La mort me brûle, par Elias Canetti, écrivain de visions

« Pascal a atteint trente-neuf ans, je vais bientôt en avoir trente-sept. Si j’avais le même destin que lui, j’aurais tout juste deux ans devant moi, quelle hâte ! Il nous a laissés en vrac ses Pensées vouées à la défense du christianisme. Je veux rédiger mes pensées vouées à défendre l’homme contre la mort. » Le docteur…

L’apaisement, mais follement, par la revue Possession Immédiate

    « … je sortais de la guerre doucement gâteux, peut-être bien, à la manière de ces splendides idiots de village… » La phrase est de Jacques Vaché, mais elle pourrait désigner le projet moral du dernier numéro de la revue Possession Immédiate : sortir de la guerre, peut-être plus idiots, moins idiots, idiots, à la façon…

De la plasticité du mot figura, par le philologue allemand Erich Auerbach

Figura, d’Erich Auerbach (1892/1957), est une œuvre d’exil, publiée pour la première fois sous forme d’article en 1938, alors que le critique et philologue allemand spécialiste de Dante, vit en exil à Istanbul. Les éditions suisses Macula avaient publié cet important travail en 2003, mais le livre était introuvable. Le voici de nouveau disponible, c’est…

Portrait de l’agence photographique MYOP en ses MYOPZINES réunis

C’est le désert, pourtant croît aussi ce qui sauve. C’est une dévastation, pourtant surgissent partout des collectifs, des initiatives, des formes inventives, des énergies positives. Mon dernier éblouissement ? Les huit cahiers, en deux fois deux livraisons de quatre, de l’agence photographique MYOP, comprenant à ce jour dix-neuf artistes. Huit cahiers offerts pour le moment, par…

Arnaud Le Vac, maître du temps

On ne part pas, d’Arnaud Le Vac, est un objet précieux, livre inattendu que l’on ouvre sur la table de travail au moment où Mossoul tombe, où les vertébrés s’éteignent un peu plus et où le juge Lambert met fin à ses jours. Opuscule sur le temps composé de réflexions en vers libres, le bel…

Claude Régy, le théâtre comme art sacré

Comme il doit être doux de vivre quelques semaines sur une île déserte, accompagné de beaux visages choisis, acteurs de bonne foi, et de passer les jours à lire, commenter, jouer ensemble le bel et inspirant ouvrage des Ecrits (1991-2011) de Claude Régy, que les éditions Les solitaires intempestifs ont l’heureuse idée de publier en…

Le commencement de la terreur, par la photographe Aurélia Frey

La beauté est le commencement de la terreur. Face au beau travail de la photographe Aurelia Frey tel que présenté dans le livre Apnée (nonpareilles, 2015) surgit cette phrase de Rilke notée il y a bien longtemps dans un carnet. La voilà qui se déploie soudain, s’enroule comme un lierre à l’intérieur des pages, gagne…

Le chant et la rage d’un peuple pré-politique, Pasolini chantier (3)

Transcription d’un entretien avec des professeurs dans un lycée de Lecce dix jours avant sa mort, La Langue vulgaire, de Pier Paolo Pasolini, est un texte d’une force considérable, parole d’intervention publique pouvant aisément trouver sa place aux côtés des Ecrits corsaires et des Lettres luthériennes. Y est une nouvelle fois dénoncée, dans un dialogue…

Je suis une force du Passé – Pasolini chantier (2)

Issue de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Lyon, la revue semestrielle Initiales est véritablement enthousiasmante, tant dans son contenu que dans sa forme : textes denses et hétérogènes, iconographie variée, mise en page de grande qualité. Son dernier numéro (n°7) intitulé sobrement P P P (on se souvient d’un M D,  Marguerite Duras, qui fit…

Pasolini chantier (1)

Pier Paolo Pasolini au travail à Tor di Schiavi, derrière Centocelle, Rome, 1961. Ó Angelo Pennoni / Paolo Iannarelli Pour tous les amoureux de Pasolini, la publication par les éditions Macula en deux volumes du scénario original d’Accattone et d’un dossier analytique de plus de 160 pages rédigé par d’éminents spécialistes de son esthétique/historiens de…

Sur un air de John Dowland, le passage de la nymphe, par James Joyce

Pourquoi la rencontre d’une nymphe bouleverse-t-elle tant ? « Qui ? Un visage pâle cerné de lourdes fourrures odorantes. Ses gestes sont craintifs et nerveux. Elle utilise un face-à-main. Oui. Une brève syllabe. Un rire bref. Un bref battement de paupières. » Vénus à la fourrure (Leopold von Sacher-Masoch), Molly qui s’ignore (oui), la jeune personne de qualité que…