Publié une première fois en janvier 2005 dans la revue Esprit, Le Silence des livres (Arléa, 2019) est un très beau texte de George Steiner sur la vulnérabilité de l’écrit, son histoire récente, et les pouvoirs considérables de l’oralité perdue. « L’écrit dessine un archipel dans les vastes eaux de l’oralité humaine. L’écrit, sans même s’arrêter…
Année : 2020
L’esprit de la forêt, par Jeremias Escudero, photographe
Publié dans le cadre de la troisième édition des Rencontres photographiques de ViaSilva – conjointement à l’ouvrage Ce que pensent les lierres, de Mouna Saboni (texte Fabien Ribery) – De Agua présente le travail photographique réalisé par Jeremias Escuderos sur le site d’un chantier aux abords de Rennes (construction d’un écoquartier d’envergure) dont les différentes…
Le paradis originel, par Egor Fedosov, photographe
C’est un fanzine à cent exemplaires arrivé par recommandé de Russie. Les grands moyens pour un objet fragile, conçu par le photographe Egor Fedosov, et publié par l’éditeur moscovite indépendant Samopal Books. Son titre indique un moment nocturne, 1:26 – 3:24, soit l’empan chronologique des prises de vue. Un homme et une femme nus dans…
Thomas Bernhard, le cataclysme, par Gemma Salem, écrivain
« Ah Fellini lui manque ! Marcello lui manque. Gainsbarre lui manque. Orson lui manque. Où sont passés les types comme ça ? » J’écris beaucoup, certes, mais je chronique bien moins de livres que je n’en reçois, tant nombre de textes publiés me semblent inutiles, mal écrits, naïfs, moimoiesques, pleins de bons sentiments, d’un humanisme facile, et franchement…
Théâtre, mer de ténèbres, par Claude Régy, auteur-metteur en scène
« Je me suis aperçu que le silence n’était pas muet. Que le silence, comme le dit Meschonnic, n’est pas un arrêt du langage mais que c’est, en fait, une catégorie du langage. C’est-à-dire qu’il y a une qualité d’expression qui ne peut s’atteindre que dans le silence et par le silence. » Claude Régy a créé…
Tonner et étonner, de l’art de la citation, par Hervé Dumez, écrivain
« Je sors. Je vais m’ennuyer dehors, je m’ennuie trop chez moi. » (Hector Berlioz) La soirée était exquise, les amis formidables, l’alcool sans modération, mais le matin vous manquez de boussole, vous êtes égaré, hagard, hâve. Il faut vous rétablir, vous recentrer, retrouver le cap des phrases essentielles. La déesse Fortune a placé sur votre chemin…
Le nouvel âge du vivant, par Corine Pelluchon, philosophe
Avec Marielle Macé, Vinciane Desprez, Barbara Stiegler, Cynthia Fleury et quelques autres femmes philosophes de grande sensibilité, il est possible aujourd’hui de repenser avec beaucoup de vitalité et d’espoir l’ensemble de nos liens écosophiques, à l’autre, à soi, à l’environnement naturel. Professeure d’éthique et de philosophie politique à l’université Gustave Eiffel (Paris-Est), Corine Pelluchon propose…
James Joyce, poète
Lorsqu’il poétise, à Dublin, Trieste ou Zurich, le grand James Joyce écrit bref, et élégiaque. Dieu est là, peut-être, dans le simple, parmi les bêtes, plus chaudes qu’âme d’homme irrémédiablement blessé, séparé. Il y a les élans d’amour, et la puissance du vent, « Ô mon enfant de bleu veinée ». « Sous les orties…
Grandeur animale, petitesse humaine, par Arthur Schopenhauer, philosophe colérique
« L’être humain est au fond un animal sauvage et effroyable. Nous le connaissons seulement dompté et apprivoisé par ce qu’on nomme la civilisation ; voilà pourquoi nous nous effrayons des explosions occasionnelles de sa nature. Mais quand le verrou et la chaîne de l’ordre légal sont tombés et que l’anarchie apparaît, alors il montre ce qu’il…
Cicéron et la cause de la liberté, par Stefan Zweig, écrivain en exil
« Le plus sage qu’un homme intelligent et pas très courageux puisse faire lorsqu’il en rencontre un plus fort que lui, c’est de l’éviter et d’attendre sans honte le moment où la voie redevient libre. » Peut-être. Publié en français en 2013, soixante-quinze ans après son élaboration, dans le volume Romans, nouvelles et récits de Stefan Zweig…
Lobos y Ovejas, qui est le loup ? qui la brebis ? par Manuel Silva Acevedo, poète chilien
« Il y a un loup dans mes entrailles / qui se bat pour naître / Mon cœur de brebis, naïve créature, / se vide de son sang pour lui » A propos de son ami Manuel Silva Acevedo, l’écrivain et scénariste Antonio Skarmeta écrit : « Il donnait l’impression de vivre toujours en hiver….
Une vie ordinaire, par William Cliff, poète
« Cette année-là, j’avais été à la recherche / d’un appartement pour avoir ma vie à moi » Lorsque tout se décompose, Lorsque l’automne est un interminable déclin, Lorsque le dernier amant a franchi la porte du cinquième étage du galetas de Bruxelles, sans espoir de retour, Il y a le vers et les formes fixes, rondeau…