Tristeza cubaine, par Paolo Simonazzi, photographe

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©Paolo Simonazzi

Publié sur beau papier épais dans une chromie très douce révélant des teintes où s’exprime l’usure du temps, Habana, Eventual, de Paolo Simonazzi est un portrait très sensible de la capitale cubaine.

La Havane possède une photogénie remarquable, il faut aller à sa rencontre, mais aussi en déjouer les attraits trop évidents, ce que parvient à faire l’artiste italien prenant le parti de la solitude et d’un certain sentiment de déliquescence, ou de déréliction.

 Réalisé sur un empan chronologique de dix ans (2015-2025), les photographies de Paolo Simonazzi cherchent ainsi à traverser le décor auquel l’île se prête si facilement.

Il y a séduction des lieux, mais surtout pénurie, attente interminable, manque d’espoir.

©Paolo Simonazzi

Il y a également une véritable piété populaire, des enfants qui naissent, des éclats de joie.

On découvre les pages de cet ouvrage publié par SilvanaEditoriale comme on marche dans la ville, aux côtés d’un guide taciturne mais très précis dans ses déplacements et visions.

Tout est vétuste, de cette patine cependant qui rappelle une splendeur déchue, une époque d’abondance, une ferveur.

Il y a dans la logique esthétique de Paolo Simonazzi des cadres dans les cadres, une façon de faire théâtre, mais avec modestie, sans aucune grandiloquence.

Assis sur le perron de son habitation, un vieil homme portant un tee-shirt de l’équipe de football italienne caresse un chat, alors que sa compagne, placée derrière lui, à l’intérieur de la maison, le regarde.   

Sentiment de saudade cubaine, de communication impossible, les lignes avec le grand dehors semblent coupées.

©Paolo Simonazzi

La magie des couleurs imprégnant les murs de la ville, les logements et les voitures américaines encore en état de fonctionnement agit, elle est presque vaudou, c’est une énergétique se confondant avec l’utopie d’un monde meilleur, révolutionnaire, partageur.

On voit des édifices effondrés, des chantiers à l’arrêt, une sorte de commotion générale, comme si chacun était porteur d’un traumatisme.

Des objets nous regardent, le surréalisme est l’extrême politesse de la réalité appauvrie, il faudrait peut-être opérer le sacrifice d’un coq pour s’attirer les faveurs des entités invisibles.

On s’occupe comme on peut dans le rien, on dort mal, les hôtels paraissent totalement délaissés.

Quelques pas de danse, et une façon presque amusée de rappeler en cet espace insulaire si proche de la Floride des éléments de la culture italienne : une sorte de Colysée, une pizzéria, une banderole à l’effigie du Che venue de Livourne.

©Paolo Simonazzi

Impression d’endormissement, de torpeur, et de grande débrouille existentielle.

On pense quelquefois à Luigi Ghirri pour cette sensation de vivre dans un artefact.

Nous sommes après l’histoire, après les luttes politiques d’émancipation, après la fierté d’avoir vaincu l’impérialisme yankee.

Ce n’est pas rien Cuba, même si désormais tout semble s’être éloigné, et que les corps sont impuissants à renverser l’inéluctable reprise en main par le capitalisme déchaîné.

Paolo Simonazzi, Habana, Eventual, textes (italien/anglais/espagnol) Davide Barillin, Ilaria Campioli, Paolo Simonazzi, SilvanaEditoriale, 2026, 130 pages

https://www.paolosimonazzi.com/

©Paolo Simonazzi

https://www.paolosimonazzi.com/books-and-catalogues/

https://www.silvanaeditoriale.it/libro/9788836662265?srsltid=AfmBOopyYtZv-NNASEDZ0BmrHZtA3gtfxYntDBMJFVb0TBvL0WJ3jvma

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