Dans la rue, brisés debout, par Romain Bagnard, photographe

©Romain Bagnard

C’est un geste pur, de vertige et de rage.

Autopublié à un petit nombre d’exemplaires reliés à la main, Some things go without saying, de Romain Bagnard, est un portrait sans concession de l’humaine condition telle que l’auteur a pu la rencontrer dans les rues de quelques grandes villes européennes entre 2020 et 2022.

Des vitres brisées, des existences cassées, des hautes solitudes.

La couverture montrant l’impact d’un caillou sur ce qui ressemble à un pare-brise est en soi un manifeste : une spirale négative nous entraîne, qui est aussi le soleil d’une constellation ; au cœur du temps repose un éclat de lumière ; évolution et involution ne cessent de tournoyer.   

©Romain Bagnard

Livre minéral où les chairs sont souvent blessées, Some things go without saying est un livre politique, non parce qu’il serait de simple dénonciation ou un cri vain contre les forces de répression et la puissance du capitalisme transformant les individus en déchets, mais parce qu’il nous montre la rue, les êtres qui la peuplent, l’espace premier de la démocratie.

Les cadrages sont serrés, on est au plus proche des personnes photographiées, avec chacun.e.

En une petite soixantaine de photographies en couleur et en noir & blanc, Romain Bagnard observe des existences prises dans le filet que l’on appelle société, mais qui est aussi ce qui nous retient parfois de chuter.

Le macadam se craquelle, une femme ayant reçu un coup au mollet porte des bas résille qui masquent l’hématome tout en le soulignant.

©Romain Bagnard

Photographiée devant un grillage, une jeune femme au beau regard, dont la rotondité du piercing au nez dialogue avec celle de son collier sur son buste nu, fixe son contemplateur.   

Pieds sales et racines épaisses d’un arbre torve.

Visage épuisé d’un homme à la peau noire.

A quoi servirait de sortir le gun ? c’est un tatouage discret prêt à l’emploi.

©Romain Bagnard

La question de l’œil, aveugle, grand ouvert, maquillé, un peu fou, parcourt le corpus de Romain Bagnard : jusqu’où voyons-nous ce que nous voyons ? Quel est le pouvoir de l’appareil de vision et de son flash ?

Passage d’une humanité indiscernable, enfuie, inconnaissable.

Les diptyques sont très soignés, ils sont des instants de conversation et de stupeur.

Paquet de cierges agglutinés comme des soldats tombés au front.

Bouquets de fleurs et végétaux barbelés.

Fluidité dans l’identité de genre, sacs de gravats.

©Romain Bagnard

Nous sommes des prisonniers, que protège à peine notre peau, heurtée, fatiguée, mutilée, la ville, par les multiples signes graphiques qui la marquent et la déchirent, donnant quelquefois l’impression d’être elle-même à bout de forces.

Some thing go without saying a rencontré la difficulté de vivre, la violence sociale, et le contact de pleine humanité dans l’échange des regards.

On peut penser aux derniers livres de fraternité, presque pasoliniens, et de vitalité désespérée, de JH Engström.

Romain Bagnard, Some things go without saying, autoédition, 2026, 100 pages – 52 exemplaires numérotés et signés

©Romain Bagnard

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