
©Bénédicte Blondeau
Au commencement était le son, était le souffle, était la glaise, était l’informe.
Au commencement étaient les ondes.
La logique des vibrations.
Une unité fondamentale abolissant le temps et l’espace, reliant les vivants et les morts.
Une chambre d’échos et de correspondances infinies.

©Bénédicte Blondeau
Bénédicte Blondeau pense ainsi notre inscription de petit d’homme dans l’univers, entre planctons et astres, entre bleu et noir, entre cellules microscopiques et danse des nébuleuses.
Publié chez l’éditeur portugais XYZ Books (Tiago Casanoca & Pedro Guimaraes), Ondes, dont la reliure japonaise doublée d’une intensité azurée crée un effet de respiration douce, est un chaosmos (Kenneth White), un chant premier, un hymne à la vie en ses points de singularité, étrange, fantastique, somptueuse et somptuaire.
La pierre se fait chair, les végétaux sont marmoréens, l’eau est une moire mémorielle remplie d’entités bizarres.

©Bénédicte Blondeau
Tout ici est rythme, val et cime, dans une mutabilité permanente des substances et des ordres géomorphiques.
Ça flotte dans les abysses, ça plane dans les firmaments, ça crie dans le vaste silence des espaces amniotiques.
Bénédicte Blondeau photographie la continuité, l’interdépendance, et les cycles de fécondité incluant la mort.
La nature a des yeux, tout regarde, tout s’illumine et s’enflamme, tout parle en se taisant, tout se crée dans la nuit sexuelle et l’inconnaissable.

©Bénédicte Blondeau
C’est la joaillerie du vivant, la valse des gemmes intergalactiques, la géométrie géniale des existences évoluant sur une queue de paon géante.
Les ondes de Bénédicte Blondeau sont des chaleurs froides, des effrois ardents, des bulles de sens dans une énigme fondamentale.
Son livre possédant une densité de noirs relevant de la matrice originelle est à la fois métaphysique et terriblement organique.

©Bénédicte Blondeau
On peut penser à cette formule ésotérique de Socrate inscrite sur le fronton du temple de Delphes et rappelée par Platon : « Connais-toi toi-même, et tu connaîtras tous les secrets de l’univers. »
Il faut probablement pour cela plusieurs vies, beaucoup d’expériences, et accepter de tout abandonner pour renaître entièrement à plus grand que soi.
Entre volcans et glaciers, grottes et cieux, créatures des confins et flux bleus de l’apparition, Ondes se lit comme un palindrome visuel baroque, dans une même continuité intérieure unissant les débuts et la fin de la vie.

Bénédicte Blondeau, Ondes, editing and sequencing Bénédicte Blondeau, Tiago Casanova et Pedro Guimaraes, XYZ Books (Lisbonne), 2024 – 600 exemplaires

https://www.benedicteblondeau.com/

©Bénédicte Blondeau
https://www.artbooks.xyz/shop/p/benedicte-blondeau-ondes
Les photographies de Bénédicte Blondeau sont visibles, au musée des Beaux-Arts, dans l’une des expositions phares de la 6eme Biennale de la Photographie de Mulhouse – those eyes, these eyes, they fade, commissariat Anne Immelé – intitulée Mondes impossibles.
Il s’agit ici de proposer, à l’heure de l’anthropocène et de la réduction du vivant, des travaux sensibles offrant des perspectives nouvelles, entre résilience et réinvention des formes de vie comme de leur monstration par le biais de l’art.
Bernard Plossu s’intéresse aux plantes résistantes dans des espaces bétonnés, notamment à Los Angeles ; l’Américain Raymond Meeks trouve des signes graphiques relevant d’une existence secrète dans les ruines du capitalisme visibles dans le désert du Colorado, en Californie du Sud ; la Néerlandaise Awoska van der Molen est à l’écoute du bruissement de l’invisible dans des scènes nocturnes photographiées dans des espaces naturels et urbains ; le Maltais Nigel Baldacchino s’intéresse, par le truchement des arbres la masquant, à la vie clandestine dans un parc de son île.
Mais Mondes impossible se décline en d’autres expositions passionnantes – liste ici non exhaustive – à Mulhouse comme à Thann (Terri Weifenbach et Vanessa Cowling et la question du végétal, commissariat l’Italien Steve Bisson), Hombourg (Ingrid Weyland proposée par Morgane Paillard) et Frisbourg-en-Brisgau, à l’espace DELPHI (Gabriel Goller et Karin Jobst invités par Hanna Weber) et au Centre Culturel Français (Tom Spach présenté par Florence Dancoisne).
Les paysages bougent et se métamorphosent (le Lituanien Andrej Polukord et la Française Léa Habourdin invités par Sonia Voss à la chapelle Saint-Jean), les archives recèlent des trésors inédits d’un temps où photographier était davantage un métier qu’un discours (l’historique Paul Wolff à la bibliothèque Grand’Rue), les paysans mexicains se révoltent contre les mafias de l’avocat (belle inventivité d’une exposition intellectuellement très stimulante par le duo Ritual Inhabitual adepte du mytho-documentaire à la Filature – commissariat Sergio Valenzuela-Escobedo).
Bénédicte Blondeau propose en outre comme curatrice une exposition collective et hybride PEP (Photographic Exploration Project) intitulée (Im)possible Worlds, fruit d’un appel à projet international, située au 14e étage de la fameuse Tour de l’Europe de la cité alsacienne, où, notamment, la problématique de l’extractivisme est interrogée, chez la Suissesse Liza Mazenauer, chez l’Argentin Maximiliano Tineo, chez l’Allemand Felix Lampe.

Biennale Photographique de Mulhouse, du 13 septembre au 13 octobre 2024