Territoires à la dérive, par Julie Hascoët, artiste, photographe

Géographies Jumelles
© Julie Hascoët

A partir du village de Chartres de Bretagne, la photographe et plasticienne Julie Hascoët, qui y était reçue un an en tant qu’artiste invitée, a décidé de construire une ville, un livre, une exposition, faits de l’apport à cette commune d’Ille-et-Villaine de l’imaginaire amené par les localités avec lesquelles elle est jumelée, en Allemagne, en Pologne, en Roumanie, dans le Puy-de-Dôme.

Twins, livre que publient les éditions Poursuite, est le reflet de cette expérience d’hybridation, cette volonté de sortir de la carte géophysique pour l’entrée dans un espace mental, métamorphique.

Julie Hascoët aime le mouvement, les pistes brouillées, les chemins de traverse, les espaces en construction.

« Je vois mon environnement, dit-elle dans l’entretien qui suit, comme un tas de ruines, et comme un chantier en cours. Quelque chose de mouvant. »

La photographie est moins pour l’artiste une fin en soi qu’un des éléments d’un dispositif, d’un champ d’énergie brassant matières et temporalités.

Celle-ci, en adepte de la pensée nomade, s’intéresse donc aux processus de transformation, à l’éphémère, au précaire, ce dont témoigne son projet au long cours intitulé Zines of the Zone consacré aux livres autoédités.

Merci encore à Julie Hascoët pour les réflexions passionnantes, et très abouties, qui suivent.

Vous avez été invitée de février 2017 à mars 2018 en résidence de création par Le Carré d’Art, galerie photographique de la ville de Chartres de Bretagne, près de Rennes. Comment avez-vous abordé cette année de résidence ?

L’équipe du Carré d’Art m’a contactée à l’automne 2016 en me proposant une résidence étalée sur une année entière, à Chartres de Bretagne. Il s’agissait de produire un travail en lien avec le territoire de la commune. C’est long, une année, surtout dans une petite ville. Je me suis documentée sur Chartres de Bretagne en essayant de trouver des points de concordance avec des éléments déjà présents dans mon travail, de manière à tisser quelque chose de cohérent. J’étais, à ce moment-là, pas mal préoccupée par mon incapacité à tenir en place. Alors, au croisement de diverses réflexions, j’ai pensé : et si je profitais de cette année entière de résidence à Chartres de Bretagne pour me rendre dans chacune de ses villes jumelées ? Comme une manière d’étudier le mouvement, d’en faire le moteur du projet. D’utiliser la ville comme un prétexte, le mouvement comme un mécanisme.

Géographies Jumelles
© Julie Hascoët

Vous avez donc choisi d’étendre Chartres de Bretagne à ses localités de jumelage, Hassmersheim en Allemagne, Lwowek en Pologne, Calarasi en Roumanie et Saint-Anthème dans le Puy-de-Dôme. Qu’avez-vous compris de la ville bretonne à partir de son ailleurs ?

Au départ, je partais d’un postulat assez simple : pourquoi décide-t-on de jumeler des villes, en quoi pouvons-nous les rapprocher, en quoi seraient-elle semblables – ou complémentaires ? Au fil des saisons, je me suis rendue tour à tour dans ces différentes communes que vous citez. J’arpentais méthodiquement les rues, une carte à la main. Ce sont toutes des villes de taille moyenne : on pourrait trouver des tas de similarités ou de différences, dans leurs constructions, leur manière d’être habitées, leur histoire. J’avais le sentiment d’avancer sur la mauvaise piste, de m’enfermer dans un exercice de style un peu trop protocolaire. Peu à peu, j’ai abandonné cette méthode et j’ai basculé sur un autre questionnement : plutôt que de chercher à trouver des résonnances entre Chartres de Bretagne et ses semblables, je me suis questionnée sur mon rôle : allant d’une ville à une autre à la manière d’un vecteur, tissant progressivement une toile, agrandissant une carte invisible.

À ce moment-là, Chartres de Bretagne s’est confondue avec ses villes jumelées pour ne devenir qu’un vaste territoire, étrangement uniforme. À la manière d’un patchwork, j’ai décidé de mélanger ces villes, d’utiliser la photographie pour qu’elles s’interpénètrent, composent un seul et même lieu, aux frontières confuses.

De cette approche a aussi découlé un questionnement plus général sur les déplacements que j’effectuais, et ce qu’ils disaient de moi.

