La conquête de l’espace, Las Vegas selon Frédéric Stucin, photographe

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© Frédéric Stucin

Las Vegas n’existe pas, c’est une image mentale.

Las Vegas reçoit des dizaines de millions de visiteurs par an, c’est un enfer, une drogue dure, un moment de cinéma où les figurants supplient de payer pour exister.

De 2011 à 2017, Frédéric Stucin a photographié, pour sa première monographie baptisée Only Bleeding (Le Bec en l’air), titre dylanien s’il en est, les passants bien réels de cette non-ville à la façon des habitants du Village des damnés, de John Carpenter.

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© Frédéric Stucin

Downtown est un pandémonium peuplé de zombies, de solitudes errantes se cognant au mur d’un destin introuvable.

En noir & blanc et format horizontal à la façon d’un plan-séquence hachuré, Only Bleeding rend compte de ce territoire rêvé où l’implacabilité du soleil rencontre les corps esseulés, inquiets, obstinément fixés au macadam craquelé comme à une bouche nourricière édentée.

Mais il faut se garder de tout systématisme, ce n’est pas si simple, et l’on peut vivre heureux en s’appuyant au bras du Frankenstein de Boris Karloff.

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© Frédéric Stucin

Qui n’a pas de souci ?

Qui n’a pas le sentiment de disparaître plusieurs fois par jour dans le ventre d’une machine à sous anthropophage ?

Qui ne claudique pas dans sa vie en souriant par politesse ?

On ne verra pas ici le gosier électrique de Moby Dick, mais la surface d’apparition d’un peuple plancton plus ou moins pris de folie, de détresse, d’euphorie, d’ivresse.

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© Frédéric Stucin

La vision de Frédéric Stucin en son « faux journal de voyage » (François Cheval) n’est pas documentaire, mais de fraternité en égarement avec les humains qui marchent.

Son regard légèrement ironique est une façon de se tenir encore debout, arrimé à son appareil d’enregistrement mécanique, quand tout menace de basculer dans l’océan du vide.

A l’instant de la parousie, les défunts retrouveront leur corps.

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© Frédéric Stucin

Comme ils en auront oublié les traits, il n’est pas impossible que la photographie les aide à se réinventer en substance dans le grand labyrinthe des chairs en gloire et des costumes flottants dans les rues tels des fantômes moqueurs.

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Frédéric Stucin, Only Bleeding, texte de François Cheval, Le Bec en l’air, 2019, 98 pages

Le Bec en l’air

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© Frédéric Stucin

Site de Frédéric Stucin

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© Frédéric Stucin

 

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