Fordlândia, messe noire tropicale, par JM Ramirez-Suassi, photographe

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© JM Ramirez-Suassi

En 1928, sur une immense concession au bord du Rio Tapajós dans l’état de Pará au Brésil, s’éleva une ville nouvelle voulue par Henry Ford, pour y loger les ouvriers chargés d’exploiter le caoutchouc naturel.

Mais ce projet faramineux – du caoutchouc pour les pneus des voitures de la puissance industrielle américaine – fut un échec, et Fordlândia, qui ne compte plus aujourd’hui que quelques milliers d’habitants, se transforma en ville fantôme.

Dans cette cité-usine censée incarner le mode de vie sain pensé par son fondateur, alcools et cigarettes étaient interdits.

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© JM Ramirez-Suassi

Mais le puritanisme n’a pas eu raison des extravagances tropicales, et les beaux équipements flambant neufs sont devenus des squats, dans une ville où la folie rôde.

Dans un livre qu’il consacre à cet espace où l’utopie s’est muée en puissance de ruines, Fordlânia 9, le photographe JM Ramirez-Suassi explore la beauté d’un rêve déchu.

Au péché d’hubris s’oppose la loi d’airain d’une nature sauvage, indomptable, souveraine.

La végétation prolifère, la rouille est omniprésente, tout menace de s’effondrer.

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© JM Ramirez-Suassi

Les derniers humains sont des prêtres sans autel, errant dans des rues abandonnées.

Tout ici semble de l’ordre d’une messe noire, ou d’un culte secret dont les officiants eux-mêmes ne comprennent plus le sens.

Des mains tendues, des miroirs d’eau frangés de boue, des lignes de feu parcourant les toitures, des crânes totémiques.

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© JM Ramirez-Suassi

Les visages sont graves, inquiets, fatigués.

Qui sera le prochain sacrifié ?

Qui boira le sang du dernier égorgé ?

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© JM Ramirez-Suassi

On ne part pas d’ici, où les voitures sont des monstres renversés, épuisés, éventrés.

Dieu est un pan de mur rouge, une tôle brûlante, la racine d’un banian.

Les moustiquaires sont des véroniques tachetées de poudre de nuit et de drogue.

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© JM Ramirez-Suassi

Fordlândia est le pays du désespoir, de la solitude et de la défonce.

Ici se trouve une prison à ciel ouvert, c’est le lieu du Pandémonium.

Dans un club transformé en fournaise, les égarés de l’american dream amazonien se préparent à mourir en chantant une ultime saudade.

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JM Ramirez- Suassi, Fordlândia 9, Now Photobooks, 2020 – 350 exemplaires numérotés

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© JM Ramirez-Suassi

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© JM Ramirez-Suassi

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