Géographies Jumelles
© Julie Hascoët
Géographies Jumelles
© Julie Hascoët

A l’exposition intitulée Géographies jumelles, ayant eu lieu entre le 22 mars et le 2 mai 2018 à la galerie Le Carré d’Art, correspond le livre Twins publié aux éditions Poursuite. Quelles différences de l’une à l’autre ?

Lorsque j’ai été invitée en résidence, la restitution finale devait être une exposition : j’ai pensé mon projet pour un espace dans lequel le spectateur se déplacerait.

La proposition d’éditer un livre est arrivée en cours de route : plutôt une belle surprise ! Avec François Boucard (qui est chargé de la Galerie le Carré d’Art et que je salue bien chaleureusement au passage) nous avons pensé aux éditions Poursuite pour sa réalisation. C’est une maison d’édition que nous apprécions tout particulièrement. Benjamin Diguerher a accepté le projet, tout en proposant de collaborer avec Grégoire Pujade-Lorraine pour sa conception. J’avais une confiance totale dans leur approche : ils ont, l’un comme l’autre, conçu des livres magnifiques. Je leur ai confié mes images, et je ne suis quasiment pas intervenue dans leurs choix : ils sont davantage les auteurs de cet objet que moi.

Pour cette même raison, ce livre n’est, en aucun cas, un catalogue.

C’est un livre de photographies à part entière, qui a sa propre existence comme objet, indépendamment de l’exposition. Certaines images n’existent que dans le livre. Son format, sa reliure et son allure générale ont ce petit quelque chose d’hybride et d’inhabituel qui me plaît tout particulièrement. Le livre, par sa possibilité de mise en séquences et son caractère narratif, propose clairement une promenade.

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© Julie Hascoët

Pourquoi ne pas avoir choisi de légender vos images ?

Pour moi, leur localisation était annexe, anecdotique. Avec ce projet, je cherchais à brouiller les pistes, effacer les repères, et permettre une immersion dans un lieu composite. Le fait de me rendre dans ces villes jumelées relevait principalement du protocole. Je ne souhaitais pas documenter, à proprement parler, ces lieux pour leurs qualités respectives, je ne voulais pas les « représenter » – mais plutôt en tirer quelque chose qui soit une forme de jus, de substance.

Est-ce la substance des villes que j’ai cherchées, ou ma propre substance au travers de ces villes ? La réponse se trouve probablement dans la brèche, dans mon rôle de regardeur et d’arpenteur. À partir de cinq villes différentes, j’ai créé un lieu hors du réel, hors de la carte.

Je m’intéresse beaucoup aux chantiers, aux terrains vagues, aux espaces en transformation. En partant de ces zones que j’ai pu trouver dans chacune des villes traversées, j’ai sculpté une nouvelle proposition : quelque chose qui puisse être à la fois universel, mais aussi très personnel.

Il y a dans votre travail un sentiment d’abandon, de déréliction et d’architectures précaires. Photographiez-vous la fin d’un monde ou le début d’un nouveau ?

Ah ! Je crois que ce n’est ni la fin, ni le début. Ce sont les deux compactés ensemble, c’est justement cet entre-deux qui m’intéresse. J’essaie d’ancer ma pratique dans le présent en m’attachant à souligner la métamorphose. C’est tout en même temps : l’angoisse de ce qui arrive, la nostalgie de ce qui n’est plus, solidement attachés ensemble. Une mauvaise herbe qui perce sous les décombres, une fête qui se termine dans un bunker, une galerie commerciale que l’on bâtit sur une fosse commune. Je vois mon environnement comme un tas de ruines, et comme un chantier en cours. Quelque chose de mouvant. Bon, présenté comme ça, ça ne paraît pas très positif ! Mais ça évoque à la fois le caractère entropique des choses, autant que la possibilité d’une résistance, d’un espoir, d’une force de renouvellement.

Ce qui m’intéresse, c’est d’évoquer ce moment suspendu, où le monde ne parvient pas à se dire, ce caractère informe du présent pour sa faculté à être coincé dans plusieurs temporalités. C’est aussi pour cette raison que la photographie est mon médium, pour son rapport au présent, au futur, et au passé – comprimés les uns dans les autres – et si je photographie, c’est aussi très probablement pour m’inscrire dans ce monde, revendiquer une forme d’existence, et probablement « laisser une trace » ou résister.

Pourquoi si peu d’êtres humains dans votre livre ?

