rencontre le grand dehors, arbres majestueux, chemins de bois, caresses d’air.

©Diane Givry
Trente perspectives collige les étapes d’une cérémonie silencieuse, comme une communion solennelle véritablement vécue de l’intérieur.
Jardin clos comme au Paradis, pyramide de pierre, velouté d’un coude rencontrant une cuisse.
Il a neigé, tout est blanc, tout peut recommencer.
D’un côté il y a la société, décrite par Yoann Givry en son processus de dégradation ; de l’autre, il y a la pure présence, le cycle des saisons, une sorte d’intemporalité qui sauve de la corruption générale.

©Diane Givry
Une femme assise sur une barrière, une terre grasse, un petit port où sommeillent des chats.
La nature morte d’une salière et d’un poivrier posés sur une table de restaurant ensoleillée.
« Il n’appartient qu’à nous, écrit Yoann Givry, d’épouser le souffle de l’esprit libre, même en restant immobile sur une chaise. »
Telle est aussi la responsabilité de l’artiste, de rappeler une concorde, une paix possible, une évidence.
Les images de Diane Givry sont ainsi d’une beauté qui touche parce qu’elle nous lave les yeux de toute la saleté accumulée jour après jour dans le pandémonium contemporain.

©Diane Givry
Une odalisque a découvert son sein, des épis de blé frémissent, la sensualité est aussi une éthique.
La rencontre presque pictorialiste d’une fleur séchée, d’un tronc d’arbre et d’une femme dévêtue étendue sur un drap exalte le goût de vivre.
Il fallait peut-être pour cela l’union entre le féminin et le masculin dans un couple œuvrant de concert pour restaurer ce qui n’a pas de prix, le plus proche dans sa dimension de lointain, soit l’aura de toutes choses regardées dans leur ordre sacré.

Diane et Yoann Givry, Trente perspectives, Editions Notari (Genève), 2025
http://www.editionsnotari.ch/a-propos.html

©Diane Givry