Ensemble, et seuls, par Mario Carnicelli, photographe

©Mario Carnicelli

Je ne vais pas jouer au savant, je ne connais pas Mario Carnicelli, mais je sais que le livre Nous témoigne d’un grand art.

Sens de la composition, surtout en format carré, puissance des visages, malice, grâce des couleurs comme du noir & blanc, intérêt intime pour les rassemblements collectifs, notamment politiques et syndicaux.  

Edité avec majesté par Contrejour (Isabelle et Claude Nori) dans le cadre du prix Viviane Esders dédié aux photographes professionnels de plus de 60 ans, Nous révèle un artiste – né en 1937 à Atri, en Italie – ayant dirigé un magasin de photographie de référence à Florence de 1970 à 2010.

©Mario Carnicelli

« Sans son assistante, qui s’est penchée sur ses archives, précise la mécène, je n’aurais jamais découvert son œuvre personnelle, un trésor caché. »

Comment fait-on société ? Quels sont les utopies ou espoir ou deuils ou révoltes nous unissant ? Comment lier solitude ontologique et combats en commun ?

Telles sont quelques-unes des interrogations traversant Nous, qui est un livre croyant encore en la puissance de dignité du peuple.

©Mario Carnicelli

L’œuvre de Mario Carnicelli est politique, qui montre les corps ensemble, les émotions traversant une foule, l’unicité des personnes représentées.

Voici une société, semble-t-il nous dire, alors que la force des idées communistes organisant les destins s’amenuise au fil du temps – voir sa série documentant les funérailles de Palmiro Togliatti (1964), un des fondateurs du Parti communiste italien.

Des visages sont quelquefois isolés, graves, inquiets, emprunts d’une noble solennité.

©Mario Carnicelli

S’il photographie le peuple italien, Carnicelli voyage aussi aux Etats-Unis (1966-67), à Hong Kong, Macao, Bangkok (1969), au Japon (1972), et en Inde (1977).

« Sa force singulière et incisive, analyse Roberta Valtorta, ne réside pas dans le récit, dans l’enregistrement d’événements, mais dans la construction magistrale de documents fermes et solides qui prennent la forme de portraits et qui fixent définitivement, comme des monuments, l’histoire de la communauté humaine. »

©Mario Carnicelli

Dotée d’une importante valeur testimoniale, l’œuvre du photographe Italien rend notamment compte avec force de l’ethos italien des années 1960 et 1970.

Et quoi de mieux qu’une place publique pour se réunir ?

Chaque image est à observer longuement, les détails arrêtent le flux : couleur d’un manteau, pliure d’un journal, coiffure particulière, forme des lunettes, chaussettes hautes, devantures des boutiques, regards.  

Manifester en tenant une rose dans la bouche, l’Unita dans une main, et un drapeau rouge dans l’autre.

On serre les rangs, on serre les poings, on serra la bouche.

Honte aux partis socialistes de tous les pays ayant trahi leur peuple.

©Mario Carnicelli

Commentant l’une de ses photographies montrant de jeunes hommes Noirs dans la rue à San Francisco, en 1967, Mario Carnicelli déclare : « J’espère que tout cela représente un microcosme exemplaire, qui ne se veut pas local, mais en fait « universel » parce qu’il peut être étendu à tous les autres lieux où vivent les hommes, quelles que soient leurs langues, leurs histoires et leurs traditions. »

Il fut un temps où le mot universel n’était pas une insulte jetée par les zélotes de l’appropriation culturelle.

Mario Carnicelli, Nous, textes (français/anglais) Viviane Esders, Roberta Valtorta, Bärbel Reinhard et Marco Signorini,  éditions Contrejour, 2023, 104 pages

https://prixvivianeesders.com/2022/05/finalistes-2022-mario-carnicelli/

https://www.editions-contrejour.com/project/nous/

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