
Affleurement ©Charlotte Auricombe
Quelle joie de découvrir objet trouvé, nouvelle revue consacrée à l’image et ses dérivations.
Edité en grand format sur papier bulk 80g à la belle texture, cette publication comprenant notamment des photographies couleur est de haute qualité, tant par le façonnage à la main, que par son riche contenu.
On y trouve, parmi un ensemble d’images disposées de façon très dynamique, un entretien inédit en français avec le Canadien Michael Snow (publié par la revue espagnole Cabeza borradora en 2002) retraçant son parcours d’artiste expérimental : films d’animation, cinéma influencé par la pensée de Jonas Mekas et Ken Jacobs, qui lui prêta sa caméra et son zoom pour tourner Wavelength (1967), travail sur la durée, le rapport son-image, la limite fiction-réalité.

Autorisation, 1969, Michael Snow
« Au cinéma, explique-t-il, on travaille avec un vingt-quatrième de seconde. C’est probablement la première fois dans l’histoire de l’art que l’on dispose d’un système métrique absolu, de vingt-quatre photogrammes, et l’on compose toujours avec cette mesure. Quand on dit que le film de fiction est lié au roman, c’est vrai, mais c’est encore autre chose. Par exemple, cette singularité peut être observée dans un film intitulé One Second in Montreal, de 1969, qui est muet et ne comporte aucune image en mouvement. Le film est composé d’images très similaires de Montréal vues sous l’angle de la durée. »
Charlotte Auricombe est une autre exploratrice de formes, dont objet trouvé montre ici une variété d’images de différentes tailles et différentes séries.
« Charlotte Auricambe, précise la rédaction, développe un travail sensible autour du paysage, de la mémoire et de l’empreinte. Elle photographie les abords, les seuils, ce qui persiste et ce qui s’efface. Son approche, souvent liée à la marche et à l’observation lente, mêle rigueur documentaire et perception intuitive. Sans hiérarchie, elle capte ce qui résiste à l’effacement, ce qui résonne avec une mémoire intime ou collective. (…) Comme chez Michael Snow, le paysage devient une expérience immersive, un lieu de durée, d’attention et de présence. »
Enfin, nous découvrons le travail passionnant de déconstruction et de réinvention à partir de la pellicule d’Antoni Pinent, artiste né à Lérida, « cinéaste expérimental et commissaire d’exposition dont le travail explore les possibilités plastiques et conceptuelles du cinéma. »

Antoni Pinent
« A travers ses films et installations, est-il ajouté, il interroge la matière même de la pellicule, la déconstruit et la recompose en jouant avec le temps, la structure et la matérialité de l’image. Fasciné par le potentiel du cinéma argentique, il manipule physiquement le film celluloïd pour créer des œuvres hybrides, à mi-chemin entre cinéma et arts plastiques. »
Comment ne pas penser ici à l’œuvre d’Eric Rondepierre ?
Dans un long entretien, le cinéaste-détourneur d’images travaillant comme un compositeur de musique, et non sans humour, cite les découvreurs Oskar Fischinger, Stan Brakhage, Maya Deren et Jack Smith, découverts à New York.
« Honnêtement, affirme-t-il sans ambages, je trouve parfois le cinéma expérimental un peu arrogant, comme s’il prenait de haut les autres types de cinéma ou d’arts. Comme s’il fallait avoir lu beaucoup de théorie pour apprécier le cinéma expérimental, faisant de cette discipline quelque chose de cérébral, d’intellectuel, de sérieux. »
Chers ami.e.s les snobs, ceci est pour vous.
Vraiment, objet trouvé, revue dont la liberté est manifeste, est une excellente nouvelle.

Revue objet trouvé, directeur de publication/direction artistique Guillaume Mariès, conception graphique Melarise Creative Studio, imprimé et façonné à la main chez les Intranquilles par Charlotte Auricombe et Pierre Campistron, numéro 1, Association L’image manquante, automne-hiver 2025/2026, 32 pages – 100 exemplaires
Sommaire : entretien inédit avec Michael Snow, photographies de Charlotte Auricombe, entretien avec Antoni Pinent

Affleurement ©Charlotte Auricombe