Is watching you, par Antonio Jiménez Saiz et Pascal Sgro, photographes

©Pascal Sgro

C’est Argos Panoptès, géant aux cent yeux, l’éternel vigilant.

Il est regardé – dixième volume de la série La paix, nulle par ailleurs, orchestrée par Antonio Jiménez Saiz -, mais nous regarde bien plus que nous ne le dévisageons : il voit tout, il sait tout, il devine tout.

Cet homme inlassablement photographié, imper relevé jusqu’au cou, barbe naissante, sourcils épais, est aussi un faucon, frère puîné d’Horus.

Il penche la tête, semble ailleurs, presque distrait, et pourtant il est là, en nuances de gris, superbement présent.

©Antonio Jiménez Saiz

Vous le croyez de dos, mais il vous fait face, plus rapide qu’un maître d’aïkido.

Il tourne sur lui-même, pivote, c’est Ismaël dans le maelstrom, seul survivant du grand naufrage de l’humanité, mettons.    

Quoi ? c’est cela un homme initié par le sacrifice jusqu’à devenir voyant ? ce mélange de fatigue, d’ironie et de pugnacité ? Oui.

Gisant debout forant l’espace avec son troisième œil.

Mais Antonio Jiménez et son modèle unique ne sont pas seuls, il y a aussi Pascal Sgro, et sa façon de manier l’IA en virtuose.

©Pascal Sgro

A la façon d’une mise en abyme se trouve au cœur du livre un poster à déplier, qui est un cadrage serré sur le regard du protagoniste de La paix, nulle part ailleurs.

Côté pile une génération de regards dudit sieur, plus d’une soixantaine, faite par l’IA – des lignes de codage sont reproduites – commandée par un jeune homme tranquille, flegme british associé à la chemise Ralph Lauren qu’il porte beau, avec cravate brune striée.

Est-ce Big Brother, bro ? Peut-être, ou tout simplement un éveillé, rajeuni par la technique du nouveau monde configuré selon ses inavouables désirs, maquillé, lifté.

Larvatus prodeo.

Côté face, une seule image, dans un clair-obscur que coupe la verticale de l’arête du nez, montrant un double œil omnivore.

 ©Antonio Jiménez Saiz

Voici donc notre homme multiplié, cloné, arraisonné.

Réechanté, manipulé, défait.

Antonio Jiménez Saiz le contemple encore dans ses nombreuses facettes et attitudes, célébrant un mystère, une opacité, une surface d’inquiétante étrangeté.

Lorsque les volumes de La paix, nulle part seront rassemblés en un seul tome, il est possible que nous constations que réside en l’uomo qualunque rencontré par le photographe comme un double lui-même le passé, le présent et le futur d’une humanité sidérée, puissante et désastreuse.  

Divinité chue, puis renaissante.

Argus ne dort jamais que de ses cinquante yeux.

Antonio Jiménez Saiz & Pascal Sgro, La paix, nulle part ailleurs, volume 10, Alba éditions, 2026

https://pascalsgro.com/

https://www.instagram.com/antonio_jimenez_saiz

©Antonio Jiménez Saiz

https://www.instagram.com/alba.editions

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