A la recherche d’Ismaël, par Gabriela Tellez, photographe

©Gabriela Tellez

Les familles s’unissent généralement autour de modèles de représentation qui sont communs aux différents membres d’une même tribu, ou d’un clan.

Mais il y a toujours des déviants, des réfractaires, des irréguliers, des êtres singuliers ne marchant pas droit, venus pour tester l’élasticité des esprits, et peut-être réorienter l’ensemble des modèles de reconnaissance.

On a dit toute son enfance à Gabriela Tellez que son oncle Ismaël, émigré en Suède, était décédé des suites de l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl, un nuage radioactif s’étant alors répandu sur une partie de l’Europe.

©Gabriela Tellez

Mais, la réalité était autre : cet homme avait quitté son pays, le Costa Rica, pour vivre une relation avec l’homme qu’il aimait, l’homosexualité étant taboue dans la société catholique qu’il fréquentait, la vraie cause de son décès étant le SIDA.

Avec The Refractories, livre autoédité d’une grande richesse visuelle, Gabriela Tellez tente de construire une mémoire familiale autre, plus vraie, jusque dans la réinvention de ses lignes majeures.   

Cette œuvre intime est une enquête, menée à partir des traces laissées par les archives personnelles d’un oncle déconsidéré.

©Gabriela Tellez

Mêlant des images relevant du registre documentaire – carte d’identité, carte postale, manuscrits, témoignages, coupures de journaux – à des images personnelles prises en Suède, l’artiste construit une œuvre ouverte, rendant hommage à un homme ayant décidé de vivre selon la loi de son désir, dans la contre-allée de la trajectoire familiale.  

Se présentant sous couverture donnant à voir une luxuriance végétale violette, The Refractories brasse des photographies montrant Ismaël dans différentes situations, avec des images métaphorisant le voyage, le passé, l’atmosphère idéologique du Costa Rica.

Un ciel comme ponctuation du destin, du départ, de l’au-delà – comme chez Gus Van Sant.

©Gabriela Tellez

Un prêtre sévère, un cercueil, des chimpanzés en cage.

La liberté et l’emprisonnement.

La peau nue et les fils de fer barbelés.

Les clubs gays et les bondieuseries.

©Gabriela Tellez

Des images abîmées.

Un logis plutôt modeste.

Le corps d’un jeune homme nu, une main géante lui tendant un préservatif – image probablement tirée d’une campagne de prévention contre les MST.

Emancipation et répression.

Pastèque, pantalon moulant, villes européennes.

Déchirures, oisillon mal en point, croix nue.

©Gabriela Tellez

Qui est le dinosaure ?

Qui est l’arbre mort ?

Qui est le déviant, au fond ?

Rires, perruches, épidémie de mort.

Acte mémoriel dont le titre est inspiré d’un recueil du communard Jules Vallès, The Refractories est une œuvre de vie, pleine d’ellipses, renvoyant le spectateur aux non-dits structurant négativement sa propre famille.    

Gabriela Tellez, The Refractories, autoédition, 2025

https://www.gtellez.com/

©Gabriela Tellez

https://www.lightmotiv.com/photographes/gabriela-vargas-tellez/

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