Aurore ou crépuscule, le fantasme transhumaniste, par Stéphanie Solinas, photographe

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©Stéphanie Solinas

« Nous sommes un flux d’informations en perpétuel changement. »

Le délire transhumaniste cherche à repousser les frontières de la mort, jusqu’à permettre à ses zélateurs d’atteindre l’immortalité.

Avec Le soleil ni la mort (éditions Delpire & Co), la photographe Stéphanie Solinas questionne la logique liée à la cryogénisation, et les représentations s’y associant, en discutant, lors d’un vol en avion six places d’un ingénieur de la Silicon Valley, avec les dirigeants de la société Alcor, située en périphérie de Phoenix/Arizona, aux Etats-Unis – il y a trois entreprises leaders sur le marché de la cryogénisation, deux américaines, une russe, plus de trois-cent personnes étant actuellement cryogénisées, avec leur corps complet ou seulement leur tête, des milliers d’autres étant inscrites sur liste d’attente.

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©Stéphanie Solinas

Entre science et croyance, l’humanité affronte l’angoisse de la mort, un voyage au long cours dans le froid (le sang est remplacé par un mélange de glycérine faisant office d’antigel), jusqu’à la résurrection, coûtant entre 80 000 et 200 000 euros.

Ayant repris le titre de son livre au format italien – comme une longue séquence filmique hypnotique – d’une maxime de François de La Rochefoucauld – « Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement » -, elle-même issue d’une pensée du sage Héraclite, Stéphanie Solinas a construit une œuvre aussi belle que radicale : prises de l’intérieur de l’avion survolant San-Francisco, dont l’aile apparaît quelquefois, ses photographies montrent alternativement un coucher de soleil à l’ouest, et un lever de pleine lune à l’est, sans que les deux points de vue ne puissent jamais se rassembler.

Les variations de lumière, la vibration de la ligne d’horizon, la transformation progressive du bleu en nuances de noir, offrent un spectacle propice à la méditation.

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©Stéphanie Solinas

Est-on à l’aube d’une ère nouvelle ? Faut-il craindre le crépuscule ? Quelle identité entre la personne défunte et celle de demain ?

« L’âge moyen de nos membres est de 47 ans, ce sont en majorité des hommes, technophiles. »

Parsemées de phrases – surréalistes parfois, si on les décale de leur contexte d’émission -, Le soleil ni la mort fait entendre les propos de la fondatrice et du PDG de l’entreprise de cryogénisation créée en 1976.

« Vous savez, il faut avoir foi en la possibilité que ça marche. Nous ne pouvons absolument rien garantir et si vous n’êtes pas capable d’accepter qu’il y ait quelques risques, alors mieux vaut ne pas le tenter. »

Que ça marche, ou ne marche pas, le soleil se couche, la lune se lève, la nuit gagne le jour, et le jour la nuit en de superbes camaïeux.

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©Stéphanie Solinas

Demain commence aujourd’hui, depuis longtemps déjà.

« Marcher jusqu’au lieu de stockage des patients. Ils sont conservés dans des cylindres métalliques décrits comme des thermos. Dans chaque cylindre que j’aperçois, il y a 4 corps répartis contre la paroi, entourant au centre une colonne de 5 têtes. »

La science n’est-elle pas merveilleuse, et effroyable lorsqu’elle n’est que « ruine de l’âme » (Rabelais) ?

Le corps biologie est une vieillerie décevante, remplaçons-le par un corps de synthèse.

Vous n’êtes pas vraiment mort, vous faites une pause.

On n’est pas si mal dans de l’azote liquide conservé à -196e, n’est-ce pas ?

« Bras musclés, taches de rousseur, tee-shirt ajusté », Max More, PDG d’Alcor, considère les cadavres dont il prend soin comme des patients entrés « dans une sorte de coma profond ».

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©Stéphanie Solinas

Pendant ce temps, alors que le soleil tombe à l’Occident, l’optimiste businessman déclare : « J’imagine que les premiers ressuscités auront encore des parents ou des êtres chers à même de percevoir le lien entre leurs générations et qui pourront prendre soin d’eux. Mais je crois qu’un scénario plausible serait d’être d’abord ramené à la vie dans une réalité virtuelle, car qui sait à quel point le monde aura changé ? »

Où sommes-nous vraiment ? Dans les limbes déjà ? Stéphanie Solinas a dessiné une drôle de boussole reproduite sur la couverture de son ouvrage, mais, attention, il n’y a pas le mode d’emploi.

« Cent ans ou même un million d’années n’est rien comparé à l’éternité, donc ça ne compte pas vraiment. »

La logique paraît implacable.

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Stéphanie Solinas, Le soleil ni la mort, directeur Julien Frydman, direction éditoriale Emmanuelle Kouchner, directeur de création Pierre Hourquet, photogravure Les Artisans du Regard, éditions Delpire & Co/avec le soutien du CNAP, 2022, 80 photographies couleur

Stéphanie Solinas – site

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Delpire and Co

Portrait

Stéphanie Solinas ©François Bellabas

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