De manière générale, je suis plutôt saisie par le paysage. Il y a assez peu d’êtres humains dans mon travail, c’est comme ça. Ils apparaissent, ponctuellement, au hasard d’une séquence – endormis, ils traversent le décor. J’aime porter l’attention sur l’humain au travers de ses traces, des indices de son passage.

Géographies Jumelles
© Julie Hascoët

Vous photographiez des traces, des signes, des déserts urbains, des campagnes sombres, comme si vous cartographiiez un monde rescapé. Comment avez-vous formé votre regard ? Qui sont aujourd’hui les photographes qui vous importent le plus ?

C’est un vrai bazar. Je considère la photographie comme un outil. Mais je n’arrive pas à me dire strictement photographe, c’est un statut que je trouve assez étroit, dans lequel je ne me retrouve pas vraiment. Lorsque je décide de traiter un sujet et lorsque je commence un projet, j’articule ma pensée de manière à poser une question, à laquelle je tente de répondre de manière visuelle. La photographie m’apparaît alors comme un moyen, qui trouve son prolongement dans la composition d’un ensemble : par le montage (au sein d’une mise en page, d’un accrochage) et je tente d’élaborer un discours visuel qui se pose comme une tentative de réponse – ou du moins, comme une proposition. Cette mécanique me tient particulièrement à cœur. Aussi, mon travail se forme surtout dans les lectures qui accompagnent mes interrogations : il peut s’agir autant de textes théoriques, que d’enquêtes sociales, de poésie, de théâtre, ou de récits de voyages.

Aussi, les personnes qui m’importent sont souvent davantage celles qui composent à partir des images, que celles qui les font. Dans mes études, le travail d’Aby Warburg a été une révélation, celui de Wolfgang Tillmans aussi. J’aime particulièrement l’exposition comme un medium – et il en va de même pour l’édition : ce sont deux champs d’action que j’étudie avec intérêt. La photographie, au final, n’est qu’un élément d’un ensemble.

Je regarde assez peu de photographies : nous sommes constamment accablés d’images, et ce culte de l’image me fatigue. J’aime les recherches autour de la forme que l’on trouve dans la peinture, le dessin, la sculpture – et par extentsion, j’aime la photographie sculpturale. Par exemple, je trouve les travaux de Peter Puklus ou d’Onorato & Krebbs géniaux. J’aime aussi beaucoup les pratiques documentaires de la photographie, car elles sont ancrées dans le réel, et finalement assez éloignées des logiques de marché qui perturbent aussi ma lecture des images.

Je crois que mon approche est nourrie de toute cette variété d’influences et de disciplines, sans pour autant s’inscrire véritablement dans un tiroir ou dans un autre.

Avez-vous conçu le recueil poétique « Le soleil s’est couché dans un rose chimique » comme un journal destiné à accompagner la réflexion menée lors de votre résidence ?

Oui, exactement. Ces notes retranscrivent deux choses : mes déplacements physiques dans les villes  (en évoquant à la fois des situations, des ambiances, des rencontres, ou tout simplement en proposant un inventaire non-exhaustif des espaces traversés) ; et les réflexions que ces déplacements ont suscitées (comment habiter le monde, comment trouver ses repères, une observation intime du mouvement).

Ce recueil a été pensé comme un élément de l’exposition Géographies Jumelles : je l’ai conçu pour qu’il accompagne le spectateur dans sa visite. Contrairement à Twins – qui est un livre à part entière – Le soleil s’est couché dans un rose chimique est un élément / un objet qui intègre le dispositif d’exposition. J’aime beaucoup utiliser l’autoédition de cette manière : les objets renferment un complément d’information, une documentation supplémentaire, et sont intégrés à une exposition tout en communiquant avec les images.

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© Julie Hascoët

Qu’est-ce qu’une ville où « un supermarché discount / domine la place centrale » ?

Une ville tristement moderne : le cœur de la ville, qui devrait être un lieu de convivialité et de rencontres, palpite fébrilement sous les néons pendant que les citoyens assurent leur survie en parcourant les rayonnages.

Heureusement, on trouve tout de même quelques boutiques autour de cette place, on peut s’asseoir sur les banquettes du PMU, et il y a de l’animation les jours de marché.

Vous revendiquez-vous comme une artiste nomade ? Qu’est-ce que le nomadisme pour vous, terme donnant le titre à l’un de vos poèmes ?

