Les jours de haute solitude, par Tereza Zelenkova, photographe

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©Tereza Zelenkova

Il y a des livres sur lesquels il me faut écrire immédiatement, parce que l’émotion est trop belle, trop intense, trop violente.

Parce que je veux la partager, et que c’est comme si ce qui apparaissait soudain, à peine ouvert, était de l’ordre d’un miracle, ou d’un don très précieux, impensable, magique.

Mais, enfin, qu’est-ce qui me plaît tant dans ce livre envoyé par les amis des éditions grecques VOID et dont je ne connais pas l’auteure, Tereza Zelenkova, pour attiser ainsi ma folie d’écriture ?

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©Tereza Zelenkova

Une atmosphère intime et capiteuse, un parfum de cérémonie secrète, une teinte d’immémorial.

Une maquette de grande élégance, sans afféterie, au service d’une énigme visuelle touchant le cœur par la beauté d’une femme s’y exposant, habillée ou nue, à la limite de l’impudeur- le duvet des poils noirs entre les fesses.

Je regarde The Essential Solitude comme je recevrai une offrande, et l’autorisation de pénétrer dans la chambre des mystères.

Les jansénistes appelaient solitaires ces êtres très pieux consacrant leur vie à la prière, et à une forme de rigueur morale.

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©Tereza Zelenkova

Il n’y a plus de temps, mais le visage d’une femme fermant les yeux et ne craignant pas d’exposer son monde intérieur.

Lorsqu’il n’y a plus de différence entre le corps humain et une nature morte, il est possible de ressentir quelque chose de l’ordre du sublime, et du salut.

Le lit est défait, depuis longtemps déjà.

Cet espace de sommeil est un lieu de réveil, un centre de révélation, une sorte d’omphalos.

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©Tereza Zelenkova

Réalisées en noir et blanc dans la maison de Dennis Severs au 18 Folgate Street, London, artiste américain ayant cherché à recréer dans chacune des pièces une impression de traversée du temps (entre le XVIIIe et le début du XXe siècle), comme si les occupants venaient de quitter les lieux précipitamment sans avoir pris soin de ranger, les photographies de Tereza Zelenkova témoignent de la profondeur d’une vie intérieure exaltée par le fabuleux décor, pauvre et sale, sophistiqué et rare, autorisant son épanchement.

Il y a des ombres, des horloges battant la mesure, des bulbes de tulipe séchés comme des bourdons sexuels masculins.

Des sons, des odeurs, de la poussière, une forme d’étouffement menant au ravissement.

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©Tereza Zelenkova

Laissant pendre sa longue chevelure jusqu’au sol – comment ne pas penser ici aux vieilles tantes, Suzanne et Louise, du saint-démon-photographe-écrivain Hervé Guibert ? -, l’artiste tchèque introduit dans un univers où règne une sorte d’absolu de mise en scène, une indocilité, une féminité rebelle, un excès.

Règnent ici un fantastique de conte noir, et un érotisme déchirant le puritanisme victorien.

Une femme allongée attend, odalisque sauvage, la main fantôme qui viendra la caresser, et l’ouvrir dans le comble de l’impudeur.

Des craquelures, des tentures, des sculptures monstrueuses.

Ophélie défunte est une dame noire attendant l’instant de la résurrection.

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©Tereza Zelenkova

Yeux bandés, la voici victime consentante de qui aimera la visiter de tout son feu.

Du linge pend, les livres ne sont pas ouverts, une femme invente ses doubles dans le théâtre des miroirs d’une pièce-sortilège.

Tout commence par la solitude, celle de Saint Antoine, ou d’une Pragoise mystique inscrivant son corps dans l’histoire de l’art, et celui des cabinets libertins où éclate en cris et murmures de supplique la grâce des désirantes.      

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Tereza Zelenkova, The Essential Solitude, texte de Georges Bataille (issu de La littérature et le mal), direction éditoriale Myrto Steirou & Joao Linneu, VOID, 2022, 80 pages – 1250 exemplaires

Tereza Zelenkova – site

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©Tereza Zelenkova

VOID – se procurer le livre

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  1. effectivement la photo en intimité avec la sensualité et le drapé du monde. Merci pour la découverte.

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