Le fantasme de la Baby Doll transhumaniste, par Claude Estèbe, photographe

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© Claude Estèbe

Bon, on ne va pas se mentir, nous y sommes, et pour longtemps, au pays des belles de latex, des Baby Doll de plastique, des poupées d’amours virtuelles.

Au pays des fantasmes et de la solitude, des formes hypersexuées et des corps de substitution.

Il n’y a pas de parole – pas encore -, mais des artefacts de chair à presser, étreindre, pénétrer.

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© Claude Estèbe

Monsieur Lacan : « Il n’y a pas de rapport sexuel. »

Les corps sont menus, les yeux des figurines grands ouverts comme dans le cinéma d’animation japonais, d’autant plus innocents que les seins sont voluptueux et fermes, les lèvres – du haut, du bas – parfaitement dessinées, couvertes de rouge, prêtes à l’emploi.

Faciles à désinfecter, vous aurez avec elles de folles amours clandestines.

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© Claude Estèbe

Les poupées de votre petite sœur ont grandi, elles portent maintenant des talons aiguilles et attendent votre sexe.

Vous pouvez les profaner, ce sont des jouets dociles.

Ce sont des cibles, l’absolu du capitalisme en sa logique de réification générale.

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© Claude Estèbe

Des bottes rouges immenses gainant les jambes, une jupe blanche qui se soulève, un pubis épilé.

Le transhumanisme gagne les esprits, le corps sont augmentés, l’éjaculation est une affaire réglée.

Place maintenant aux affaires, au sport, à la grande santé froide des vainqueurs.

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© Claude Estèbe

Vous les voyez marcher dans la rue, attendre sagement le feu vert, à l’orée d’un passage piéton : sont-elles devenues humaines ? Comment rêvent-elles d’être désirées ?

De longs cils, des yeux bleus, des cheveux blonds, et, dans le dos, des mains liées par des menottes.

Les fétiches sourient, ce sont des call girls ayant passé leur vie dans des cabines de bronzage et des salles de gym, fesses musclées, taille fine, cuisses dures.

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© Claude Estèbe

Dans Sweet Waste, Claude Estèbe, amateur de monstres et de jouets de plaisir, photographie le trouble de leur présence, mi-humaine, mi-mutante.

Ce sont les créatures d’une ère post-atomique ayant fait naître des aliens.

Elles agacent le désir, pourraient être des personnages d’un film de fin d’études d’un nouveau Cronenberg, elles sont insupportables dans leur suffisance plastique, et irrésistibles dans leurs atours parfaits.

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© Claude Estèbe

Elles mettent en contradiction le regardeur, forcément humaniste-féministe-universaliste, et happé par la petite fente de la serrure laissant entrevoir l’inconnu des voluptés technocalibrées.

Elles sont diaboliques, écartent les jambes en souriant, prennent des positions incroyables.

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© Claude Estèbe

Ce sont des plantes vénéneuses, dangereuses, fausses.

Elles ne jugent pas, nous renvoient à la profondeur de notre inconscient, performeuses géniales et vulgaires dansant sans fin sur la scène de nos théâtres libidinaux.

Parfois un insecte s’envole, c’est une âme pure.

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Claude Estèbe, Sweet Waste, Digital Works 2009-2019, edited by Myrtille Tibayrenc, texte de Michel Poivert, Manit Sriwanichpoom et Agnès Girard, 2019, publié en Thaïlande – 500 exemplaires  

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© Claude Estèbe

Site de Claude Estèbe

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