La question du nomadisme traverse mon travail : elle est apparue comme un sujet transversal dans mon projet Murs de l’Atlantique (http://experiments.fr/murs) – autour du phénomène des free-parties le long du littoral breton – et on la retrouve également dans mes questionnements liés à l’architecture : mobile, démontable, ou précaire.

Le projet Zines of the Zone (http://www.zinesofthezone.net), que je mène en parallèle, est lui aussi un prolongement de ces questionnements sur le nomadisme.

Dans mon travail avec Géographies Jumelles, le nomadisme n’est pas une posture dont je cherche à me revendiquer : s’auto-revendiquer consisterait d’ailleurs à se figer dans un adjectif. Ce que je cherche à évoquer, c’est un sentiment très intime d’incapacité à se figer dans quelque chose, à construire à un endroit précis. Souligner ce qui est éphémère, ce qui se transforme sans cesse, et tenter de décortiquer un mécanisme de mouvement, tant extérieur qu’intérieur.

Le nomadisme est pour moi l’incapacité de se fixer. C’est également ce mouvement que j’observe dans les choses, les bâtiments, les situations : le mouvement du monde, son impossibilité de stationner dans une forme. Tout est constamment en mutation.

Dans ce texte appelé « Nomadisme », j’évoque l’attention que je porte au déroulement plutôt qu’au fait d’aboutir dans une forme – au processus plutôt qu’à l’objet fini. C’est ce mouvement intérieur, qui a lieu au cours d’un an de résidence, qui m’importait de donner à voir.

Géographies Jumelles
© Julie Hascoët

Vous écrivez : « J’ai toujours préféré le chaos. » Le mot Twins peut faire penser aux tours jumelles effondrées. Y a-t-il chez vous une tentation nihiliste, que le mouvement vous permet de muer en acte de création ?

Votre analyse me paraît très juste. Je parle du chaos en opposition à quelque chose de bien rangé, qui ne déborde pas, qui serait contenu. Le mouvement est vital, les choses ne devraient pas être arrêtées. Arrêter les choses, c’est les faire mourir, et pouvoir ensuite les disséquer. Fuyons !

« J’ai précipité mon corps dans trop de villes / précipité mon corps contre trop de corps / jeté au hasard des nuits / sur le brouillard des routes / et sans boussole » : n’est-ce pas le début d’une chanson ?

Ah, ça. C’est une petite ritournelle…

Ça me dirait bien, à l’occasion, de faire de la musique.

Dans un avenir incertain, c’est une éventualité qui me plairait beaucoup.

Géographies Jumelles
© Julie Hascoët

Vous êtes à l’initiative du projet Zines of the Zone, qui se présente sous la forme d’une constellation de livres autoédités. Pouvez-vous présenter cette initiative ? Comment diffusez-vous vos ouvrages, tirés pour la plupart à une centaine d’exemplaires ?

Zines of the Zone est une collection itinérante dédiée aux livres autoédités de photographie et fanzines contenant de la photo. C’est un projet que j’ai fondé à la fin de l’année 2012 avec Guillaume Thiriet, alors que nous terminions tous les deux nos études en photographie : à cette époque, devant une production de publications qui allait en s’accélérant, nous constations qu’il manquait une plateforme physique de diffusion et d’archivage pour ces objets, très limités dans leur nombre d’exemplaires et vendus à un prix accessible – ce qui signifie : peu visibles, ou rapidement épuisés. Amoureux de ces objets, nous voulions les faire circuler et leur permettre d’être vus.

Nous voulions créer une bibliothèque tout en la rendant mobile, de manière à ce qu’elle reflète une diversité de pratiques associées aux différents lieux que l’on traverserait, et puisse être vue par une large variété de publics.

Ce projet nous permet, par le voyage, non seulement de diffuser des ouvrages qui nous tiennent à cœur, mais aussi de découvrir de nouvelles structures éditoriales et de nouveaux objets dans chaque ville. Nous souhaitions décloisonner ces pratiques et chambouler les univers ou les lieux auxquels ils sont associés. Ce projet est à la fois un peu punk, tout en assumant un propos artistique, et un point de vue politique. En 2014, nous avons entrepris un grand voyage par les routes au travers de l’Europe, traversant plus d’une vingtaine de pays et exposant la collection dans une soixantaine de villes, pendant six mois.

