
©Raymond Escomel
On va à Arles notamment pour cela.
On va vers le stand d’Arnaud Bizalion pour cela, pour les pépites, les belles œuvres passant parfois sous les radars critiques.
On y va pour s’enchanter du dernier opus de Raymond Escomel intitulé, telle une leçon de géographie et d’imaginaire, Sicile grecque.
Une carte des lieux photographiés nous accueille, Ségeste, Sélinonte, Agrigente, Palazzolo Acreide…

©Raymond Escomel
Se plaçant dans les pas du pionnier Gustave Le Gray, qui séjourna en Sicile, lors d’un voyage vers l’Orient initié par Alexandre Dumas, à la fin du mois de mai 1860, laissant finalement peu de traces de son passage, sinon la célèbre image de Garibaldi – et ses « Mille » – faisant son entrée à Palerme, Raymond Escomel a rencontré des pierres et des fantômes.
« Difficile, écrit-il, de croire que cet acharné du travail photographique qu’était Le Gray ait pu passer tout ce temps sans être sollicité par les splendides vestiges de la civilisation grecque qui ornent la Sicile. »
Empruntant à son devancier la technique du négatif sur papier ciré, le voyageur contemporain a décidé de photographier son œuvre absente.

©Raymond Escomel
L’impression générale est celle d’estampes anciennes, d’un léger tremblement du temps, d’une pudeur face aux vestiges d’une grande civilisation défunte.
Accompagné de textes informatifs précis rédigés par l’auteur, Sicile grecque propose un double périple très inspirant, en images et en mots, la Grèce ayant implanté des colonies en Sicile depuis le VIIIe siècle avant Jésus-Christ.
Raymond Escomel ne fait pas œuvre d’archéologue, mais de rêveur, ne cessant de penser à Le Gray et à la femme mystérieuse qui le guiderait, Lucie, experte en matière d’Antiquité .

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Parmi les montagnes couvertes de caroubiers, de frênes et d’oliviers, le temple inachevé de Ségeste apparaît, ouvert au vent, hospitalier pour les dieux comme pour les hommes, semblant dessiné au fusain.
On contemple les colonnes doriques, la merveille agit.
Chemins muletiers, végétation étique, chaleur étouffante.
Ruine des carrières de Cusa, ballots de paille de pierre parsemant l’herbe brûlée, chantier à l’arrêt.
Splendeurs du temps E, dit d’Héra, à Sélinonte.

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Qui habite encore ici ? Est-il possible que le divin se soit absenté ? Les colonnes tombées les unes sur les autres, tels des géants endormis d’épuisement après une bataille, ne pourraient-elles pas être redressées ?
On voit des sculptures, Actéon dévoré par ses chiens, Europe enlevée par Zeus transformé en taureau, le nautonier Charon, et une drôle de forme appelée Trinacria, trois jambes fléchies rayonnant autour d’une tête, symbole, rappelle le photographe, de l’île aux trois pointes.
Découverte d’Agrigente, du temple de Zeus olympique et de ses 38 atlantes, mais aussi des autres édifices peuplant les lieux.
Arrivée à Syracuse, Raymond Escomel imaginant Le Gray bardé de sa chambre photographique et de son pesant trépied.
Niches votives, sublimes beautés et cruautés : en ces carrières de pierres qu’il photographie périrent de faim et de soif environ 12 000 prisonniers athéniens.
La tombe d’Archimède serait là, dans les parages, mais nul ne peut en être certain, mieux vaut l’inventer.

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De Taormine, on voit l’Etna, et les rochers qu’aurait lancé Polyphème pour barrer le chemin du retour à Ulysse.
Les images du photographes ayant utilisé la technique du calotype laissent percevoir les fibres du papier, qui sont comme les indices du Jadis, des sillons imaginaires, les rides très belles des paysages transformés en geste onirique.

Ramond Escomel, Sicile grecque, l’œuvre absente, texte Raymond Escomel, conception graphique et maquette Pierre-Marie Gély, révision-correction Marie Amal, Arnaud Bizalion Editeur, 2026
https://www.raymondescomel.fr/

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