Sartre à contretemps, par François Noudelmann, essayiste

« Vivement la littérature dégagée ! » (Sartre, 1952) On peut être pour ou contre Sartre, préférer avoir tort avec lui en dénonçant ses excès verbaux – « Tout anticommuniste est un chien. », l’appel au meurtre de la préface des Damnés de la terre, de Frantz Fanon – que raison avec ses détracteurs donneurs de leçons, et bien moins…

La montagne et l’humanité homicide, par Erri De Luca, écrivain

« La loi punit ceux qui impriment de faux billets, mais elle laisse courir ceux qui écoulent des mots erronés. Moi, je protège la langue que j’utilise. » Un homme incarcéré, accusé d’avoir jeté dans le vide, lors d’une ascension en montagne, un camarade de luttes politiques ayant trahi les siens afin d’obtenir une réduction de peine….

My chief happiness manager est un salaud, par la revue Lignes, n°62

Le dernier numéro de la revue Lignes (62), consacré aux « mots du pouvoir et au pouvoir des mots », est excellent, qui offre à ses contributeurs la participation à un dictionnaire critique permettant, à la façon de Victor Klemperer, ou de Eric Hazan, de faire un état des lieux des maux langagiers pourrissant notre…

La faux siffle sur la terre, par Patrik Ourednik, écrivain, ou le mentir vrai du «  Je me souviens »

« Je me souviens que pendant mon voyage en France en soixante-quatorze, je draguais les filles en leur disant : « Je viens de Tchécoslovaquie et j’aimerais faire l’amour avec vous. » Je me souviens que ça marchait : tout d’abord, elles m’interrogeaient sur la situation politique du pays. » Vingt-quatre chapitres, vingt-quatre années d’une vie formée, déformée, encadrée par la…

Penser la métamorphose avec Kafka, par Léa Veinstein, chercheuse, écrivain

Comprendre comment l’œuvre d’un écrivain tel que Kafka modifie, inquiète, inspire la philosophie, tel est le sujet de réflexion de Léa Veinstein dans Les philosophes lisent Kafka. Benjamin, Arendt, Anders, Adorno (Fondation de la Maison des Sciences de l’Homme, 2019), qui fut d’abord l’objet d’une thèse soutenue à l’université de Strasbourg. Lisant, avec ferveur, Kafka…

La fée électricité, par Eric Tabuchi, photographe

  Dans ces hauteurs du fin fond de l’Ariège où j’aime me retirer, les quelques habitants que je croise au bar du village sont persuadés que l’espèce humaine dans sa forme massive n’en a plus pour longtemps. C’est d’une grande désespérance, mais aussi d’une belle joie, autorisant libations et géographies d’amours inédites, puisque nous allons…

L’air privé de lumière des corps en révolte, par Ulrich Lebeuf, photographe

Il est évident que la grève générale est un préalable à toute discussion dans la bascule des rapports de force. Il est évident qu’un certain nombre de secteurs clés de l’économie doivent être nationalisés, et que l’hypothèse communiste n’en est encore qu’à ses balbutiements. Il est évident que les pulls noirs à capuche ont de…

Défense des irréguliers, Les Cahiers de Tinbad, par Guillaume Basquin

« C’est bien Vertov qui fut le plus convaincant des activistes du communisme réel ; mais c’est Céline qui fut notre Molière du XXe siècle : il démasqua toutes les tartuferies ; son délire fut aussi un immense éclat de rire ; et sa pitié pour l’homme fut universelle, quoiqu’on en dise aujourd’hui pour empêcher…

Forget me not, le Vietnam du photographe Abbas

Miami, août 1972 : « Les premières Vietnamiennes que je vois sont les jeunes femmes d’un groupe de théâtre, habillées de noir et coiffées du chapeau conique des paysannes. Elles portent chacune dans leurs mains une poupée blessée, afin de protester contre les horreurs de la guerre. Elles marchent devant une haie de policiers casqués…

Gide et Malraux, une amitié capitale

« Les artistes ne viennent pas de leur enfance, mais de leur conflit avec des maturités étrangères. » (Les Voix du silence) Il faut toute la puissance d’une maison d’édition comme Gallimard pour publier, avec la fondation Catherine Gide, un livre aussi dense et richement illustré qu’André Gide, André Malraux, L’amitié à l’œuvre, 1922-1951, quand la curiosité…