
©Bernard Plossu
Bien des choses sont aujourd’hui désespérantes, accablantes, déprimantes, mais il y a des trous, des passages, des intervalles.
Avec Mucho Amor, publié par les éditions Lamaindonne (David Fourré), Bernard Plossu nous offre un aperçu du bonheur de ses années andalouses, alors qu’il vit près d’Almeria avec son épouse la photographe Françoise Nuñez et leurs deux enfants.
Eclate en ces pages ayant bénéficié du talent du photograveur Guillaume Geneste (laboratoire La Chambre Noire à Paris) la joie d’une aventure humaine à quatre.

©Bernard Plossu
« Familles, je vous hais ! Foyers clos, portes refermées, possessions jalouses du bonheur, écrivait André Gide dans Les Nourritures terrestres (1897). »
« Familles, portes ouvertes, ivres du grand dehors, de complicité partageuse, je vous aime, pourrait répondre immédiatement l’auteur du Voyage mexicain (1979). »
Les images sont en noir & blanc et nuances de gris, mais aussi en couleur (Fresson), provenant pour certaines de tirages réalisés par de petits magasins en Andalousie, ou d’un film d’une heure sans coupure réalisé suite à une commande de Philippe Gandrieux pour La Sept.
Il est possible de vivre dans la merveille d’un baiser sans fin, et bien au-delà de la frontière de la mort, Mucho amor vous le prouve.
Etre aussi léger qu’une hirondelle, s’envoler ensemble, virevolter ensemble.

©Bernard Plossu
« ces années andalouses, au pays de Françoise ma bien-aimée, écrit Bernard Plossu, / avec nos enfants Joaquim et Manuela… / la place du village, la fanfare le jour de fête, l’école communale, / Joaquim et ses copains courant dans la rue, les cousins de Françoise / tous si gentils, quel bonheur ! familia, oui. / et les ruelles qui sentent bon, les montagnes aussi belles que celles en Afghanistan, / les couchers de soleil, l’odeur du pain chaque matin dans la rue en dessous, / et sur la côte, quelques plages sauvages »
Pour témoigner d’une telle harmonie, il n’est pas besoin de se monter du col en utilisant des appareils photos snobs, non, un simple Instamatic peut suffire, ou un Agfmatic, ou même un Canomatic OX-5, ce jouet.
Le matic contre le chic et choc ? Oui, bien entendu.
Les paysages sont rudes, intenses, désertiques, et fabuleusement beaux.
Voici un écrin pour des amants fantastiques, des collines sèches, des petits blocs de maisons chaulées de blanc, des ciels de Terre promise.

©Bernard Plossu
James Dean a la tête à l’envers sur une serviette de plage.
Ici, ce n’est pas du cinéma, ou alors le meilleur, néoréaliste, ou de comédie italienne.
Françoise a souvent le visage grave, car Françoise est une femme solennelle, réfléchie, noble.
Des enfants traversent les pages, les siens, d’autres, pourquoi tout séparer ?
L’Espagne peut être sombre, ou tragique, ou ramenant à une solitude fondamentale, mais lorsque l’on vit ensemble avec tant de proximité et de disponibilité pour l’autre, non loin de la Méditerranée mythique, il n’y a rien à craindre, tout à accueillir, cueillir, et respirer d’un même poumon géant.
La vie s’enfuit, la vie déchire le cœur, mais la vie est là.
La photographie a été inventée pour conjurer le mal, c’est une prière active, le tamis des jours, une pratique magique.
« Françoise devenue Paquita, écrit encore son mari, si heureuse dans son vrai pays, celui de ses ancêtres, / de plus en plus belle, rayonnante de bonheur… rien n’est plus fort que l’amour. »

Bernard Plossu, Mucho Amor, les années andalouses, texte (espagnol/français) Bernard Plossu, éditions Lamaindonne, 2024, 108 pages
