Athènes, des rivières sous le béton, par Sylvain Maestraggi, artiste visuel, écrivain

©Sylvain Maestraggi

« Le ruisseau de Chalandri. Magnifique, mais presque ennuyeux quand il se change en parc. Certaines rivières roulent du plastique, lui roule des débris de marbre. » (Sylvain Maestraggi)

En France, pour des raisons essentiellement écologiques, les projets de découvrement – mise à l’air libre de cours d’eau jusqu’alors invisibilisés – sont nombreux, à Quimper (l’Odet), à Saint-Etienne (le Furan), à Paris (la Bièvre), à Bourg-en-Bresse (la Reyssouze).

A Athènes, c’est aussi le cas, on fait réapparaître des rivières sur les berges desquelles les touristes d’autrefois aimaient à flâner, avant d’être cachées, changées en boulevards ou égouts.

Des tableaux et photographies (Boissonnas, 1903) témoignent ainsi de la présence de la rivière Ilissos, qui fut recouverte dans les années 1950.  

©Sylvain Maestraggi

On a sacrifié au XIXe et XXe siècle, au nom de l’expansion galopante de la ville, la faîcheur aquatique, que les urbanistes d’aujourd’hui cherchent à révéler de nouveau.

Dans un bel objet éditorial de matière hybride, colligeant cartes, reproductions diverses, pages de carnets, croquis, extraits de journal intime, images vernaculaires, le photographe, écrivain et éditeur Sylvain Maestraggi, qui vit et travaille à Marseille, a rassemblé des documents, anciens et contemporains, rappelant la dimension fluviale de la capitale grecque.

Publié dans la collection Cahier par les éditions Zoème, Notes sur Les Rivières d’Athènes se découvre comme on visite un chantier, ou une carrière, avec curiosité et enthousiasme pour les surprises qu’il nous offre.

On rêve, en passant de l’Antiquité à la période récente avec un petit garçon les pieds dans l’eau.

L’auteur opère des décrochages bienvenus, un plan montrant le canal de la rivière Los Angeles dans Point Blank, de John Boorman (1967), une photographie en noir et blanc de la couverture de la rivière Jarret à Marseille en 1957.

Lorsqu’il pleut fort à Athènes, mieux vaut ne pas se trouver sur la place à l’entrée du Lycabette, l’eau dévale et noie les terrasses (lire Critias, de Platon).

©Sylvain Maestraggi

Le Phèdre du maître d’Aristote trempe ses orteils dans l’onde athénienne, la conversation coule alors de source.

Dans Outrage à la terre (1954), Dimitris Pikionis éclate : « Qu’avez-vous fait à Eleusis ? Qu’avez-vous fait à Ilissos et Kifissos, mes eaux sacrées ? Vous les avez changées en égouts, vous y avez déversé les eaux usées de vos usines. » 

Du béton, des herbes sèches, des ravins, des tuyaux gris, une impression d’épuisement, mais des filets d’eau qui persistent, insistent, reviennent.

©Sylvain Maestraggi

Slogan d’un militant athénien noté en 2022 : « Le béton nous a noyés, pas les rivières ! »

Notes sur Les Rivières d’Athènes suscite la réflexion, la rêverie, l’étude, et la prise de décision éthico-politique.

C’est parfait.

Sylvain Maestraggi, Notes sur Les rivières d’Athènes, directrice de collection Soraya Amrane, chromie Camille Fallet, photogravure Christophe Girard, Cahier #14, éditions Zoème, 2025, 64 pages

https://zoeme.net/

©Sylvain Maestraggi

https://zoeme.net/notes-sur-les-rivieres-dathenes/

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Avatar de rené thibaud rené thibaud dit :

    c’est parfait. Vous le dites. C’est beau aussi.
    Dans ma petite ville, on a fait de même, une petite rivière a revu le jour. Et nous de revoir la petite rivière, libre et heureuse ! (Romans-sur-Isère)

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