James Joyce, poète

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Lorsqu’il poétise, à Dublin, Trieste ou Zurich, le grand James Joyce écrit bref, et élégiaque.

Dieu est là, peut-être, dans le simple, parmi les bêtes, plus chaudes qu’âme d’homme irrémédiablement blessé, séparé.

Il y a les élans d’amour, et la puissance du vent, « Ô mon enfant de bleu veinée ».

« Sous les orties d’un gris de lune », l’amant est triste dans « la pluie murmurante ».

Solitude, froideur, silence.

« Mais alors pourquoi cette peine au souvenir / De ces doux, timides appâts, / Puisque le grand amour qu’exhalait son soupir / Etait tout sauf à toi ? »

Menu est le corps, tremblante est l’épaule, enfantin est le bras.

« Autour de nous la peur, qui tombe / Au-dessus, le noir de la peur / Et dans mon cœur, profond et incessant, / Quel mal d’amour ! »

Nous sommes en 1914 à Trieste, les visages seront bientôt des gueules, qui seront des trous.

« O Bella bionda / Sei come l’onda ! » : n’est-ce pas merveilleux comme du Paolo Conte ?

Eloge du féminin quand tout se déchaîne dans le mâle.

Douceur des tableaux : « Une immensité d’eaux, impitoyablement, / Ballotte sa crinière d’herbe, la soulève, / Là où le jour qui couve abaisse sur la mer / Un œil lourd de dédain. »

Balance l’encensoir des étoiles, et l’on songe aux lettres à Nora, crues, vraies, drôles.

« Cueille et dévore ! » : aurait-on fait le portrait de Joyce en disciple d’Horace ?

Pomes Penyeach, publié par Shakespeare & Company (Paris) en juillet 1927, chante le bel amour fragile quand « tutto è sciolto » – tout est délié.

Dans sa très belle postface, Bernard Pautrat, également traducteur, précise : « Shakespeare & Company : cela veut dire Sylvia Beach, la libraire-éditrice de la rue de l’Odéon (au n°12), celle-là même qui a déjà pris à sa charge la publication d’Ulysses en 1922. Elle fait partie du premier cercle d’amis et protecteurs qui entoure James Joyce à Paris depuis son arrivée en 1920, après toutes ces années passées dans la dèche à Trieste, Zurich, Locarno et de nouveau Trieste. Venu à Paris pour une semaine, à l’invitation de son ami Ezra Pound qui s’y trouve à cette date, Joyce est si bien accueilli qu’il s’y fixe avec Nora sa compagne et leurs deux enfants (il y restera vingt ans). »

Alors qu’il compose le work in progress Finnegans Wake, James Joyce le formaliste, le philologue, le babélien, rassemble ses poèmes d’un sou.

Il faut comprendre que l’un ne va pas sans l’autre, qu’il n’y a pas de reste dans une œuvre de nécessité, et que l’unité, lorsque l’on est catholique, est l’horizon du verbe.

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James Joyce, Pomes Penyeach, traduit de l’anglais et suivi de Poèmes en forme de pommes (postface) par Bernard Pautrat, 2020, 48 pages – deuxième édition

Editions Allia

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Se procurer Pomes Penyeach

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