Dans l’hypnagogie, par Laure Samama, écrivain, photographe

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© Laure Samama

La quatrième de couverture intrigue, provoque, étonne : « Vaut-il mieux un barbu dans son lit ou au-dessus de sa tête ? Le saucisson est-il moteur d’action ? »

Parce que nous mesurons très mal ce que le confinement a fait à notre santé mentale (cf ci-dessus), il nous faut des témoignages, des travaux d’artistes, des livres écrits dans le feu glacé des insomnies.

Paraît dans la collection Notes chez Arnaud Bizalion Editeur, le nouvel opuscule de Laure Samama, Je danse seule, récit en phrases studium et images punctum d’une drôle de guerre faite à la sensibilité.

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© Laure Samama

On aurait aimé être deux pour vivre la réclusion, mais l’on est seule, le corps crie famine, on ose à peine bouger.

On est l’héroïne d’une nouvelle inédite de Kafka, et l’on écrit : « J’étais une chauve-souris pendue par les pattes au fond d’une grotte au milieu d’autres chauves-souris de hasard suspendues dans des cavités mitoyennes. J’espérais que personne n’entre dans ma salle par surprise et ne fasse fondre mes graisses. »

Les jours passent, mal, les heures, les minutes, les secondes.

La toile bavarde, nous perd, nous exaspère, on coupe, mais jamais assez – le téléphone vibre dans la poche.

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© Laure Samama

La gardienne de l’immeuble a un bon fond, qui voudrait adopter la drôle de bête à l’étage, qui écrit, et que l’on voit quelquefois munie d’un appareil photographique.

La dystopie nous avale, on fantasme mal.

« Un homme m’appelait à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Je connaissais mal l’application qu’il utilisait et que j’avais chargée un jour, au cas où. J’appuyais sur l’écran tactile comme une enfant qui croit reconnaître des formes. La sonnerie s’arrêtait. Il gesticulait sur l’écran de mon téléphone. Je touchais son visage sans le vouloir. Je devais aussi gesticuler sur son écran sans l’avoir voulu non plus. »

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© Laure Samama

On touche un fantôme, on devient fou, on est folle.

On pense au pire – mais le troisième étage n’est pas suffisant pour disparaître définitivement -, la torpeur est criminelle.

Apnée, noyade des semaines hypnagogiques – et souvenir des premières leçons de natation.

Et puis soudain, le rien devient tout. On en connaissait la volupté, mais on la manquait, par paresse, par oubli, par veulerie.

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© Laure Samama

Des citrons dans une coupe.

Des fleurs jaunes se jetant dans la nuit.

Un nuage comme une nuée olympienne.

Les vies minuscules, alors que la solitude fait mal.

Et l’on se souvient qu’on a su danser un jour.

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Laure Samama, Je danse seule, Arnaud Bizalion Editeur, 2021

Arnaud Bizalion Editeur

Se procurer Je danse seule

Laure Samama – site

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