Femmes au bain, prairies d’asphodèles, nuit de Kupala, par Claudine Doury, photographe

©Claudine Doury / Origini Edizioni

Je ne cesse de dire mon admiration pour les livres des éditions livournaises Origini Edizioni, pour le soin mise lors du processus de fabrication, pour l’inventivité formelle, pour la façon de mettre en valeur le propos d’un photographe.

Aucun livre ne se ressemble, il y a volonté de créer une adéquation entre la sensibilité de l’artiste, le traitement de son sujet, sa vision, et l’ouvrage proposé à la lecture.

Dernier-né de cette entreprise au fonctionnement quasi artisanal (Matilde Vittoria Laricchia & Ilias Georgidias), Solstice, de Claudine Doury.

©Claudine Doury / Origini Edizioni

Se présentant sous format italien, vaste carnet aux pages à déplier dans leur large horizon, Solstice relève à la fois de la fresque et de l’intime – on peut penser aussi à un album de famille.

On est du coté de Monet, de Renoir, d’un hymne à la lumière transfigurant les êtres, les choses, les paysages.

Depuis une dizaine d’années, l’artiste française photographie en Europe de l’Est la fête célébrant les divinités païennes présidant à l’arrivée de l’été, symbole de fertilité et de jeunesse.

©Claudine Doury / Origini Edizioni

Il s’agit de la Nuit de Kupala, où se mêlent les éléments initiatiques de l’eau et du feu, où les corps purifiés deviennent ardents, où les jeunes filles deviennent des femmes.  

Il y a de la magie ici, menant à une joie collective s’exprimant avec les élans de la plus belle vigueur, en lien direct avec la puissance fécondante de la nature.

On soulève un voile – papier transparent au fin quadrillage -, on découvre une première baigneuse.

Cours d’eau, sous-bois, maison quasi abandonnée, le paysage est parcouru d’esprits.

©Claudine Doury / Origini Edizioni

La terre se soulève, les troncs d’arbres tombés couverts de mousse sont les côtes d’un géant, au loin grognent des ours.

Claudine Doury invente l’espace d’un conte, peuplé de belles aux chevelures immenses et d’anges protecteurs.

L’eau est baptismale, la pluie est sacrée.

Est-ce une photographie ou une peinture ?

Est-ce une fiction ou la réalité ?

Où courent ces trois Grâces nues sur le chemin boueux ?

©Claudine Doury / Origini Edizioni

Solstice est un livre peuplé de mystères et de lumières trouant l’obscurité, de visages éphémères et de rondes traditionnelles nimbées de flammèches, de poussières d’or et de corps couchés.

Le blanc entourant les images – il n’y a jamais la même quantité de silence – permet l’introspection et les dérives imaginaires.

Solstice est un secret de femmes, où les hommes n’apparaissent pas, ou très peu.

Julien Gracq est cité, c’est parfait : « Une prairie d’asphodèles sous la nuit fécondante de juin. / Nous nous sommes couchés en rond comme un bétail pacifique, l’esprit divinement vide rendu à la méditation de la terre, du solstice proche, des saisons. »

Nous sommes en Russie, en Lituanie, en Pologne, en Biélorussie, en Lettonie, mais nous sommes surtout dans un espace féminin intérieur au moment du renouvellement de soi.

Claudine Doury, Solstice, texte (français/anglais) Julien Gracq, editing Ilias Georgidias et Claudine Doury, book design Matilde Vittoria Laricchia, Origini Edizioni, 2024, 88 pages – 250 exemplaires numérotés et signés

https://www.claudinedoury.com/

https://origini-edizioni.myshopify.com/products/solstice

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