
© Peter H. Waterschoot
A l’occasion de sa première exposition muséale, au Musée de la Photographie de Charleroi, les éditions Arp2 Publishing offrent à Peter H. Waterschoot sa deuxième monographie, Sunset Memory, après At the skin of time – dont j’ai écrit la préface -, en 2018.
Il s’agit d’un voyage nocturne entre Bruxelles et le Japon.

© Peter H. Waterschoot
Des rais de lumière, du silence, des mystères.
Aucun humain, mais une présence des chairs palpable dans l’invisible.
Peter H. Waterschoot est un sensualiste, dont la vue est guidée par les lueurs trouant les ténèbres, les néons des enseignes et des ascenseurs, les teintes bleutées.

© Peter H. Waterschoot
Tout est chez lui possibilité de rencontres, érotique subtile, errance dans la nuit.
Sunset Memory est bien davantage qu’un coucher de soleil, c’est une pérégrination dans le noir, les corridors, les couloirs des clubs de plaisir, les arrière-cours, les chambres d’hôtel.
Il faut aborder son livre comme une proposition d’entrer dans le monde flottant, où la raison vacille un peu, au profit des voluptés étranges, des trébuchements, des avancées à tâtons.

© Peter H. Waterschoot
Ces roches lointaines, à peine perceptibles, sont peut-être de doux oreillers, ou les draps défaits d’une mer en furie.
Est-il l’heure de la tempête ou de l’abandon ?
Peter H. Waterschoot s’attache bien moins à construire des paysages identifiables – est-on ici ou là ? -, qu’à laisser respirer chaque chose, chaque entité – végétale, aquatique -, chaque objet abordé comme un autre lui-même, un miroir psychique, un double énigmatique.

© Peter H. Waterschoot
Un fauteuil, des taches comme des nénuphars, une myriade de climatiseurs, des étoiles, des rideaux, des textures de papiers peints.
On produit de l’homme en série, on le parque (des appartements trop petits, construits à l’identique, pauvrement rationnels), on le contient comme on peut dans des structures d’étouffement, mais, bien entendu, il y a en lui un noyau irréductible de nuit sexuelle, de sauvagerie, d’indocilité.
Tout est calme dans les images du photographe flamand, trop calme, pour ne pas être explosif, comme une jouissance contenue.

© Peter H. Waterschoot
Nous sommes au bord d’une révélation majeure, d’une très grande déprise, d’une chute initiatique.
Tout ceci se passe en nuances de mauves, de vers, de jaunes, de rouges, comme dans un kaléidoscope chromatique projetant sur la rétine du regardeur des ondes susceptibles de troubler sa psyché, de le désorienter – on peut penser à des expérimentations godardiennes.
Rayons X et mannequins de chiffons.

© Peter H. Waterschoot
Méduses et tours d’habitations.
Interphone et vêtements tombés.
Entrée des luxurieux et plantes carnivores.

© Peter H. Waterschoot
Vous ouvrez une porte, vous voyez de longues jambes fines, vous traversez des nuées.
Le poète (Peter Verheslt) de prophétiser : « Sous peu, on va voir des typhons / enfler comme de la chantilly au-dessus des nuages – / c’est ce que l’homme traînait derrière lui. »
Peter H. Waterschoot, Sunset Memory, text (anglais, français, néerlandais, japonais) Peter Verhelst, graphic design Joel Van Audenhaege, Arp2 Publishing, 2020 – 400 exemplaires


© Peter H. Waterschoot
Exposition Peter H. Waterschoot, Joel-Peter Witkin et Debi Cornwall au Musée de la Photographie de Charleroi (Belgique) – du 6 février au 16 mai 2021
Musée de la Photographie de Charleroi


Bonjour Fabien
Ton texte émeut Et fait frissonner
L’abandon L’envie de l’abandon Qu’on n’ose céder
La souffrance La pensée La pensée folle Le doute L’horreur de l’irréversible
L’horrible et horripilante conviction Que le passé n’est plus
Et puis d’ailleurs A t il seulement existé Ce moment impensable Pour une sainte que tu désiras salope
Existe t elle vraiment cette tempête Joliment prénommée Et définitivement dévastatrice Au point que ce soir encore Cette nuit toujours Je pleure Je gémis Et me touche pour retrouver Ton souffle Tes caresses Et ton désir avide
Ah quelle triste fille je peux être aussi
Après toutes ces promesses Une fulgurance Un fantôme Insipide
Amoureuse Encore Mal aimante Amante de pacotille
Ouvre moi Perce ma raison Deglingue moi le cerveau Encore
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