L’amour existe, par Irène Attinger et Jörg Brockmann

©Julian Germain, Every Minute You Are Angry You Lose Sixty Seconds of Happiness, 1998 - 2005
©Julian Germain

C’est un nouveau festival photographique dont la programmation est enthousiasmante.

Créé par Jörg Brockmann et Irène Attinger, il a lieu actuellement en Suisse à Carouge, dans le canton de Genève.

Ayant choisi pour sa première édition le thème universel de l’amour, ce festival propose les travaux de vingt-six photographes reconnus (Christer Strömholm, Claudine Doury, Bernard Plossu, Denis Dailleux), en voie de reconnaissance internationale (Laura Pannack, Steeve Iuncker, Stefanie Moshammer), ou encore relativement méconnus (Laurence Rasty, Annie Hsiao-Ching Wang, Vincen Beeckman, Josh Kern) – présentés pour bon nombre d’entre eux dans L’Intervalle.

Accompagné par un très beau catalogue, conçu comme un objet éditorial de qualité, Arcoop Wall Project est enthousiasmant, parce qu’il est grand ouvert sur le monde et sa diversité, parce qu’il offre une superbe visibilité à un médium en pleine mutation, parce qu’il fait penser sans craindre les émotions.

J’ai souhaité interroger Irène Attinger sur cette initiative appelée à durer.

©Pixy Liao, Experimental Relationship, 2007 - 2019
©Pixy Liao

Quel est l’objet de la première édition du festival de photographie Arcoop Wall Project (AWP) que vous codirigez avec Jörg Brockmann ? Avez-vous un cahier des charges ? Qui sont vos tutelles ?

Le photographe et galeriste Jörg Brockmann et moi-même sommes à l’initiative de cet événement. Deux années de travail nous ont permis de concrétiser l’idée d’un festival alliant expositions, projections, conférences, découvertes de livres photo et rencontres entre acteurs du monde de la photographie. C’est durant les Rencontres d’Arles 2017 que nous avons eu l’idée d’organiser un festival autour d’une thématique définie. Et pour cette première édition, un sujet universel s’imposait : l’amour. Bien que soutenus par la ville de Genève et différents sponsors et mécènes, nous sommes totalement indépendants. Notre exposition fait partie de la biennale (deuxième édition) NO’PHOTO organisée par la ville de Genève.

Qu’est-ce que le bâtiment Arcoop à Carouge ?

Arcoop est un bâtiment industriel de cinq étages, inspiré de la tradition des riads marocains, construit en 1958 par les frères Honegger. Il constitue le lieu de travail de près de soixante-dix artisans et est géré en tant que coopérative. Un toit translucide qui domine une grande cour intérieure, une lumière naturelle enveloppant des coursives intérieures, des cages d’escaliers aux ouvertures en moucharabiehs stylisés en font un décor idéal pour une exposition de photographie, projet que Jörg Brockmann, membre du conseil d’administration de la coopérative, caresse depuis plusieurs années.

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Comment avez-vous collaboré avec l’Université de Genève et la galerie Focale de Nyon ?

Dans le but de présenter également des livres de photographies, nous avons invité les librairies Focale (Nyon) et La Chambre noire (Lausanne) à tenir des stands le premier weekend de l’exposition. Focale nous a proposé d’inclure le photographe Guillaume Perret dans les images projetées le jour du vernissage.

Des contacts personnels de Jörg Brockmann conduiront à l’organisation, le 10 octobre de 18h30 à 20h., d’une conférence, le cerveau amoureux, par le Centre interfacultaire en sciences affectives de l’Université de Genève.

Comment avez-vous choisi les photographes exposés cette année, qui sont vingt-six? Comment avez-vous pensé la programmation ? En termes de continuités historiques, contrepoints, ruptures, diversités culturelles et géographiques ?

Notre volonté était de présenter un large choix d’auteurs, en respectant certains équilibres (entre hommes et femmes notamment) et en recherchant une large ouverture géographique. Au cœur de la programmation, Claudine Doury (France), Pixy Liao (Shanghai), Sakiko Nomura (Japon), Laura Pannack (Royaume-Uni) ou encore Laurence Rasti (Suisse) dialoguent, présentant leur propre interprétation de l’amour. En faisant cohabiter des auteurs connus et émergents, l’exposition trace une frise chronologique de l’impact du sentiment sur le monde de la photographie, et de l’art. Les séries, exposées proposent un parcours riche, où le visiteur, inspiré par sa propre histoire, sera libre de trouver des résonances entre les projets.

©Vincen Beckman, Claude & Lilly, 2014 - 2018
©Vincen Beckman

Comment incluez-vous les jeunes photographes dans votre programmation ? Pourquoi avoir commencé, historiquement, par la série Les amies de la place Blanche, de Christer Strömholm ?

Nous voulions absolument exposer des photographes connus et des émergents dans une époque où le monde de la photographie vit une mutation importante. L’idée n’était absolument pas de tracer une quelconque « histoire de l’amour » en photographie mais bien d’établir des résonances entre des œuvres fortement personnelles, intimes et souvent intemporelles.

Votre festival a-t-il également une vocation de défricheur ou de découvreur, par exemple en montrant le travail de Laurence Rasti, The are no Homosexuals in Iran?

Oui, c’est aussi le cas d’Annie Hsiao-Ching Wang et Vincen Beeckman par exemple.

©Annie Hsiao-Ching Wang, The Mother as a Creator, 2001 - 2018
©Annie Hsiao-Ching Wang

Comment avez-vous travaillé avec Jörg Brockmann ?

En étroite symbiose, sans réelle division du travail.

Le festival prévoit-il un budget de production pour de futures séries ?

Non, nous n’en avons pas les moyens.

Des rencontres sont-elles organisées avec les photographes et entre les photographes ? Quelles formes leur donnez-vous ? Comment impliquer la population ?

Les seules rencontres organisées sont les lectures de portfolios prévues le week-end des 5 et 6 octobre de 14h à 17h (inscription sur le site https://arcoopwallproject.ch). Concernant la population, le succès a dépassé nos espérances, plus de mille personnes ont visité l’exposition le jour du vernissage.

©Estate Christer Strömholm, Les amies de la place Blanche, 1958 1968
©Estate Christer Strömholm

Le catalogue d’exposition est un véritable objet éditorial un peu arty. Comment l’avez-vous conçu ? Quelles furent vos lignes directrices esthétiques ?

Pour moi, la forme du livre a toujours été importante en photographie. Jörg et moi nous sommes mis rapidement d’accord sur un catalogue de qualité. La conception graphique est due à Alex Dujet du studio Futur Neue et à Matteo Venet.

Quel sera le thème de la deuxième édition du festival ?

Il est l’objet de nos réflexion actuelles.

Propos recueillis par Fabien Ribery

 

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Arcoop Wall Project, du 28 septembre au 13 octobre 2019, 32 rue des Noirettes, 1227 Carouge, Suisse

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Arcoop Wall Project -site

 

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