Si vis pacem, par Serge Airoldi, écrivain

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Cheval, Pays de Quint, juillet 2021 ©Serge Airoldi

« La montagne noircit » (Serge Airoldi)

Si vous cherchez le feu, le verbe haut, l’étrangeté lexicale, et l’acuité intellectuelle, tournez-vous vers Serge Airoldi, homme de l’Adour portant le fer sans détour, avec le recueil de poèmes Para bellum, au cœur du contemporain maléficié.

« Comme si la vie / ne pouvait plus prendre la mesure des typhons de notre béance / mais seulement se fracasser dans l’ultra-fond de sa néance »

C’est un livre sombre, lucide, presque désespéré, évoquant à la fois les guerres d’aujourd’hui, le corps perdant de sa vaillance, et le mal métaphysique.

En exergue, ce passage essentiel de L’Apocalypse de D.H. Lawrence : « Nous avons perdu le cosmos, nous ne sommes plus en sympathie avec lui, c’est notre principale tragédie. […] En langage mystique, la lune s’est obscurcie et le soleil est devenu noir. »

Nous voyons, nous ne voyons rien, un trou s’agrandit, par lequel nous pourrissons.

« Si le signe de l’époque est la confusion, je vois à la base de cette confusion une rupture entre les choses, et les paroles, et les idées, les signes qui en sont la représentation. »

En poésie, c’est toujours la guerre, clamait Mandelstam.

Parce qu’il s’agit, par l’énergétique des vers, de secouer la langue morte, celle qui nous paralyse, afin de tenter de sortir du processus de cadavérisation qu’on appelle généralement la vie, ou la société.

On se réfugie dans un cayolar, on regarde passer au-dessus de soi des gypaètes barbus, on dort dans un puits rongé par le sel.

« J’attends la guerre / l’Imminente / dans cet orifice sans haleine, froid comme un âtre d’été, odorant des vieilles fumures »

Comme Pasolini, Serge Airoldi écrit sur du papier qui brûle, yeux plantés dans la salamandre qui y réside, dont le nom est poésie. 

« La préhistoire ne commencera jamais que la semaine prochaine mais déjà les fossiles poussent partout dans les cavernes secrètes où moisissent coffres et huches vides. »

Vous souvenez-vous de Pétrarque ? Pleurer est plus doux qu’on ne le croit. La loi d’amour est dure, mais tout injuste qu’elle soit, il faut néanmoins la subir, car elle a uni le ciel et la terre depuis l’origine des temps. La vie s’enfuit et jamais ne s’arrête, la mort vient sur ses pas à étapes forcées.

Aller aux granges noires, éprouver avec un ami « l’effarement démoniaque à vivre » devant « la suie conquérante ».

Avoir la force de ne plus rien attendre, sans perdre la joie.

« L’Histoire est une pamperruque débridée. Une pyrrhique. Une mauresque. Un kangal à for mauvaise haleine et à longues dents-poignards. Une paume de main ridée qui ne retient jamais le sable et dans laquelle même la plus avisée des Gitanes ne sait lire le moindre avenir. L’Histoire est un animal qui est dans le monde, remarque Georges Bataille, comme de l’eau à l’intérieur de l’eau. »

Un homme s’est levé, avec ses compagnons de lutte, dans le ravin de Viznar.

On l’assassine de nouveau.

« Et la baita des chevriers extralucides a chu »

Serge Airoldi, Para bellum, Bruno Guattari Editeur (Tour-en-Sologne), 2026, 64 pages

https://www.brunoguattariediteur.fr/boutique/livres/serge-airoldi-para-bellum/

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