Une vie ordinaire, par William Cliff, poète

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« Cette année-là, j’avais été à la recherche / d’un appartement pour avoir ma vie à moi »

Lorsque tout se décompose,

Lorsque l’automne est un interminable déclin,

Lorsque le dernier amant a franchi la porte du cinquième étage du galetas de Bruxelles, sans espoir de retour,

Il y a le vers et les formes fixes, rondeau médiéval, décasyllabe, alexandrin, l’étai du rythme majestueux et les fantômes qui le portent, Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud, Paul Verlaine, Edmond Rostand, Raymond Queneau.

« …, mais était-ce cela vraiment vivre / qu’être confiné dans cet endroit minuscule / offert plus que le mien aux attaques du givre / ou au sale crachin que le ciel éjacule ? »

William Cliff est un poète de nécessité, professeur par intermittence, passeur essentiel des mots des autres pour inventer les siens.

« Le bruit se répandit que nous baisions ensemble / Van der Loo et moi, du coup le directeur / jugea cette année-là ne pas devoir reprendre / quelqu’un qui était un aussi « bon » professeur. »

Son inspiration ne se situe pas dans l’hermétisme, mais dans l’écoute et la vision du plus proche, les bruits que font les voisins, la camionnette qu’il a fallu louer pour déménager de Namur la vineuse, bourgeoise et désespérante, la télévision en noir et blanc, le charbon.

En vers, l’ami de Conrad Detrez, et d’Aloysius Bertrand, écrit sa vie, lui offrant un manteau de protection, pour traverser le froid revenant toujours.

Pas de gargarismes sapients, mais l’authenticité des jours, la pauvreté, l’errance, la soif d’amour, la quête de vérité.

Poème sur un radiateur à gaz – à réparer en retirant délicatement les galettes.

« ainsi pus-je traverser sans trop en souffrir / les hivers infinis, humides, spleenétiques / qui étendent longtemps sur nos régions frigides / des nuages crachant leurs lugubres musiques. »

L’odyssée commence là, dans la rue, les détritus et le verbe des autres.

« Quand le ciel bas et lourd  pèse comme un couvercle / sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis / et de l’horizon embrassant tout le cercle / il nous verse un jour noir plus triste que les nuits… » – Charles William Baudelaire Cliff.

Que faire de mieux lorsque l’on est en charge d’une classe ? Lire, lire, lire, de façon incarnée.

«  Alors les élèves doucement élevaient / les regards vers mon corps en train de réciter / et semblaient me prier ne n’arrêter jamais / de les bercer au son, au rythme répété / / du poème pénétrant leur corps somnolent, / ils rêvaient de rêver toute la matinée / avec leurs fesses déposées là sur ce banc, / et moi n’étant qu’une mélopée destinée »

Lire est un acte amoureux, c’est le lait d’une mère coulant dans la gorge de son enfant.

Passe un wasserfall blond échevelé, il a peut-être le visage d’Eugène Savitzkaya.

« Ainsi pus-je continuer vaille que vaille / à voguer sur les eaux périlleuses du Temps, / récitant à mes élèves maille après maille / la chaîne des poèmes traînant dans mes dents. »

Dieu est un poète belge, un jour de canicule, « assis comme un clochard sur un vieux banc ».

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William Cliff, Le Temps suivi de Notre-Dame, La Table Ronde, 2020, 126 pages

Editions Table Ronde

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