Aujourd’hui, la collection compte près de 1800 ouvrages, je continue d’en assurer le déroulement avec une poignée de copains, et notre mode de diffusion continue principalement de prendre la forme de tournées : nous dessinons un itinéraire et partons organiser des expositions pop-up de 3-4 jours dans les villes qui nous accueillent. Pour chaque exposition, nous sélectionnons entre 100 et 250 livres, et les disposons sur un mobilier en bois que nous avons conçu nous-mêmes, qui se plie de manière à être facilement rangé dans notre fourgon. Plus généralement, nous nous intéressons au DIY et cela nous permet aussi, occasionnellement, de collaborer avec des amis musiciens, d’organiser des débats autour de pratiques alternatives, ou de mener des ateliers.

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© Julie Hascoët

Vous parcourez l’Europe afin de rencontrer les acteurs engagés dans la pratique de l’autoédition. Avez-vous repéré des pays, des villes, des lieux, des collectifs incontournables quant à cette démarche d’autoproduction, ou n’y a-t-il que des gestes individuels ?

Il y a de nombreuses manières de faire, une véritable diversité dans les approches. Avec Zines of the Zone, nous avons justement choisi de représenter cette variété des usages de la photographie (comme pratique artistique, comme témoignage familial, comme document pour illustrer un propos, etc.) et de l’autoédition (du fanzine à l’édition d’artiste en passant par le livre photo indépendant).

Si quelques auteurs utilisent l’autoédition comme une pratique artistique personnelle, il s’agit plus généralement de projets collectifs. Des groupes d’individus, souvent formés en association, montent une maison d’édition alternative et mutualisent leurs moyens afin de produire des objets. Cette mise en commun est entièrement liée à l’esprit dans lequel ces objets sont produits : le DIY, une logique émancipatoire qui invite à faire soi-même avec ses propres outils, partager, troquer, échanger, faire circuler librement, mettre en commun.

La liberté, la mobilité et l’engagement dans la fabrique de l’autoédition est-elle de l’ordre de l’énergie de ce que l’on retrouve dans une ZAD, comme un laboratoire esthétique aux contours constamment renouvelés ?

Oui, tout cela est très poreux, et ces logiques d’échanges, de mise en commun, de circulation libre trouvent en effet un prolongement dans des zones telles que les ZAD, les squats, ou encore dans la culture des free-parties… Ces gestes politiques trouvent des résonnances dans le champ artistique et trouvent un ancrage historique dans les mouvements dada, situationnistes, fluxus et j’en passe… La création artistique et le geste politique peuvent s’imbriquer assez facilement pour faire exister des zones hybrides, ces laboratoires esthétiques dont vous parlez. Quelque chose d’important se joue dans ces endroits.

Après, si on reporte ces gestes dans une réalité plus ordinaire, et moins radicale, le citoyen qui construit son potager, pose une ruche dans son jardin, construit une cabane dans un arbre du parc, ou glisse un livre dans ces boîtes que vous trouvez près des abris-bus : ce citoyen-là s’inscrit déjà, en quelque sorte, dans ce genre de logiques.

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© Julie Hascoët

Quelles sont vos recherches actuelles ?

En ce moment, je travaille principalement sur les prochaines dates de Zines of the Zone qui vont m’occuper ces prochains mois. Le samedi 7 juillet prochain, nous présentons « Mini » à Cosmos (Les Rencontres d’Arles) : un tout petit dispositif d’exposition permettant de mettre en valeur les éditions de petit format. L’année dernière nous avions publié un open-call spécifiquement pour ce projet et avions reçu de nombreuses contributions, ce sera donc l’occasion de les montrer.

Ensuite, de septembre à octobre, nous partons en tournée. Nous sommes en train de boucler l’itinéraire et l’annoncerons bientôt !

Le fait de me consacrer à Zines of the Zone sur des périodes données me permet aussi une distance vis-à-vis du reste de ma pratique : cela génère juste assez d’envie, de stimulation et de frustration (par manque de temps) pour que je replonge tête baissée dans une recherche plus personnelle après chaque expédition. C’est un super équilibre. Au printemps 2019, je suis invitée en résidence pendant trois mois dans la Creuse, à la Métive. C’est un projet qui me tient à cœur, j’ai déjà hâte d’y être et je commence donc à me documenter, à préparer ce prochain travail.

Propos recueillis par Fabien Ribery

Géographies Jumelles
© Julie Hascoët

Julie Hascoët, Twins, éditions Poursuite, 2018

http://www.poursuite-editions.org/index.php?/parutions/twins/

Julie Hascoët, Le soleil s’est couché dans un rose chimique, autoédition, 2018

http://www.experiments.fr/geographies-jumelles/-dans-un-rose-chimique/

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