La vie populaire, l’art, par Tom Wood, photographe

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© Tom Wood

Quel bonheur, alors que les soucis s’accumulent, que la bêtise ronge les meilleures volontés, que tout perd en substance dans l’océan numérique, d’ouvrir ce matin l’ouvrage de Tom Wood, Termini, publié par GwinZegal.

Un malentendu plane sur ce photographe d’origine irlandaise installé en Angleterre : parce qu’il regarde les visages du peuple, son travail serait d’essence documentaire.

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© Tom Wood

Non, il est d’abord d’un artiste ayant une formation de peintre attentif à la beauté de la vie, jusque dans sa rudesse.

Nous sommes à Liverpool, sur les berges de la puissance rivière Mersey, premier personnage du livre.

Sur le ferry qu’il emprunte quotidiennement, Tom Wood observe la vie qui l’entoure, les gamins insolents, les familles en goguette, les amoureux, les travailleurs, les solitaires.

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© Tom Wood

Comme à Calais, Boulogne-sur-Mer ou Dunkerque, il n’est pas rare ici de croiser une très jeune femme déjà mère, portant son enfant à bout de bras, d’énergie et de fatigue.

Pas de tricherie, d’astuces de mise en scène, mais la vie brute, nue et passionnante.

Tom Wood n’est pas un officier de justice, il observe sans juger, contemple ce qui est, qu’il élève au statut d’art.

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© Tom Wood

Si le noir et blanc est dominant, le photographe travaille la palette chromatique en coloriste en des images d’une très grande douceur.

Pas de causticité, mais un regard de profonde empathie.

Pas de différence entre l’artiste et le sujet, Tom Wood est avec le peuple, indubitablement, viscéralement.

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© Tom Wood

Rendant compte d’un empan chronologique de vingt-cinq ans, Termini est un vaste ensemble de portraits, de guingois parfois, comme la réalité difficile à étreindre.

Tom Wood compose à l’instinct de l’expérience, verticales, horizontales, courbes, placement des personnages dans l’espace.

Il y a de la sensualité dans l’air, du mauvais temps parfois, et d’heureux dimanches de farniente sur des pelouses où s’étendre.

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© Tom Wood

Le ferry va partir, il faut s’affairer, se presser, chaque femme est une reine d’Angleterre à ne surtout pas bousculer.

On est bien ici, on peut draguer, pique-niquer, somnoler.

La dolce vita à la mode de Liverpool est un peu plus inquiète qu’à Rome, mais pas moins populeuse et vivante.

Tom Wood parvient à saisir le ballet du quotidien, la chorégraphie spontanée des corps dans leur environnement immédiat.

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© Tom Wood

On fume beaucoup dans ses photographies, on traite le temps à coups de bouffées de nicotine, on ne fait pas de grands plans sur la comète, on attend tranquillement le prochain départ pour l’autre rive.

Chaque visage est Liverpool, pense Liverpool, rit, pleure et embrasse Liverpool.

Termini est un embarquement pour la vie populaire, loin des discours, des analyses sociologiques, des points de vue autorisés des supposés sachants.

Tom Wood est un très beau maître ignorant.

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Tom Wood, Termini, conception Tom Wood & Jérôme Sother, textes de Paul Farley, Editions GwinZegal, 2018, 136 pages

Tom Wood est représenté par l’Open Eye Gallery, Liverpool et galerie Sit Down, Paris

Open Eye Gallery

Tom Wood – Sit Down

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