Atteindre l’aube, peut-être, par Elliott Verdier, photographe

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« L’aube tarde à venir car le silence et l’impunité, ces venins d’une même morsure, empoisonnent le présent et perpétuent le traumatisme. » (Gaël Faye)

Premier livre de la toute nouvelle maison d’éditions Dunes, Reaching for Dawn, du photographe Elliott Verdier est un coup de maître.

C’est un livre de silence, de pudeur, de secrets et de douleurs, dessiné par Sacha von Villard et imprimé avec un soin extrême – qualité des papiers, profondeur des noirs, superbe des couleurs, nuance des gris.

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Elliott Verdier est un photographe documentaire, mais son regard est celui d’un coloriste nourri par l’histoire de l’art, et d’un graveur en manière noire sur matière de mémoire.

Reaching for Dawn est une médiation en images sur les conséquences de la guerre civile au Libéria (1989-2003) n’ayant toujours pas conduit à des procès, des élucidations, des paroles de justice.

La communauté internationale se tait, les bourreaux ne sont pas jugés, un peuple attend, dans une résignation mélancolique et douloureuse.

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Le traumatisme est profond, des enfants naissent dans le déni.

Participant d’un travail de reconnaissance et de réflexion sur une guerre dont toutes les causes ne sont pas établies, l’ouvrage d’Elliott Verdier – des enregistrements audio ont également été effectués avec des témoins, en partie restitués sur des calques – fait surgir ses portraits de la nuit, d’un néant originel, d’une souffrance tue insupportable.

Reaching for Dawn est un livre de tensions muettes, très intérieur, plongé dans l’attente et l’indicible, dimensions auxquelles l’utilisation de la chambre 4×5 offre une terrible et magnifique surface d’écho.

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S’étant rendu dans l’ensemble du territoire – des mines de diamants de Gbarpolu au port de pêche de Harper, en passant par l’immense bidonville de Westpoint -, le photographe approche avec un sens de la juste distance des êtres et des lieux marqués par la mort et les blessures les plus intimes.

En introduction, Leymah Gbowee, activiste libérienne et lauréate du prix Nobel de la paix 2011, revient avec beaucoup de clarté sur les origines du conflit : « Dès le départ, l’histoire du Libéria s’est mal engagée. Un peuple indigène vivait sur cette terre où un groupe d’esclaves affranchis de retour en Afrique est venu s’installer. Or quand on parle aujourd’hui de ce pays, on ne se préoccupe plus désormais que de l’arrivée de ces anciens esclaves et on néglige les habitants qui étaient déjà là. Personne ne s’est penché sur l’histoire de ce peuple avant ce moment. C’est le premier sujet de conflit. Le second concerne le traitement des indigènes : à leur arrivée, ce qu’ont fait les affranchis est bien typique des survivants d’un traumatisme : soit on le refoule, soit on l’adopte. Dans le cas du Libéria, les anciens esclaves ont reproduit leur traumatisme en imposant la ségrégation, celle-là même contre laquelle ils avaient lutté aux Etats-Unis. »

On pense bien sûr à d’autres situations, à d’autres pays, mais il appert que la question identitaire, probablement instrumentalisée ici comme ailleurs par les fauteurs de guerre, est essentielle dans la compréhension de la violence de la guerre civile.   

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©Elliott Verdier

Des navires sont échoués, la mémoire est hantée, la noyade est imminente.

Il faut beaucoup de courage et de foi pour continuer à vivre quand le diable a marqué la chair de façon indélébile.

Ce pourrait être un pays paradisiaque, mais c’est l’enfer, la misère, la loi du plus fort, la corruption, la survie dans le crime impuni.

Des corps si beaux sont-ils faits pour le viol ?

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Jésus, où étais-tu lorsque les bourreaux nous coupaient les doigts à coups de machettes ?

Est-ce cela la fraternité, le massacre des innocents ?

L’église pourra-t-elle nous réconcilier si Dieu a failli ?

Quelle direction spirituelle nous indiquent les charniers et la terre maudite souillée de sang ?

Les images, probablement déjà très denses à l’origine, sont imprimées avec un pantone argent sur du papier noir, laissant flotter des spectres, de bâtiments et d’hommes, à la lisière de la conscience.

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Le meurtre est immense, tout se tait parce que tout crie, et que l’incommensurable mène au retrait intérieur.

Pourtant, il y a des points de vérité, des soulagements possibles par la parole et les cérémonies de réconciliation.

Il y a l’art aussi, qui peut être comme avec ce livre un chemin de paix dans la confrontation sans agressivité des visages et des nuits.   

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Elliott Verdier, Reaching for Dawn, 2021 textes de Gaël Faye & Leymah Gbowee, design graphique Marion Denoual, editing Margaux Beaughon et Elliott Verdier, Dunes, 152 pages – 750 exemplaires

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Dunes éditions

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Elliott Verdier – site

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