Per non dormire, par Jean-Louis Comolli, écrivain, cinéaste

Qu’elle était verte ma vallée, John Ford, 1946 « Ecrire un peu, me disais-je, repousse le terme. Ce sont les mots qui tiennent ensemble les vivants et les morts. Rien d’autre. Il est bien que le moment arrive où tout ce qui reste des vies vécues, des images portées par les souvenirs, des sensations éprouvées, des…

Os principios da fotografia, livre pour l’aimée, par David-Alexandre Guéniot

©Patrica Almeida/Daivd-Alexandre Guéniot « Malgré la mécanique, la photographie n’apporte pas de preuve. Elle crée un fantasme de vérité. Une vérité fantôme. » (David-Alexandre Guériot) Ouvrage de réflexion sur la photographie, Le Livre de Patricia, de David-Alexandre Guériot, est un hommage à sa chère épouse décédée en 2017 – tous deux ont fondé en 2011 les éditions…

L’amniotique de la mémoire, par Julieta Averbuj, photographe

©Julieta Averbuj Face à la dématérialisation des supports, la mémoire est en danger. Sur quels objets durables, sur quelles images accrocher notre pensée et nos souvenirs ? Nous flottons dans le bain numérique comme des particules sans gravité, inaptes, ineptes, chiffrées et pourtant surnuméraires. Dans son bref essai Expérience et pauvreté, Walter Benjamin a montré à…

Lettres au banquier Horace Finaly, par Marcel Proust, écrivain

« D’autre part je ne peux pas négliger non plus, en me bousculant trop tôt la menace où je suis d’une attaque (ceci pour toi seul), d’une attaque qui est sans doute la seconde car j’ai des troubles de la parole qui semblent bien signifier que sans m’en rendre compte j’en ai eu une 1er « larvée »….

Quatre peintres, par Marcel Proust, et les éditions Marguerite Waknine

Le bateau-atelier, Claude Monet, huile sur toile, vers 1875 Il est des maisons d’édition, parfois peu repérées, dont le travail est exemplaire. Elles n’ont pas les moyens des mastodontes – qui publient à tour de bras, et parfois même des livres dont ils savent qu’ils ne sont pas très bons -, mais choisissent avec soin…

L’âme et la matière, par Eugène Leroy, peintre

« Je suis né en 1910 à Tourcoing ; orphelin de père l’année suivante. Toute ma jeunesse s’est passée près des bords de l’Escaut : collège à Roubaix. Mais vacances en partie à Roulers et Ghistel, et dès que vers quinze ans j’ai connu l’ami Paul, ce fut tous les chemins de pierres bleues d’Evregnies à Esquelmes, de…

L’individuel et l’impersonnel, par Annie Ernaux, écrivain

Anna Thomson dans Sue perdue à Manhattan, Amos Kollek, 1997 « Quand je considère l’ensemble de ce journal, je suis frappée par le petit nombre de textes envisagés, portés, modifiés, rarement abandonnés, en quatre décennies. Il me semble que, rassemblés, ils dessinent la matrice d’une autre vie, inconnue à moi-même, sorte de toile abstraite aux lignes…

Promenades proustiennes, par François-Xavier Bouchart, photographe

 ©François-Xavier Bouchart « Un de mes autres étonnements fut de voir les « sources de la Vivonne », que je me représentais comme quelque chose d’aussi extra-terrestre que l’entrée des Enfers, et qui n’étaient qu’une espèce de lavoir carré où montaient des bulles. » (Marcel Proust) Pour arrêter l’ordre du crime, il y a la littérature, les phrases arrivant…

Du romantisme noir, selon Wojciech Prazmowski, photographe

©Wojciech Prazmowski Né en 1949, vivant et travaillant à Czestochowa, l’artiste Wojciech Prazmowski, auteur en 1994 du magistral L’Ange brisé, édité par le Centre régional de la photographie Nord-Pas-de-Calais, alors dirigé par Pierre Devin, est assurément l’un des photographes polonais les plus importants du dernier demi-siècle. Intitulé Poludnie – Sud en français -, son dernier…

Bonnard, l’érotique de la lumière, une exposition au Musée de Grenoble

« Le dessin c’est la sensation, la couleur, c’est le raisonnement. » (Pierre Bonnard) A lieu actuellement au Musée de Grenoble, jusqu’au 29 janvier 2022, une exposition intitulée Bonnard. Les couleurs de la lumière, accompagnée d’un catalogue dirigé par les conservatrices Sophie Bernard et Isabelle Cahn, ainsi que par le conservateur Guy Tosatto. Mais pourquoi nous faut-il…

Ecrire l’homosexualité, par Marcel Proust, jeune écrivain

Jeune homme nu assis, 1855, Hippolyte Flandrin « Pour relever avec ma bouche le coin de vos lèvres, je donnerais ma vie. » (Marcel Proust, 25 ans) On a longtemps cru à la fable d’un double Proust, d’abord le mondain, le salonnard, l’homme des frivolités et des badinages de la conversation, ensuite l’écrivain, solitaire, sérieux, sorte d’empereur…