Japon, prière de se déchausser, par Elena Janvier et Gérard Macé, écrivains

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« Au repos, les ciseaux japonais sont ouverts. »

Qui connaît les délices et les difficultés des rencontres franco-japonaises, qu’elles prennent la forme de l’amitié, de la relation amoureuse éphémère ou de l’union conjugale, trouvera dans le livre d’Elena Janvier, Au Japon, ceux qui s’aiment ne disent pas je t’aime (Arléa, 2012), nombre de clés et réflexions pour dénouer quelques incompréhensions culturelles majeures.

De l’autre côté de la terre, les codes ne sont pas les mêmes, les paroles, les symboles, les silences, les attitudes, les regards, les bruits.

Prenant la forme d’un abécédaire (ego, empereur, hygiène, tasse…) actualisant l’essai du père jésuite portugais Luis Frois (Lisbonne, 1532 – Nagasaki, 1597), Européens & Japonais : traité sur les contradictions et différences de mœurs (1585 – réédition Chandeigne, 1993), le petit opus d’Elena Janvier est terriblement instructif, savoureux et drôle.

Les amoureux : « S’embrasser sur les bancs publics ici est un délit (incitation à la débauche). En France, c’est juste une chanson. »

Bureaux de poste (tout est dans la clausule, doucement ironique) : « Dans les bureaux de poste japonais, il fait bon l’hiver et frais l’été. Le chœur des préposés vous souhaite la bienvenue. De discrets haut-parleurs diffusent un programme de musique light classic, les sièges sont confortables et pourvus d’une tablette près de l’accoudoir pour y déposer votre sac. Sur le comptoir, il y a des stylos, un tampon encreur pour apposer votre sceau, une petite éponge humidifiée pour coller les timbres, ainsi que différentes paires de lunettes pour vous permettre de compléter commodément les imprimés. Ici, c’est différent. »

Chevalerie (esprit de) : « Une femme dans un bar, même après minuit, ne se fera pas importuner, ni considérer avec mépris. Elle sera au contraire sous la bienveillante protection tacite du patron, qui se fera un plaisir de lui faire la conversation. »

Contraception : « Au Japon, la pilule contraceptive n’existe pas afin d’encourager l’usage du préservatif et limiter la transmission des maladies sexuelles, ce qui n’empêche pas le taux de natalité d’être au plus bas. En France, il y a la pilule, et beaucoup de naissances. C’est à n’y rien comprendre. »

Fromages : « En France on trouve du brie de Meaux, du chèvre cendré, de la cancoillotte, du Carré de l’Est (entre autres). Au Japon, il y a de la crème de gruyère à l’ananas en portions et du camembert danois en barquette d’aluminium. »

Chat ou corbeau : « « Toilette de chat » se dit en japonais « toilette de corbeau ». »

Jouissance : « Selon des amies bien informées, l’homme japonais, au bord de l’extase, s’exclame, ou murmure,, selon : « iku-iku ! » (quelque chose comme : « j’y vais, j’y vais ! »). Autant être prévenue, non ? »

Magasins : « En France, les magasins sont ouverts ou fermés. Au Japon, ils ne sont jamais fermés : quand ils ne sont pas ouverts, ils sont « en préparatifs ». »

Poésie : « Les haïku, c’est 5, 7, 5 syllabes. Les tanka, c’est 5, 7, 5, 7, 7. L’alexandrin, c’est 12. »

Signes : « Dans une conversation japonaise, on acquiesce souvent, ça ne veut pas dire qu’on est d’accord, ça veut dire qu’on écoute. »

Similitude : « Au Japon, c’est dur. En France aussi. »

Wisigoths : « Il y a une façon d’éplucher les mikan (mandarines) d’une seule pièce en reconstituant parfaitement la forme du fruit avec l’écorce. C’est d’ailleurs la seule façon. Quand on a vu faire un Japonais, on se sent tout simplement barbare. »

Parmi les merveilles de la collection Le Japon aux éditions Arléa, on trouvera aussi le superbe Kyôto, un monde qui ressemble au monde, de Gérard Macé, texte accompagné de photographies personnelles concernant l’art des jardins japonais comme vedute ou peintures mouvantes – soumises à la loi des variations saisonnières.

Associant légèreté et profondeur, l’auteur de La photographie sans appareil (Le Temps qu’il fait, 2001) offre ses méditations à propos des jardins de Kyôto, commençant son voyage par le Shisen-dô, temple faisant la transition entre la ville et la grande nature.

Une allée en pente, deux rangées de bambous, des portes coulissantes, un sol surélevé, un jardin conduisant au pavillon de thé.

« Le plaisir et le recueillement peuvent aller ensemble. »

La chance le guide, la réflexion s’approfondit, c’est un parcours en quinconce en sachant plus que lui.

« Les jardins que l’on admire aujourd’hui s’inspirent le plus souvent de sites lointains, quand ce ne sont pas des citations de paysages célèbres, qui aident la mémoire de ceux qui ont voyagé tout en fabriquant des souvenirs à ceux qui ne voyagent pas. »

Concevoir le jardin comme une vision intérieure (Ryôan-ji) devenue peinture.

« Car les auteurs des jardins furent aussi des peintres et des calligraphes, comme Sôami au XVIe siècle, pour qui les courbes de relief, les cascades et les sentiers devaient avoir la force et la souplesse de la peinture à l’encre. »

Un monde qui ressemble au monde est un livre simple, savant, précis et succulent, dont les photographies en noir et blanc ne disent pas moins que les mots noirs sur le blanc de la page.

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Elena Janvier, Au Japon, ceux qui s’aiment ne disent pas je t’aime, Arléa, 2012, 132 pages

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Gérard Macé, Kyôto, un monde qui ressemble au monde, Arléa, 2017, 70 pages

Editions Arléa

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